‹ La cité mystique de DieuChapitre 103 sur 122 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

La très-sainte Mère met la tunique sans couture à l'Enfant Jésus, et elle le chausse ; conduite de cet adorable Seigneur.

691 . La très-prudente Mère voulant mettre à son trèsdoux Fils la tunique tissue, les caleçons et les sandale»

464 LA CITÉ JIYSTIQUE.

qu'elle avait préparés, s'agenouilla devant lui, et lui parla en ces termes : « Suprême Seigneur, Créateur du ciel et « de la tei're, j'aurais souhaité de vous habiller, s'il eût « été possible, selon la dignité de votre divine personne; « j'aurais également voulu que les vêtements que je vous « apporte eussent pu être faits des fibres de mon cœur; « mais je crois qu'ils seront de votre goût, parce qu'ils « sont pauvres. Pardonnez, Seigneur, les fautes que je « puis avoir commises eh m'occupant de ces ouvrages, « agréez l'affection d'une créature aussi inutile que la « cendre et la poussière, et don nez -moi la permission « de vous habiller. » L'Enfant Jésus accepta les offres et les hommages de sa très-pure Mère, et aussitôt elle l'habilla, le chaussa, et le mit sur ses pieds. La tunique se trouva juste à sa mesure, assez longue pour lui couvrir les pieds, mais sans traîner; et les manches lui arrivaient jusqu'à la moitié de la main, quoiqu'on ne lui eût pris aucune mesure auparavant. Le col de la tunique était rond, fermé par devant, un peu haut, et presque juste à la gorge; et c'est pourquoi la bienheureuse Mère commença à la mettre par la tête de l'Enfant, sans l'ouvrir, parce que ce vêtement se prêtait à toutes les formes avec une meiTcilleuse souplesse, suivant la volonté de notre auguste Reine. Il ne le quitta jamais, jusqu'au moment où les bourreaux le dépouillèrent pour le fouetter et ensuite pour le crucifier, parce qu'il s'agrandissait toujours, autant qu'il le fallait, selon la croissance de son corps sacré. II en fut de même pour les sandales et pour les caleçons que la soigneuse Mère lui mit. De sorte que rien ne s'usa et ne vieillit pendant trente-deux ans, et la tunique ne perdit ni la couleur ni le lustre qu'elle avait quand elle sortit des mains de notre grande Souveraine. A plus forte raison peut-on dire qu'elle ne fut jamais ni souillée ni

PART. Il, 1.1V. lY, r.nAP. XXIX. 40.";

tachée : elle resta jusqu'à lafiti absolument dans le même état. Le vêtement que le Rédempteur du monde quitta pour laver les pieds à ses apôtres (t) consistait en une espèce de manteau qu'il portait sur les épaules, et que la sainte Vierge fit aussi elle-même, après leur retour à Nazareth; il s'agrandit successivement, comme la tunique, et il était tissu de la même manière et de la même couleur, quoiqu'un peu plus foncée.

692. L'Enfant, Prince des siècles éternels, qui avait été depuis sa naissance enveloppé dans les langes et ordinaire-^ ment entre les bras de sa Irès-sainte Mère, se tint donc debout. 11 brillait d'une beauté ravissante, qui surpassait celle de tous les enfants des hommes. Et les anges admiraient comment celui qui revêt les cieux de leur éclat et les champs de leur parure, avait choisi un costume aussi pauvre (2). Il marcha aussitôt en la présence de ses parents, sans être soutenu; mais cette merveille fut quelque temps cachée à ceux du dehors, parce que notre Keine le prenait dans SCS bras quand elle recevait quelque visite. L'auguste Marie et son saint époux Joseph éprouvèrent une joie inexprimable lorsqu'ils virent ainsi marcher leur enfant, et lorsqu'ils remarquèrent sa rare beauté. La trèspure Mère l'allaita jusqu'à ce qu'il eût accompli un an el demi; après quoi elle le sevra. Dès lors il mangea, mais toujours peu de chose, pour la quantité comme pour la qualité. Il se nourrissait d'abord de potages à l'huile et de fruits, ou de poisson. Mais, tant que dura sa croissance, la Vierge-Mère lui donnait trois fois à manger par jour, comme auparavant elle lui donnait la mamelle, le matin, un peu après midi, et quand arrivait la nuit. L'Enfant-Dieu ne demanda jamais sa nourriture; mais la tendre mère

(1) Joan., xin, 4. — (2) Ps. XLiv, 3.

avait le plus grand soin de la lui donner à temps, jusqu'à ce que devenu grand, il pût manger à la même heure que les divins époux, et pas plus souvent. C'est ce qu'il continua jusqu'à ce qu'il fût arrive à l'âge parfait, comme je le dirai dans la suite. Et lorsqu'il mangeait avec ses parents, ils attendaient toujours qu'il donnât la bénédiction au commencement, et qu'il rendit grâces à la fin du repas.

693. Du moment où l'Enfant Jésus se mit à marcher, il prit l'habitude de se retirer et de rester quelque temps seul dans l'oratoire de sa Mère. Or, comme notre prudente Souveraine souhaitait de savoir si son très-saint Fils voudrait être seul ou avec elle, cet adorable Seigneur, répondant à son désir, lui dit : « Ma Mère, entrez et soyez tou- « jours près de moi, afin que vous m'imitiez autant qu'il ti vous sera possible, parce que je veux que la haute pei»- « fection que je désirais pour les âmes soit réalisée et im- « primée en vous. Car si elles n'eussent point résisté à « ma première volonté, qui était portée à les remplir de « sainteté et de dons, elles les auraient reçus avec abon- « dance (1); mais le genre humain ayant empêché cette « effusion de mes grâces, je veux que mon bon plaisir « soit entièrement accompli en vous seule, et que les « trésors de ma droite , que les autres créatures ont per- « dus, soient mis en dépôt en votre âme. Soyez donc at- « tentive à mes œuvres, alin de m'imiter en elles. »

694. L'auguste Vierge fut par là établie de nouveau la disciple de son très-saint Fils. Dès lors il se passa de si profonds mystères entre eux deux, qu'il n'est pas possible de les raconter, et on ne les connaîtra qu'au jour de l'éternité. L'Enfant-Dieu se prosternait souvent par terre; quelquefois il s'élevait en l'air, les bi*as étendus, pour fi-

(I) l Tim.. II. 4.

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