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gurer !a croix , et il ne cessait de prier le Père éternel pour le salut des mortels. La très-amoureuse Mère le suivait et l'imitait en toutes choses, pai'ce que les opérations intérieures de l'âme de son très-doux Fils lui étaient manifestées aussi visiblement que les actes exlérieui^s du corps. J'ai parlé en divers endroits de cette histoire de la connaissance que la très-pure Marie en avait, et il faudra bien que j'y revienne souvent, puisque ce fut de cette lumière et de cet exemplaire qu'elle tira sa sainteté; et ce lui fut une faveur si particulière, que toutes les créature» ensemble ne la sauraient expliquer, ni même comprendre. Notre grande Souveraine ne jouissait pas toujours des visions de la Divinité; mais elle eut toujours celle de l'humanité et de l'âme très-sainte de son Fils, ainsi que de toutes ses œuvres; et elle percevait d'une manière spéciale les effets qui résultaient en cette sainte humanité des unions hypostalique et héatitique, quoiqu'elle ne vît pas toujoui-s en substance la gloire ni l'union; mais elle connaissait les actes intérieurs par lesquels l'humanité honorait, glorifiait et aimait la divinité à laquelle elle était unie , et cette faveur ne fut accordée qu'à la Mère Vierge.
695. Dans ces exercices, il arrivait souvent que l'Enfant Jésus pleurait et suait du sang sous les yeux de sa trèssainte Mère ; car cela eut lieu maintes fois avant l'agonie du Jardin , et alors notre divine Souveraine lui essuyait le visage, et, pénétrant son intérieur, elle y discernait la cause de cette tristesse, qui était toujours la perte des réprouvés, ingrats aux bienfaits de leur Créateur et Rédempteur, et l'inutilité pour eux des œuvres de la puissance et de la bonté infinie du Seigneur. ^Quelquefois sa bienheureuse Mère le trouvait tout resplendissant et entouré d'anges qui lui adressaient de doux cantiques de
louange; elle savait aussi que le Père éternel prenait ses délices avec son Fils unique et bien-aimé (1), Toutes ces merveilles commencèrent dès que l'Enfant-Dieu fut en état de marcher, après avoir achevé sa première année. Mais elles ne furent découvertes qu'à sa seule Mère, dont le cœur en devait être le dépositaire (2), comme étant elle seule l'Unique et l'Élue (3) pour son Fils et son Créateur. Les actes d'amour, de louange, de respect et de reconnaissance par lesquels elle se joignait à l'Enfant Jésus, et les prières qu'elle faisait en faveur du genre humain, tout cela surpasse ma portée, et je suis incapable de dire ce que j'en conçois. Ainsi je m'en remets à la foi et à la piété des chrétiens,
696. L'Enfant Jésus croissait à l'admiration et à la satisfaction de tous ceux qui le connaissaient. Or ayant atteùil sa sixième année, il commença à sortir quelquefois de la maison pour aller dans les hôpitaux visiter les malades et les nécessiteux, qu'il consolait et fortifiait dans leurs afllictions d'une manière toute mystérieuse. Il était connu de beaucoup de monde dans Héliopolis, où il s'attirait tous les cœurs par l'influence de sa divinité et par sa sainteté; plusieurs personnes lui portaient des présents, et, selon les raisons et les motifs que lui révélait sa science, il les acceptait ou les refusait, et dans le premier cas il les distribuait aux pauvres. Mais ses paroles pleines de sagesse et ses manières si modestes et si majestueuses causaient tant d'admiration, qu'on venait de toutes parts l'élicilcr et bénir ses parents d'avoir un tel Fils. Et quoique le monde ignorât en tout cela les mystères et la dignité du Fils et de la Mère, le Seigneur de l'univers voulant honorer sa très-sainte Mère , faisait qu'on la révérait en
{[) .Mallh., XVII , 5. — (2) Luc, il . i9. — (3) Caiil., vi , 8.
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lui et pour lui autant que c'était alors possible, sans qu'on connût la raison particulière qu'on avait de lui rendre à lui-même le plus grand honneur.
697. Beaucoup d'enfants d'Iléliopolis fréquentaient notre aimable Enfant Jésus, comme il est ordinaire à ceux du même âge et de la même mise. Or, comme ils n'avaient pas assez de discernement pour juger s'il était plus qu'homme, ni assez de malice pour empêcher la lumière, le Maître de la vérité l'accordait et la distribuait à tous ceux qu'il était convenable. 11 les formait à la connaissance de la Divinité et des vertus ^ et leur apprenait le chemin de la vie éternelle, plus souvent qu'aux personnes d'un âge plus avancé. Ses paroles étaient si vivantes et si efficaces (1), qu'il les attirait, les mouvait et les leur imprimait dans le cœur d'une telle sorte, que tous ceux qui eurent ce bonheur devinrent dans la suite de grands saints, parce qu'ils donnèrent avec le temps le fruit de cette semence céleste, répandue de si bonne heure dans leurs âmes (2).
fiy8. La bienheureuse Mère avait connaissance de toutes ces œuvres merveilleuses. Lors donc que son très-saint Fils venait de faire la volonté de son Père éternel , en s'occupant des brebis qu'il lui avait recommandées (3) , cette auguste Reine des anges, se trouvant seule avec lui, se prosternait pour lui rendre des actions de grâces des faveurs qu'il accordait à ces petits innocents , qui ne le connaissaient pas pour leur Dieu véritable ; et elle lui baisait les pieds comme au souverain Pontife du ciel et de la terre (4). Elle faisait la même chose quand le divin Enfant sortait de la maison , et alors il la relevait de cette humble posture avec un empressement tout filial. L'a-
(1) Hebr., iv, 12. — (2) Luc, vin , 8. — (8) Joan., vi , 38 et 39. — (4) Hebr., iv, 14.
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moureuse Mère lui demandait aussi sa bénédiction avant de rien commencer, et jamais elle ne perdait l'occasion de pratiquer tous les actes de vertu avec toute la ferveur et la force de la grâce. Loin de la laisser oisive, elle agit toujours avec toute la plénitude possible et avec un accroissement continu de nouvelles grâces. Cette grande souveraine ne faisait que chercher les moyens de s'humilier, adorant le Verbe incarné par de très -profondes génuflexions, par des prosternations expressives, et par d'autres cérémonies dignes de sa sainteté et de sa sagesse. Et en tout ceci sa conduite était si admirable , qu'elle ravissait les anges qui l'assistaient; de sorte qu'en chantant alternativement les divines louanges, ils se disaient : « Quelle tt est cette pure créature si agréable à notre Créateur et « son Fils (1)? Quelle est celle qui se montre si ingétt nieuse et si sage dans le culte d'honneur et de respect « qu'elle rend au Très -Haut, qu'elle nous surpasse tous « par son zèle incomparable, par ses soins et par sa dili- « gence? »
699. Le plus beau, le plus ravissant des enfants prenait un air plus sérieux à l'égard de ses parents à mesure qu'il avançait en âge. De sorte que, quelque temps après qu'il fut sorti du maillot, les caresses plus tendres auxquelles il ne s'était jamais livré qu'avec la retenue que j'ai signalée, cessèrent. La réserve que ses parents avaient sur ce point venait de ce que sa divinité, quoique cachée, laissait percer sur sa physionomie une majesté telle, que , s'il ne l'eût tempérée par une grande expression de douceur, elle leur aurait souvent inspiré une crainte si respectueuse, qu'ils n'auraient point osé lui parler. Mais l'amoureuse Mère et saint Joseph ressentaient de sa pré- Ci) Gant., viu, 5.
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sencc des effets efficaces et divins, par lesquels ils découvraient en lui à la fois la force et la puissance d'un Dieu , et la bénignité, l'extrême bonté d'un père. Dans cette majestueuse grandeur, il se montrait Fils de la divine Mère, et il traitait saint Joseph comme celui qui avait le nom et l'office de père ; ainsi il leur obéissait comme obéit à ses parents le fils le plus soumis (1). Le Verbe incarné conciliait avec une sagesse infinie tous ces témoignages de dignité, d'obéissance, d'humilité, de majesté divine et d'aflabilité humaine, donnant à chaque chose ce qu'elle demandait, sans que la grandeur du Dieu et la petitesse de l'enfant se gênassent ou se nuisissent. L'auguste Marie était très-attentive à tous ces mystères, et elle seule pénétrait dignement (autant qu'il était possible à une simple créature) les œuvres de son très-saint Fils, aussi bien que l'ordre que sa sagesse infinie y gardait. Ce serait entreprendre l'impossible que de vouloir raconter les effets que toutes ces choses causaient dans son très-pur et trèsprudent esprit, et montrer comment elle imitait son adorable Fils, gravant en elle-même la vive image de sa sainteté ineffable. On ne saurait non plus dire le nombre des âmes qui se convertirent et se sauvèrent dans Héliopolis et dans toute l'Egypte, des malades qu'ils y guérirent et des merveilles qu'ils y opérèrent pendant les sept ans qu'ils y demeurèrent, tant la cruauté d'Hérode fut avantageuse à l'Egypte! La force de la bonté et de la sagesse infinies de Dieu est telle, qu'elle tire de grands biens même du mal et du péché. Si donc on le repousse en un endroit, et qu'on ferme les portes à ses miséricordes , il frappe à plusieurs autres, jusqu'à ce qu'on les lui ouvre et qu'on lui donne l'entrée (2), parce que toutes les eaux de nos iniquités et
(1) Luc, II, 51. — (2) Job, xxxiv, 24.
de nos ingratitudes ne sauraient ni détourner le désir qu'il a de favoriser le genre humain , ni éteindre son ardente charité (1).
Instruction que me donna la très-sainte Vierge.
700. Ma fille, vous avez appris, dès le premier ordre que vous avez reçu d'écrire cette histoire de ma vie, qu'en vous le donnant le Seigneur a voulu, entre autres fins, faire connaître aux hommes ce qu'ils doivent à son divin amour et au mien, tandis qu'ils vivent à cet égard dans une telle insensibilité et dans un tel oubli. Il est vrai que tout est compris et exprimé en deux mots, lorsqu'on dit qu'il les a amiés jusqu'à mourir sur la croix pour eux (2); car ce fut là le dernier terme où les effets de son immense charité purent arriver. Mais à beaucoup d'ingrats le souvenir de ce bienfait ne fait que causer une sorte de dégoût. Pour ceux-là comme pour tous les autres ce sera un nouvel aiguillon que de connaître quelques détails de ce que le doux Rédempteur a fait pour eux pendant les trente-trois ans de sa vie mortelle, puisque la moindre de ses œuvres est d'un prix infini et mérite une reconnaissance éternelle. La puissance divine m'a rendue témoin de tout, et je vous assure, mu trèschère fille, que, des le premier instant qu'il fut conçu dans mon sein, il n'a cessé de prier le Pèreéterneypourle salut des hommes (3) . 11 conuuença dès lors à embrasser la croix non-seulement par une simple afl'ection, mais aussi d'une manière réelle, autant que possible, en pre-
(l) Gant., VMJ, 7. — (2)Joan., m, 16. — (3)Hebp., x,5.
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nant bien souvent durant son enfance la posture de crucifié; et il continua ces exercices pendant toute sa vie. Je l'imitai en cela, et je m'unissais aux œuvres et aux prières qu'il faisait pour les hommes, à partir du premier acte de reconnaissance que lui inspirèrent les bienfaits que son humanité très-sainte avait reçus.
701 . Que les mortels considèrent maintenant si, ayant été moi-même témoin et coopératrice de leur salut, je ne viendrai pas aussi au jour du jugement attester combien la cause de Dieu est justifiée à leur égard, et si je ne refuserai pas avec beaucoup de justice mon intercession à ceux qui ont méprisé et oublié follement tant de grâces plus que suffisantes, et tant d'effets du divin amour de mon très-saint Fils ainsi que du mien. Quelle réponse feront-ils, quelle excuse allègueront-ils, après avoir été si informés, si instruits et si éclairés de la vérité? Comment pourront- ils compter, les ingrats et les obstinés, sur la miséricorde d'un Dieu très-juste et très-équitable qui leur a donné un temps propice, pendant lequel il les a excités, appelés, attendus et favorisés de bienfaits immenses qu'ils ont dissipés et perdus poursuivre la vanité? Craignez, ma fille, le plus grand des périls et des aveuglements; repassez souvent dans votre esprit les œuvres de mon trèssaint Fils et les miennes, et imitez-les avec toute la ferveur possible. Continuez les exercices de la croix selon l'ordre de vos supérieurs, afin que vous y trouviez ce que vous devez imiter et reconnaître. Mais sachez que mon Fils et mon Seigneur pouvait racheter le genre humain sans souffrir tant de peines, et qu'il a voulu cependant les augmenter par l'amour immense qu'il a pour les âmes. La correspondance qu'exige une pareille bonté ne consiste pas à se contenter de peu, comme les hommes le font ordinairement par une ignorance fatale. Ajoutez, ma fille.
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une vertu et un travail à plusieurs autres, afin de vous acquitter de vos obligations, et partagez avec mon Seigneur et moi ce que nous avons souffert dans le monde. Unissez tout ce que vous ferez à ses mérites, et offrez-le au Père éternel pour les âmes.