PART. H, LIV. III, CHAP. XX
le priait avec des instances incroyables de les conserver dans sa grâce et dans son amitié. Quand elle voyait quelqu'un dans le péché, elle intercédait du plus profond de son cœur pour sa justilkation, et ordinairement elle l'obtenait; que s'il était réprouvé, elle pleurait avec beaucoup de douleur, elle s'humiliait devant le Très -Haut pour la perle de cette image et de cet ouvrage de la Divinité , et elle faisait de très-ardentes oraisons, des offrandes particulières et des actes d'une humilité sublime, afin qu'aucun autre ne tombât dans ce malheur déplorable; de sorte que nous pouvons dire qu'elle était une pure flamme de l'amour divin, qui se trouvait dans un mouvement perpétuel, et qui ne cessait jamais d'opérer de grandes choses.
Instruction que me donna la trés-sainte Vierge.
259. Ma Irès-chèrc fille, il y a deux pôles autour desquels doivent se mouvoir toutes vos puissances et toute votre activité ; il y a deux points qui doivent constituer toute l'harmonie de votre âme : l'un , c'est de vous tenir vous-même dans l'amitié et dans la grâce du Très-Haut; l'autre , c'est de travailler à y établir les autres : que ce soit donc là le but de toute votre vie et de toutes vos occupations. Je veux que vous n'épargniez , s'il est nécessaire, ni travail ni fatigue pour arriver à de si hautes fins , et que vous suppliiez le Seigneur de vous y faire parvenir, en vous offrant de souffrir jusqu'à la mort, et en souffrant en effet tout ce qui se présentera et tout ce que vous pourrez endurer. Et, quoique pour travailler au bien spirituel des âmes vous ne deviez pas recourir à des moyens extraordi-
j4 la cité mystique.
Haires, qui ne conviendraient pasà votre sexe, vous devez pourtant tâcher d'y employer avec prudence toutes les secrètes industries que vous jugerez pouvoir être les pluS'* efficaces. Si vous êtes ma fille et l'épouse de mon trèssaint Fils, considérez que les créatures raisonnables sont les richesses de notre maison; qu'il les a rachetées, comme le plus cher héritage , au prix de sa vie , de sa mort et de son propre sang (1) , parce qu'il les avait perdues par leur désobéissance , après les avoir créées et destinées pour sa possession (2).
260. Or, quand le Seigneur vous adressera quelque âme nécessiteuse dont il vous fera connaître l'état, travailleiz avec beaucoup de fidélité à lui procurer le remède ; pleurez et priez avec une intime et fervente dévotion pour obtenir de Dieu qu'il la délivre d'un si grand mal et d'un péril si formidable; tentez toutes les voies divines et humaines, autant que votre condition le pourra permettre, pour apporter le salut et la vie à cette àme qui aura été confiée à vos soins. Avec la prudence et la discrétion que je vous ai recommandées, ne vous lassez ni dans les représentations ni dans les prières qui vous paraîtront utiles, cl tâchez, sans bruit ni éclat, de la ramener dans le bon chenjin. Je veux même, si l'occasion se présente, que vous commandiez aux démons avec un empire absolu , au nom du Tout -Puissant et au mien, de s'éloigner des ùtncs que vous saurez être sous leur tyrannie; et comme la chose doit se passer en secret, vous pourrez l'exécuter sans crainte et avec une pleine liberté. Sachez que le Seigneur vous u mise et vous mettra encore dans des occasions où vous pourrez pratiquer ce (|uc je vous dis: gardez-vous bien de l'oublier ou de le négliger, car le Trcs-
(I) I Cor., VI, 20; I Pelr., i, 19. —(2) Gcn., m, G.
PAKT. n, LIV. m, CHAP. XXI. OO
Haut vous oblige, en qualité de sa fille, d'avoir soin du bien et de la maison de votre Père. Souvenez- vous donc que vous ne devez point être en repos que vous ne vous soyez acquittée de cette obligation avec la dernière exactitude. Ne craignez rien, ma fille; vous viendrez à bout de tout par la grtâce de Celui qui vous fortifie (1); et son pouvoir infini armera votre bras pour de grandes entreprises (2).