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sa solitude par les avis de la Mère de la Sagesse. Elle lui dit dans cette espérance : « Madame et Mère de mon Créateur, « je vois bien que vous vous préparez à votre départ, et « que par là je serai privée de la consolation de votre « aimable compagnie. Je vous supplie, ma très- chère « cousine , de me faire la grâce de me laisser quelques « instructions qui puissent me servir en votre absence à « diriger toutes mes actions selon le bon plaisir du Très- « Haut. Vous portez dans votre sein virginal le Maître qui « reprend les sages, et la source de la lumière (i), et vous «( venez par lui la communiquer à tous : faites part, mon a aimable Maîtresse , à votre servante de quelques-uns de « ces rayons qui éclatent dans votre très-pur esprit, afin tt que le mien soit éclairé et conduit par les droits sen- « tiers de la justice jusqu'à ce que j'aie le bonheur de voir « le Dieu des dieux dans Sion (2). »
284. Ce discours de sainte Elisabeth remplit la bienheureuse Vierge de tendresse et de compassion, et dans ces sentiments elle répondit à sa cousine en lui donnant des instructions célestes pour se conduire le reste de sa vie , qui devait se terminer fort peu de temps après ; elle l'assura aussi que le Très - Haut prendrait soin du petit Baptiste , et qu'elle-même le recommanderait à la Majesté divine. Or, quoiqu'il soit impossible de rapporter tout ce que notre auguste Reine conseilla à sainte Elisabeth dans les très - doux entreliens qu'elle eut avec elle avant d'en prendre congé , je dirai au moins quelque chose de ce que j'en sais, suivant ce que j'ai appris, ou selon que le comportera la faiblesse de mon langage. Or la très -pure Marie lui dit : « Ma cousine et ma très-chère amie , le Seigneur « vous a choisie pour ses œuvres et pour ses très - hauts
(l)Sap., vn, 15; Ecoles., I, 5. — (2) Ps. XXI!,3; LXXXIII, 8.
« mystères , dont il a daigné vous communiquer une si « grande lumière, voulant bien aussi que je vous ouvre « mon cœur. Je vous y liens gravée pour vous présenter « à la Majesté divine; je n'oublierai jamais les humbles « bontés que vous avez témoignées à la plus inutile des « créatures , et j'espère que vous en obtiendrez une « grande récompense de mon très -saint Fils, mon Sei- « gneur.
28S. « Élevez toujoui's votre esprit aux choses célestes, « et , vous aidant de la lumière de la grâce que vous avez, « ne perdez jamais de vue l'Être immuable de Dieu éter- « nel, ni la munificence de sa bonté infinie, qui l'a porté « à tirer les hommes du néant pour les élever à sa gloire « et les enrichir de ses dons (1). Cette obligation commune « à toutes les créatures , la miséricorde du Très-Haut nous « l'a rendue beaucoup plus étroite, quand elle nous a « poussée dans cette voie lumineuse , afin que nous avance cions toujours et que nous allions jusqu'à suppléer par « notre reconnaissance à la noii'e ingratitude des mortels, « qui les empêche toujours davantage de connaître et de « glorifier leur Créateur. Et c'est ce que nous devons faire, « en débarrassant notre cœur des engagements du monde, « de sorte qu'il marche en pleine liberté à son heureuse « fin. C'est pour cela, ma bonne amie, que je vous recom- « mande beaucoup de le détourner et de l'éloigner de « tout ce qui est terrestre, môme des choses qui vousap- « partiennent, afin que, délivrée des empêchements de la « terre, vous prépariez votre esprit aux appels divins, « que vous espériez la venue du Seigneur, et que, « quand il vous appellera, vous lui répondiez avec joie (2) « et sans la violence douloureuse que l'àme ressent lors-
(1) Eccli., xxxti, n. — (2) Luc, XII, 3G.
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« qu'il faut qu'elle se sépare du corps, et de tout le reste « qu'elle aime à l'excès. Maintenant que c'est le moment « de souffrir et d'acquérir la couronne, tâchons de la mé- « riter et de marcher avec diligence, pour arriver à a l'union intime de notre véritable et souverain bien.
28C. Ayez grand soin d'obéir à Zacharie, votre mari « et votre chef, de l'aimer et de le servir tant qu'il vivra, « avec une parfaite soumission. Offrez continuellement « votre fils miraculeux à son Créateur, en qui et pour qui « vous le pouvez aimer comme mère ; car il sera un grand « prophète, il défendra la loi et l'honneur du Très-Haut « avec le zèle d'Élie, dont le Seigneur l'animera, et il « travaillera pour l'exaltation de son saint nom (1). Mon « très-saint Fils, qui l'a choisi pour son précurseur et « pour le héraut de sa venue et de sa doctrine, le proté- « géra comme son favori , le comblera des dons de sa « droite , le rendra grand et admirable parmi les nations, « et fera éclater sa grandeur et sa sainteté dans le « monde (2).
287. a Travaillez avec un zèle ardent à faire craindre, « honorer et révérer dans toute votre maison , dans toute « votre famille , le saint nom de notre Dieu et Seigneur, « du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ayez un trèsci grand soin de soulager, autant que vous le pourrez, les « pauvres dans leurs nécessités (3) ; enrichissez - les des « biens temporels que le Très-Haut vous a départis de sa « main avec abondance, afin que vous les leur dispensiez « avec la même libéralité ; car ils leur appartiennent plus « qu'à vous (4) , puisque nous sommes tous enfants du Père « qui est aux cieux, auquel tout ce qui est créé appar- « tient; et il n'est pas juste que le Père étant riche, un
(1) Malac, IV, 5; Luc.,l, 17. — (2) Joan., i, 7; m, 29; Luc, I , lo ; Matth., xi , 9. — (3) Tob., iv, 7 et 8. — (i) Il Cor., vin, 14.
« enfant veuille avoir et conserver le superflu, pendant « que ses frères vivent dans la pauvreté et le dénûment : « par cette pratique de la charité vous vous rendrez fort « agréable au Dieu immortel des miséricordes. Continuez « ce que vous faites, et exécutez ce que vous avez projeté , a puisque Zacharie s'en rapporte à vous. Avec cette per- « mission vous pouvez être libérale. Vous affermirez votre « espérance par toutes les épreuves que le Seigneur vous « enverra, et dans vos rapports avec les créatures vous « serez pleine de bénignité et de mansuétude, humble, (( paciûque , toujours patiente, bien que plusieurs doivent « vous exercer sans cesse et vous fournir comme la matière « de votre couronne : cette conduite répandra au fond de « votre âme une sainte allégresse. Bénissez éternellement «( le Seigneur pour les très-hauts mystères qu'il vous a « manifestés, demandez -lui le salut des âmes avec un « amour et un zèle continuels, et priez le Très-Haut de « me gouverner et de me conduire , aûn que je dispense « dignement le sacrement que sa bonté immense a confié a à la plus humble et à la plus pauvre de ses servantes. « Envoyez quérir mon époux, qui me remmènera. En at- « tendant, préparez toutes choses pour la circoncision de (c votre fils , qui doit être appelé Jean , parce que c'est « le nom que le Très - Haut lui a donné par un décret « de sa volonté immuable (1). »
288. Ce discours, accompagné de beaucoup d'autres paroles de vie éternelle que la très-sainte Vierge adressa à sainte Elisabeth, produisit dans son cœur des effets si divins, qu'elle resta quelques instants muette cl subjuguée par la force de l'esprit qui l'enseignait, l'illuminait et ravissait toutes ses pensées et tous ses sentiments sur les
(1) Luc, I, 13.
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hauleurs d'une doctrine si céleste : car le Très-Haut se servait des paroles de sa très-pure Mère , comme d'un instrument animé , pour vivifier et renouveler le cœur de sa servante. Mais, après qu'elle fut revenue à elle-même et qu'elle eut modéré ses larmes, elle dit à la bienheureuse Vierge : « Madame et Reine de tout ce qui est créé , la dou- « leur et la consolation que j'éprouve me réduisent éga- « lement au silence. Entendez les paroles qui se forment « au plus intime de mon cœur, et que je ne saurais en dé- « gager. Mes sentiments vous diront ce que ma langue est u impuissante à exprimer. Je m'en rapporte au Tout-Puis- « sant pour le retour qu'exigent toutes vos faveurs : car « c'est lui qui récompense de ce qui est donné à des « pauvres tels que nous. Je vous demande seulement que, « comme vous êtes en toutes choses ma protectrice et la « cause de mon bien, vous m'obteniez la grâce et les « forces nécessaires pour pratiquer vos leçons, et pour « supporter la privation de votre douce compagnie ; car « ma douleur est excessive. »
289. Ensuite on se disposa pour la circoncision du petit Baptiste , parce que le temps déterminé par lu loi approchait (i). Beaucoup de parents et amis de cette sainte lamille s'assemblèrent donc chez Zacharie , conformément à l'usage des Juifs (surtout parmi les nobles) , et se mirent à délibérer sur le nom que porterait l'enfant. Car, en règle générale , ils attachaient une grande importance au clioix du nom qu'il convenait de domier aux enfants, et prenaient à cet égard des précautions vraiment minutieuses; et le cas qui se présentait était tout à fait extraordinaire, tant à cause de la qualité de Zacharie et do sainte Elisabeth , que parce que chacun admirait la merveille de la
(1) Luc, I, 59.
grossesse et de renfanteraent d'une mère vieille et stérile : on \ pressentait quelque grand mystère, Zacharie était muet; ainsi il fallut que sa femme sainte Elisabeth présidât cette assemblée. On avait déjà pour elle un très-grand respect et une estime toute particulière ; mais elle était si renouvelée et si rehaussée en sainteté depuis la visite de la Beine du ciel , sa fréquente conversation et la connaissance de ses mystères, que tous ceux qui la virent s'aperçurent de ce changement : car on remarquait jusque sur son visage une espèce de splendeur qui la rendait en même temps et vénérable et admirable; c'était la réverbération des rayons de la sainteté près de laquelle il lui était donné de vivre.
290. La divine Marie se trouva présente à cette assemblée, parce que sainte Elisabeth la pria instamment de s'y rendre , et surmonta toutes ses résistances en se servant d'une sorte de commandement fort respectueux et fort humble. La grande Reine obéit; mais ce fut après avoir obtenu du Très-Haut qu'il ne la ferait point connaître, et qu'il ne manifesterait aucun des bienfaits cachés qui pourraient la faire honorer. Le désir de la très-humble entre les humbles fut accompli. Et comme les gens du monde laissent dans l'obscurité ceux qui ne se distinguent pas du commun par un extérieur brillant, il n'y eut personne qui fit à elle aucune attention particulière, excepté sainte Elisabeth : elle fut la seule qui la traita avec une vénéraration intérieure et extérieure , reconnaissant que c'était sous sa direction que se déciderait la grande affaire dont on s'occupait. 11 arriva ensuite ce qui est raconté dans l'Évangile de saint Luc (1), que quelques-uns voulaient nonnncr l'enfant Zacharie, du nom de son père. Mais la
(1) Luc, 1,59, GO, Cl.
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prudente mère, assistée de la très -sainte Maîtresse , dit : « Mon fils sera appelé Jean. » Les parents lui répondirent qu'il n'y avait aucun membre de sa famille qui portât ce nom : en quoi l'on peut remarquer qu'on a toujours fait une grande estime des noms des plus illustres ancêtres, afin qu'en les portant on les imitât en quelque chose. Sainte Elisabeth persista à dire que son fils devait être nommé Jean.
291. Quoique Zacharie fût muet, les parents souhaitèrent qu'il leur fit connaître dans cette occasion son sentiment par quelque signe, et, s'étant fait donner une plume, il écrivit ces mots : Son nom est Jean (1). A l'instant où il les écrivait, la très-pure Marie, usant du pouvoir de Reine que Dieu lui avait donné sur les choses naturelles et créées, commanda à la langue de Zacharie de se délier et de bénir le Seigneur, parce que le moment était venu. A cet ordre divin le saint se trouva libre , et il commença de parler, jetant, dit l'Évangile, dans l'admiration et dans la crainte tous ceux qui étaient présents (2). Et quoiqu'il soit vrai que l'archange Gabriel ait annoncé à Zacharie, comme on le voit dans le même Évangile , qu'à cause de son incrédulité il demeurerait muet jusqu'à ce que fût accompli ce qu'il lui présidait (3), il n'y a là rien de contraire à ce que je dis ici; car lorsque le Seigneur révèle quelque décret de sa divine volonté, bien que ce décret soit efficace et absolu, il n'en déclare pas toujours les moyens d'exécution , tels qu'il les prévoit dans sa science infinie : ainsi l'ange déclara à Zacharie qu'il deviendrait muet en punition de son incrédulité; mais il ne lui dit point qu'il serait guéri par l'intercession de la sainte Vierge, quoique le Seigneur l'eût prévu et déterminé de la sorte.
(i) Luc, 1 , 62 , 63. — (2) Ibid., 64 , 65. — (3) Ibid., 20.
292. Or, de même que la voix de l'auguste Marie servit d'instrument pour sanctifler le petit Baptiste et sa mère Elisabeth, de même son ordre secret et sa prière furent le puissant ressort qui rendit le mouvement à la langue de Zacharie, lorsque, plein du Saint- Esprit, il s'écria d'une voix prophétique :
ft Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il est « venu visiter et racheter son peuple ,
« Et qu'il nous a suscité un puissant Sauveur dans la « maison de son serviteur David;
« Ainsi qu'il l'avait promis par la bouche de ses saints « prophètes qui ont vécu dans les siècles passés ,
« Pour nous délivrer de la puissance de nos ennemis et « de la main de tous ceux qui nous haïssent,
« Afin d'exercer sa miséricorde envei'S nos pères, et de « se souvenir de sa sainte alliance :
« Selon le serment qu'il avait fait à notre père Abra- « ham de se donner à nous ,
« Pour que , délivrés de la main de nos ennemis , nous « le servions sans crainte,
« Marchant devant lui dans la sainteté et dans la jus- « tice tous les jours de notre vie.
« Et vous, petit enfant, vous serez appelé le prophète « du Très-Haut , car vous irez devant la face du Seigneur « afin de préparer ses voies ,
« En donnant la connaissance du salut à son peuple, « afin qu'il reçoive la rémission de ses péchés,
« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, « qui ont porté le Soleil levant à nous visiter d'en haut ,
tt Pour éclairer ceux qui demeurent dans les ténèbres « cl dans l'ombre de la mort, et pour diriger nos pas a dans le chemin de la paix (i). »
(1) Luc, I, G8-79.