‹ La cité mystique de DieuChapitre 20 sur 122 · PART. II, LIV. III, CHAP. XXIV · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. III, CHAP. XXIV

lui demanda avec une profonde humilité sa bénédiction. Zacharie s'excusait de la donner, et suppliait la bienheu reuse Vierge de lui accorder plutôt elle-même la sienne. Mais personne ne pouvait vaincre en humilité celle qui était Maîtresse et Mère de cette vertu aussi bien que de toute sainteté : ainsi elle obligea le prêtre à la bénir, ce qu'il fit, poussé par l'inspiration divine. Et, se servant des paroles des livres sacrés, il lui dit : « Que la droite du Tout- « Puissant et du vrai Dieu vous assiste toujours et vous « préserve de tout mal (1); qu'il vous accorde la grâce de tt sa protection efficace; qu'il vous donne en abondance '( le pain et le vin , la rosée du ciel et la graisse de la « terre; que les peuples vous servent et que les tribus « vous adorent (2) , parce que vous êtes le tabernacle de « Dieu (3) ; vous serez Maîtresse de vos frères, et les ence fants de votre mère se prosterneront en votre pré- « sence (4). Celui qui vous exaltera et vous bénira sera « exalté et comblé de bénédictions ; celui qui ne vous bé- « nira et ne vous louera pas sera maudit. Que toutes les « nations connaissent en vous le Très-Haut, et que le nom « du grand Dieu de Jacob soit glorifié par vous (5) ! »

307. En reconnaissance de cette bénédiction prophétique, l'auguste Marie baisa la main de Zacharie, et le pria de lui pardonner les embarras qu'elle pouvait avoir causés dans sa maison. Le saint vieillard fut fort attendri de cet adieu, et des discours de la plus pure et de la plus aimable des créatures : il garda toujours dans son cœur le secret des mystères qui lui avaient été révélés pendant le séjour de la très-sainte Vierge. Une fois seulement, comme il se trouvait au milieu des prêtres, qui se réunissaient ordinairement dans le Temple , et qui le félicitaient de la

(1) Ps. cxx, 5, 7. — (2) Gen., xxvii, 28, 29. — (3) EcclJ., XXIV, 12. — (4) Gen., xxvii, 29. — (5) Judith., xin , 31.

naissance de son fils et du recouvrement de la parole, mû par la force de son esprit et répondant au sujet que l'on traitait, il dit : « Je crois d'une foi infaillible que le Très- « Haut nous a visités, en nous envoyant le Messie promis « qui doit racheter son peuple. « Mais il n'en dit pas davantage sur ce qu'il savait du mystère. Néanmoins le saint prêtre Siméon, qui était présent, ayant ouï ces paroles, fut saisi d'un vif enthousiasme, et s'écria dans ses transports : « Ne permettez pas, Seigneur d'Israël, que votre « serviteur sorte de cette vallée de misères sans voir le « Sauveur et le Restaurateur de voire peuple. » C'est à ce vœu qu'il fit plus tard allusion par les paroles qu'il proféra dans le Temple (1), lorsque, comme nous le dirons plus loin, il prit dans ses bras l'Enfant-Dieu lors de la présentation. Et dès ce jour -là le désir ardent qu'il avait de voir le Yerbc incarné s'enflamma de plus en plus.

308. Notre Souveraine, ayant laissé Zacharie baigné de larmes et tout ému de tendresse , alla prendre congé de sa cousine Elisabeth : douée, comme femme, d'un cœur plus sensible, parente, amie ayant joui tant de jours de la douce conversation de la Mère de la grâce, et ayant obtenu par son intercession tant de faveurs de la main du Seigneur, celle-ci était sur le point de s'évanouir de douleur, en pensant qu'elle allait être séparée de la cause de tant de bienfaits, privée de sa présence, frustrée de l'espérance d'en recevoir beaucoup d'autres. Le cœur de la sainte se brisait au moment de ce dernier adieu de la Maîtresse de l'univers, qu'elle aimait plus que sa propre vie, et elle lui découvrait le fond de son âme beaucoup plus par ses larmes et ses sanglots que par ses paroles; car elle était incapable de s'exprimer. La sérénissime Reine,

(l)Luc., n, 28-33.

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toujours maîtresse d'elle-même, inaccessible à tous les mouvements des passions naturelles, s'adressant à sainte Elisabeth, lui dit avec une douce sévérité : « Ma très-chère « cousine, ne vous affligez pas tant de mon départ, puis- « que la charité du Très-ffaut, en laquelle je vous aime « véritablement, ne connaît ni séparation ni distance de « temps et de lieu. Je vous regarde et je vous aurai préce sente devant sa divine Majesté, où vous me trouverez « toujours. Le temps pendant lequel nos corps peuvent « être éloignés est fort court (t), puisque si courts sont les « jours de la vie humaine; en remportant par le secours « de la grâce céleste la victoire sur nos ennemis, nous « nous verrons donc bientôt, et nous jouirons éternelle- « ment l'une de l'autre dans la Jérusalem bienheureuse, « où il n'y a ni douleurs, ni larmes, ni séparation (2). En « attendant ce temps fortuné, ma très-chère, vous pui- « serez en Dieu toute sorte de biens, et vous me trouverez « et me verrez en lui; je souhaite qu'il habite dans votre « cœur et qu'il vous console. » Pour arrêter les pleurs d'Elisabeth , notre très-prudente Reine ne prolongea pas davantage cet entretien , et , se mettant à genoux , elle lui demanda sa bénédiction et pardon des peines qu'elle pouvait lui avoir occasionnées par son séjour. Elle insista jusqu'à ce que sainte Elisabeth eût cédé à ses désirs; celleci, à son tour, sollicita la bénédiction de notre divine Souveraine, qui la lui donna, pour ne point lui refuser cette consolation.

309. Notre auguste Maîtresse alla voir aussi le petit Baptiste, et, le prenant dans ses bras, elle le couvrit de bénédictions efficaces et mystérieuses. L'enfant miraculeux , par un privilège divin , parla à la Vierge , quoiqu'à

(1) Job, xiv, 5. —(2) Apoc, XXI, 4.

voix basse et d'une manière en rapport avec son âge. « Vous « êtes Mère de Dieu , lui dit-il , et Reine de tout ce qui est « créé ; vous êtes la dépositaire du trésor inestimable du « ciel, l'asile et la protectrice de votre petit serviteur; « donnez-moi votre bénédiction , et favorisez - moi tou- « jours de votre intercession et de votre grâce. » Il baisa trois fois la main de notre Reine ; il adora dans son sein virginal le Verbe fait chair, lui demanda sa bénédiction et sa grâce, et s'offrit à son service avec une très - pi:ofonde vénération. L'Enfant-Dieu regarda favorablement et avac bienveillance son précurseur. La bienheureuse Vierge - Mère voyait et contemplait ce doux spectacle. Elle procédait et agissait en toutes choses avec plénitude de science divine , donnant à ehacun de ces grands mystères toute la vénération et toute l'estime qu'il demandait : car elle avait de très- hautes idées de la sagesse de Dieu et de ses œuvres (1).

310. Toute la maison de Zacharie resta sanctifiée de la présence de la très -chaste Marie 'et du Verbe incarné dans son sein, édifiée par son exemple , instruite par ses leçons et ses entretiens, ravie de sa modestie et de l'incomparable douceur de ses manières. Et ayant captivé les cœurs de tous les membres de cette heureuse famille, elle les laissa remplis des dons célestes, qu'elle leur mérita et obtint de son très-saint Fils. Son saint époux Joseph s'attira toute la vénération de Zacharie, d'Élisabetii et du petit Baptiste, qui connurent sa dignité avant qu'elle fût révélée à lui-même. Et après que l'heureux patriarche eut pris congé de tous , joyeux d'avoir son trésor ( quoiqu'il n'en pénétrât pas entièrement la valeur), il partit pour Nazareth. Je dirai dans le chapitre suivant ce qui

(1)11 Maclmb.,11,9.

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arriva dans le voyage. Mais avant de l'entreprendre, la très-sainte Vierge demanda à genoux la bénédiction à son époux , selon qu'elle avait coutume de faire dans de semblables rencontres, et après qu'elle l'eut reçue ils se mirent en chemin.

Instruction que me donna notre auguste Reine.

3H. Ma fille, l'âme bienheureuse que Dieu choisit pour lui faire part de ses caresses et pour l'élever à une haute perfection doit toujours avoir le cœur préparé et tranquille (1) , afin d'y laisser opérer le Seigneur sans résistance, selon qu'il le juge à propos, en concourant de son côté avec promptitude à l'exécution de ses desseins. C'est ce que je fis quand le Très-Haut m'ordonna de sortir de ma maison et de m'arracher à mon aimable retraite pour aller visiter ma servante Elisabeth; c'est ce que je fis encore quand il me prescrivit de la quitter. J'exécutai l'un et l'autre avec une joyeuse promptitude, et, quoique j'eusse reçu d'Elisabeth et de toute sa famille tous les bienfaits et toutes les marques d'amour et de bienveillafice que vous avez appris, au milieu de toutes les obligations que je leur avais, du moment où je connus la volonté du Seigneur, je mis de côté toutes mes affections personnelles, ne donnant plus à la charité et à la compassion qiie ce que comportait l'obéissance empressée que je devais au divin commandement; quant à mes propres afleclions , je n'en témoignai que ce que réclamaient la charité et la compassion.

(l)Eccles.,n,20.

312. Ma très-chère fille, avec quelle ardeur ne tâcheriez-vous pas d'acquérir cette véritable et parfaite résignation , si vous en appréciiez entièrement la valeur, si vous saviez combien elle est agréable aux yeux du Seigneur, et utile et profitable à l'àme ! Appliquez-vous donc à la pratiquer à mon imitation, ainsi que je vous y pousse et vous y convie si souvent. Ce qui empêche surtout de parvenir à ce degré de perfection , ce sont les inclinations ou les attachements particuliers aux choses de la terre : car ils infectent l'âme d'une indignité qui ne permet pas au Seigneur de la choisir pour ses délices et de lui manifester sa volonté. Ou bien , s'il arrive qu'elle la connaisse, l'amour qu'elle porte aux créatures la retient; et cette attache la rend incapable de la promptitude et de la joie avec lesquelles elle doit obéir au bon plaisir de son Seigneur. Parez à ce danger, ma fille, et ne donnez entrée dans votre cœur à aucune alTection particulière : car je souhaite que vous deveniez fort parfaite et fort savante en l'art de l'amour divin, et que votre obéissance soitangélique et votre amour séraphique. Je veux que vous soyez telle dans toutes vos actions, puisque mon amour vous y oi)lige, puisque la science et la lumière que vous recevez vous enseignent à le devenir.

313. Je ne prétends pas vous dire par là d'être insensible, car cela est naturellement impossible à la créature; mais Je veux vous engager, quand il vous arrivera quelque chose de fâcheux ou qu'il vous manquera ce qui pourrait vous paraître utile, ou nécessaire, ou désirable, à vous abandonner alors entièrement au Seigneur avec une indifférence joyeuse , et à lui offrir un sacrifice de louanges en reconnaissance de ce que sa sainte volonté s'accomplit à votre égard. Certainement, si vous ne considérez que son bon plaisir, convaincue que tout le reste est passa-

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ger, il vous deviendra facile de vous vaincre promptement vous-même, et vous profiterez de toutes les occasions qui se présenteront de vous humilier sous la main puissante du Seigneur (i). Je vous recommande aussi de m'imiter dans le respect et dans la vénération dus aux prêtres , et de leur demander toujours la bénédiction avant de leur parler ou de prendre congé d'eux; vous pratiquerez la même chose envers le Très-Haut , avant de vous mettre au moindre travail. Présentez-vous toujours avec une Immble soumission devant vos supérieurs. Si les femmes qui viennent vous demander conseil sont mariées, avertissez-les d'être obéissantes à leurs maris, dociles, pacifiques dans leurs familles , retirées dans leurs maisons , et soigneuses à s'acquitter de toutes leurs obligations (2). Mais qu'elles prennent garde aussi de trop se préoccuper de leurs affaires sous prétexte de nécessité; car elles pourront y réussir beaucoup plus par la bonté et par la libéralité du Très- Haut que par leur trop grande industrie. Les divers événements parmi lesquels je me suis trouvée vous fourniront à cet égard une leçon , un véritable exemple : ma vie entière est un modèle dont les âmes doivent se servir pour atteindre à la perfection qu'exigent tous les états; c'est pourquoi je ne vous donne point d'instruction pour chacun.

(l)IPctr.,v, 6. — (2)Tit., 11,5.

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