‹ La cité mystique de DieuChapitre 13 sur 122 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

La naissance du précurseur de Jésus-Christ, et ce que notre souveraine Maîtresse y fit.

270. L'heure arriva où devait paraître rétoile avantcourière du Soleil de justice et du jour si désiré de la loi de grâce. Il était temps que le grand prophète du Très- Haut, qui surpassait tous les autres prophètes, vînt au monde pour préparer nos cœurs et nous montrer du doigt l'Agneau (1) qui devait le réparer et le sanctifier. Avant que ce bienheureux enfant sortît du sein maternel , le Seigneur lui manifesta que l'heure de sa naissance approchait, et qu'il allait voir le jour commun et entrer dans la carrière ouverte à tous les mortels. Le saint enfant avait le parfait usage de la raison , il était éclairé de la lumière divine et de la science infuse, que lui avait communiquées

(1) Joan., V, 35; Luc, i, 76; vu, 2G; i, 17; Joan., i, 29.

la présence du Verbe incarné ; à leur clarté il vit et reconnut qu'il venait prendre port sur une terre maudite et toute couverte d'épines dangereuses (1)^ et mettre les pieds dans un monde rempli de pièges et parsemé décueils, où beaucoup faisaient naufrage et périssaient malheureusement. 271. Le sublime enfant hésitait, pour ainsi dii'e, à naître, en suspens entre cette connaissance et l'accomplissem(^t de la loi naturelle et divine. Car d'un côté les causes naturelles avaient épuisé leur action et donné à la formation successive de son corps le plus parfait développement, de sorte qu'il était naturellement forcé de naître, et il comprenait , il sentait que le sein maternel allait bientôt le congédier. D'ailleurs l'impulsion de la nature était ici secondée parla volonté expresse du Seigneur qui l'appelait à la vie. D'un autre côté , il considérait les périls redoutables de la carrière dans laquelle il devait s'engager, et, partagé entre la crainte et l'obéissance, il semblait tantôt s'arrêter de frayeur, tantôt s'avancer avec zèle. Il eût voulu résister, il eût voulu obéir, et il se disait : « Où vais- « je m'exposer au hasard de perdre Dieu? Comment en- « trerai-je dans la conversation des mortels, dont tant « s'égarent et perdent, avec la raison , le chemin de la tt vie? 11 est vrai que je suis dans les ténèbres, étant en- « core dans le sein de ma mère; mais je m'en vais passer « dans d'autres ténèbres bien plus dangereuses. Je me suis « trouvé comme emprisonné dès que j'ai reçu la lumière de « raison ; mais lélargissemenl et la liberté des mortels K m'aftligcnt davantage. Allons pourtant dans le monde, « puisque vous le voulez , Seigneur : car le mieux est tou- « jours de faire votre volonté. Que si nui vie et mes facul- « tés peuvent , ô pui.ssiuit Uoi , être employées à votre ser-

fl) (à'n., m, n.

PART, II, LIV. in, CIUP. XXII. (53

« vice , cola seul suffit pour me facililer ma sortie et pour « me faire commencer avec joie la course de mes jours. « Donnez-moi, Seigneur, votre bénédiction, afin que je « passe dans le monde. »

272. Le précurseur de Jésus-Christ mérita par cette demande que le Très-Haut lui renouvelât dans le moment où il naquit et sa bénédiction et sa grâce. Le saint enfant en sentit l'cflel : car, pénétré de la présence de Dieu , il comprit qu'il était envoyé pour opérer de grandes choses pour son service , et que les grâces qu'en réclamait l'exécution lui étaient promises. Avant de raconter le très-heureux accouchement do sainte Elisabeth , et afin de faire concorder le temps auquel il arriva avec le texte des saints évangélistes, je suis bien aise que l'on sache que la grossesse de cette admirable conception dura neuf mois moins neuf jours (1) ; car en vertu du miracle qui rendit féconde la mère stérile , le corps qu'elle avait conçu fut perfectionné dans cet espace de temps , et il se trouva au terme de sa naissance; ainsi, quand l'archange Gabriel dit à la sainte Vierge que sa cousine Elisabeth était dans le sixième mois de sa grossesse, il faut entendre qu'iln'était pas encore accompli, parce qu'il y manquait environ huit à neuf jours. J'ai dit aussi dans le chapitre xvi que notre divine Souveraine partitle quatrième jouraprèsl'incarnation du Verbe pour aller .voir sainte Elisabeth ; et c'est parce que la chose n'arriva pas immédiatement après, que saint Luc dit que la très-pure Marie partit en ces jours pour s'en aller promptemenl dans les montagnes (2), et ils employèrent quatre autres jours dans leur voyage, comme nous l'avons vu au même endroit.

27 3. On doit aussi remarquer que quand le même évan-

(1) Luc, I, 36. — (2) Ibid., 39.

66 LA CITK MYSTIQUE.

gclisle dit que la bienheureuse Marie demeura près de trois mois dans la maison d'Elisabeth (1), il ne leur manqua que deux à trois jours pour être accomplis; car le texte de l'Évangile a été en tout fort exact. Or, selon cette supputation , il faut nécessairement inférer que notre auguste Maîtresse assista non-seulement à la naissance de saint Jean, mais encore à la circoncision , et à la détermination de son nom mystérieux que je vais rapporter. En effet , en comptant huit jours après l'incarnation du Verbe , on trouve que la sainte Vierge et saint Joseph arrivèrent chez Zacharie le 2 avril, suivant notre manière de supputer les mois solaires, et ils arrivèrent sur le soir. En ajoutant ensuite trois autres mois moins deux jours, qui commencent à courir du 3 avril, on atteint, comme terme de cette période, le 1" juillet, qui est le huitième jour de la naissance de saint Jean, et celui de sa circoncision; et la 1res -sainte Vierge partit le lendemain matin, pour s'en retourner à Nazareth. Ainsi, bien que l'évangéliste saint Luc raconte le retour de notre Reine dans sa maison, avant l'accouchement de sainte Elisabeth (2), il n'eut pas lieu avant, mais après, le texte sacré anticipant le récit du retour de la divine Marie pour achever tout ce qui la regardait, et pour reprendre ensuite l'histoire de la naissance du précurseur sans inlerron)prele fil de son discours; voilà ce qui m'a été déclaré , atin que je l'écrivisse. .

274. Or, le moment si désiré de la délivrance appro- ( haut, sainte Elisabeth sentit que l'enfant se remuait dans son sein conmic s'il se fût dressé sur ses pieds, et c'était un cifelde la nature et de l'obéissance de l'enfant. Lorsque des premières douleurs peu intenses survinrent h la mère, elle fit avertir sa consino Marie , sans oser pourtant la prier

(i) Luc, I , ;■(.. — {-2) Jhif/., ;Ki , ;i7.

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