‹ La cité mystique de DieuChapitre 21 sur 122 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

La très-pure Marie retourne à Nazareth.

31-1. Pour retourner de la ville de Juda à celle de NazaretJi, notre grande Reine, ce tabernacle animé du Dieu vivant, traversa en partant les montagnes de Judée, accompagnée de son très-fidèle époux Joseph. Les évangélistes ne parlent point de la célérité avec laquelle elle exécuta ce voyage, comme saint Luc l'a fait du premier (I), à cause du mystère particulier que renfermait cette hâte ; néanmoins elle ne laissa pas que d'effectuer son retour à Nazareth avec la même diligence, à cause des événements qui l'attendaient dans sa maison. On peut dire, du reste, que tous les voyages de notre divine Souveraine furent une démonstration mystique de ses progrès spirituels et intérieurs; parce qu'elle était le véritable tabernacle du Seigneur, qui ne s'arrêtait et ne se reposait jamais dans la pérégrination de la vie mortelle (2); passant, au contraire, chaque jour d'un état sublime de sagesse et de grâce à un autre plus éminent , elle avançait sans cesse , voyageuse toujours sans égale sur ce chemin de la terre promise , et elle portait constamment avec elle le véritable propitiatoire (3), où elle nous procurait continuellement le salut éternel par les accroissements de ses dons et dejses faveurs. 31."). Notre grande Reine et saint Joseph firent le trajet en quatre jours, comme lors du voyage que j'ai raconté au chapitre xvi*. Quant i\ la manière de voyager et aux

(1) Luc, 1 , 39. — (2) I Parai., xvil , 5. — (3} Num., vir , 89.

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divins entretiens auxquels ils se livrèrent dui'ant leur route, les choses se passèrent de même; il n'est donc pas nécessaire d'en rapporter ici les détails. Dans les luttes d'humilité qui s'élevaient souvent entre eux, la sainte Vierge l'emportait toujours, excepté dans les cas où son saint époux interposait son autorité; car la plus grande humilité consistait à se soumettre à l'obéissance. Mais comme elle était déjà enceinte de trois mois , Marie marchait avec plus de précaution. Ce n'est pas que son fardeau lui parût lourd et gênant; elle éprouvait, au contraire, aie porter, un sentiment de bonheur délicieux. Mais l'attentive et prudente mère prenait un grand soin de son trésor, parce qu'elle le regardait avec les accroissements naturels que le très-saint coi-ps de son Fils recevait chaque jour dans son sein virginal. Nonobstant cette facilité et cette légèreté de sa grossesse, les difflcultés du chemin et la chaleur la fatiguaient parfois; parce que, pour avoir le moyen de souffrir, elle ne se servait point des privilèges de Reine et de Maîtresse des créatures, et que, loin d'éviter ce qui lui pouvait être pénible , elle s'exposait aux incommodités et à la lassitude , afin d'être en toutes choses Maîtresse de la perfection et conforme à son très -saint Fils.

316. Comme sa divine grossesse était, sous le rapport naturel, si parfaite, et sa constitution à la fois si délicate et si excellente , qu'il n'y eut en sa personne rien de défectueux, son état se trahissait nécessairement par des signes extérieurs, et la plus discrète des épouses s'apercevait bien qu'il serait impossible de les cacher longtemps à son trèschaste et très-fidèle époux. Dans cette pensée, elle se mettait à le regarder avec plus de tendresse et de compassion, à cause des angoisses dont il devait être bientôt assailli, et dont elle aurait souhaite le délivrer, si elle avait su que tel eût été le bon plaisir divin. Mais le Seigneur ne dissipa

point ses inquiétudes à cet égard, parce qu'il conduisait la chose par les moyens les plus convenables à sa gloire, et au mérite de saint Josepti et de sa Mère Vierge. Néanmoins notre auguste Souveraine priait intérieurement la Majesté divine de prévenir le cœur du saint époux par la patience et par la sagesse dont il avait besoin, et de l'assister de sa grâce, afin que, dans les circonstances qu'elle prévoyait, il ne fit rien qui ne lui fût agréable; car elle jugeait toujours qu'il éprouverait une profonde douleur en la voyant enceinte.

317. La Maîtresse de l'univers fit, en retournant à Na- .zareth, plusieurs œuvres admirables, mais toujours à l'ombre et d'une manière secrète. Ils arrivèrent en un lieu assez peu éloigné de Jérusalem, et la même nuit, des gens d'un autre petit village vinrent loger dans la maison où ils étaient; ces gens allaient à la sainte cité, et y menaient une jeune femme malade , pour lui chercher quelque remède, comme dans une localité plus populeuse et plus importante. Mais, quoiqu'ils sussent qu'elle était fort malade , ils ignoraient la nature et la cause de ses douleurs. Cette femme avait été fort vertueuse; mais l'ennemi commun , connaissant son caractère et ses progrès dans la vertu, s'acharna contre elle, ainsi qu'il fait toujours contre les amis de Dieu , et il la persécuta si violemment qu'il la fit tomber dans quelques péchés; puis, pour la pousser d'un al)inic dans un autre, il la leula par de trompeuses suggestions de désespoir et par une douleur excessive de son propre déshonneur; et lui ayant troublé l'esprit, le dragon infernal parvint à entrer dans cette fcnmic affligée et à la posséder avec plusieurs autres diluions. J'ai déjà dit dans la première partie que ce dragon conçut une grande colère contre toutes les femmes vertueuses, depuis qu'il vit dans le ciel cette femme revêtue

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du soleil, dont les autres qui la suivent forment la famille, comme on peut l'inférer du chapitre xn« de l'Apocalypse; et par suite de cette haine, il s'enorgueillissait hautement de la possession du corps et de l'âme de cette pauvre femme, qu'il traitait en tyran féroce.

318. Dès que notre Souveraine la vit à l'hôtellerie, elle connut le mal que tous ignoraient, et mue de sa miséricorde maternelle, elle pria son très-saint Fils de lui donner la santé de l'âme et du corps. Et sachant que la volonté divine penchait à la clémence , elle usa de son pouvoir de Reine pour commander aux démons de sortir à l'instant de cette femme, de la laisser lihre, sans la tourmenter jamais plus, et de rentrer dans les profonds ahîmes, conmie dans leur légitime et propre demeure. Notre grande Reine ne se servit point de paroles pour intimer cet ordre, mais elle le donna mentalement , de manière que les esprits immondes pussent le comprendre; et il fut si efficace et si puissant, qu'aussitôt Lucifer et ses compagnons sortirent de ce corps, et furent précipités dans les ténèbres infernales. L'heureuse femme se trouva délivrée et fort surprise d'un cas si extraordinaire; mais dans cet étonnement elle tourna son cœur vers notre très -pure et très-sainte Souveraine. Elle la regarda avec une vénération et une tendresse singuUères, et cette vue lui procura deux autres bienfaits : l'un, que son âme fut pénétrée d'une intime douleur de ses péchés; l'autre, qu'elle fut affranchie des mauvais effets qu'avaient produits et débarrassée des vestiges qu'avaient laissés dans son corps ces iniques possesseurs, dans le temps qu'elle avait été soumise à leur empire. Elle comprit que cette divine étrangère qu'elle avait eu le bonheur de rencontrer, avait beaucoup contribué au bienfait qu'elle sentait avoir reçu du Ciel. Elle lui parla, et notre Reine lui répondant au cœur, l'exhorta par de

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sages avis à la persévérance, et même elle la lui mérila pour l'avenir. Les parents qui l'accompagnaient connurent aussi le miracle, mais ils l'attribuèrent à la promesse qu'ils avaient faite de la mener au temple de Jérusalem, et qu'ils allaient accon^lir en y portant quelques offrandes. Ils y allèrent en louant le Seigneur, mais en ignorant l'instrument dont il s'était servi pour un tel bienfait.

319. Grands furent le trouble et la colère dont Lucifer fut saisi en se voyant chassé de cette femme et précipité par le seul commandement de la très-chaste Marie; tout stupéfait, il disait avec une furieuse indignation : « Quelle est cette femmelette qui nous commande et qui nous opprime avec tant de force? Quelle nouveauté est celle-ci, et comment est-ce que mon orgueil la souffre? 11 faut que nous nous tenions tous sur nos gardes, et que nous travaillions à l'écraser. » Mais comme je dois m'étendre davantage sur ce sujet dans le chapitre suivant, je le quitte pour revenir à nos divins voyageurs , qui arrivèrent dans une autre hôtellerie dont le maître était d'un naturel très -pervers et d'une vie fort déréglée. Par une première grâce qui devait être le principe du bonheur de cet homme, Dieu voulut qu'il accueillît l'auguste Marie et son époux Joseph avec des sentiments de bienveillance et des marques d'intérêt. 11 leur montra plus de courtoisie et leur rendit plus de services qu'il n'avait accoutumé de faire aux autres étrangers. Or, afin que la récompense surpassât le bienfait , notre grande Reine, qui connut le mauvais état de la conscience de son hôte, pria pour lui , et lui laissa le fruit de celte prière en paiement de son bon accueil ; do sorte qu'elle lui procura la justification de son âme , l'amcndcmcnt de sa vie, et raugincnlation de ses biens. En effet , Dieu fit prospérer son établissement dans la suite , pour les petits services qu'il avait rendus aux saints voya-

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