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39 '2. Le Très -Haut répondit en ces termes à la demande de notre Reine : « Ma Colombe et ma Bien-Aiméc, « je consolerai bientôt mon serviteur Joseph , et quand jo « lui aurai annoncé par l'organe de mon ange le mystère « qu'il ignore, vous pourrez lui en parler, et lui direz clai- « rement tout ce que j'ai opéré en vous, sans désoraiais « vous renfermer à cet égard dans le silence. Je le rempli- « lai de mon esprit, et lui apprendrai la conduite qu'il doit « tenir dans ces mystères. Il vous y aidera et vous assistera « dans tous les événements qui vous arriveront. » L'auguste Marie , toute Ibrtiiiée et consolée par cette promesse du Seigneur, lui rendit de très-humbles actions de grâces, de ce qu'il disposait toutes choses avec un ordre admirable , et avec poids et mesure (1); car outre la consolation qu'elle ressentit en se trouvant délivrée d'une peine si sensible , elle comprit combien il était utile pour son époux Joseph d'avoir passé par cette tribulation , qui avait éprouvé et comme élargi son âme à la mesure des grandes choses qui lui devaient être confiées.
393. Cependant saint Joseph continuait à peser ses doutes. Il avait déjà vécu deux mois dans cette cruelle affliction, lorsque , vaincu par la difficulté, il dit : « Je ne « trouve point de remède plus propre à ma douleur que « de m'abscnter. J'avoue que mon épouse est très- « parfaite , cl je ne vois rien en elle qui n'atteste sa « sainteté ; mais enfin elle est enceinte , et je ne com- « prends pas ce mystère. Je ne veux point offenser « sa vertu en la soumettant à l'application de la loi , « mais aussi je ne dois pas attendre le moment de la déa livrance. Je partirai sans différer, et je m'abandonnerai « à la providence du Seigneur, qui prendra soin de moi. »
(l) Sap..is. 21.
iT-i I.A CHK MYSTIQUE.
Il résolut donc de partir la nuit suivante ; et ayant préparé ù cet effet un habit et quelques hardes de rechange, il fit du tout un paquet. Il avait reçu un peu d'argent qu'on lui devait de son travail, et avec ces modestes provisions il se disposa à partir vers minuit. Mais tant à cause de l'étrangelé du cas que par une pieuse habitude , il se recueillit pour méditer sur l'importance de son entreprise, et adressant ensuite sa prière au Seigneur, il lui dit : « Grand Dieu « de nos pères Abraham , Isaac et Jacob , unique et véri- « table protecteur des pauvres et des affligés, la douleur u dont mon cœur est pénétré n'est point cachée à votre « divine clémence. Vous connaissez aussi, Seigneur, « quoique d'ailleurs je ne sois pas exempt de péché, mon « innocence touchant le sujet de ma peine, ainsi que « l'infamie et le danger dont je suis menacé par l'état de « mon épouse. Je reconnais en elle de ti'op grandes vertus « et une perfection trop éminente pour la croire adultère ; « cependantjevoisavec certitude qu'elle est enceinte. J'en « ignore la cause, il est vrai, mais je ne trouve aucun « moyen de calmer mon esprit. Je choisis, comme un « moindre mal , de m'en aller loin d'elle en un endroit « où personne ne me connaisse, et d'achever ma vie dans « quelque désert, où je m'abandonnerai à votre provi- « dence. Ne me délaissez pas. Seigneur, car je ne désire « que de me consacrer à votre service, pour votre plus « grande gloire. »
394. Saint Joseph se prosterna, et lit vœu d'aller olfrir au Temple de Jérusalem une partie de la petite somme qu'il avait pour son voyage; et c'était afin que Dieu garantît son épouse des calomnies des hommes, et qu'il la préservât de tout mal : si grandes étaient la droiture do l'homme de Dieu et l'estime qu'il faisait de notre divine Reine! Après celte prière il prit un peu de repos, pour
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sortir ensuite vers minuit, à l'insu de son épouse; mais il lui arriva en songe ce que je dirai dans le chapitre sui- \ant. La grande Souveraine du ciel, comptant sur la promesse divine, observait de son oratoire tout ce que faisait et se proposait saint Joseph, car le Tout-Puissant le lui découvrait. Et, remplie de tendresse et de compassion à la connaissance du vœu qu'il avait fait pour elle, et à la vue du peu de hardes et d'argent qu'il avait préparés, elle fit de nouvelles prières pour lui et rendit des actions de grâces au Seigneur, en le glorifiant dans ses œuvres, et en bénissant la sagesse qu'il v déploie au delà de tout ce que les hommes peuvent imaginer ou espérer.
395. La Majesté divine permit que la bienheureuse Vierge et son saint époux fussent réduits ù cette extrémité de douleur intérieure, afin que, outre les mérites qu'ils amassaient par un si long martyre, le bienfait de la consolation céleste fût en eux et plus merveilleux et plus singulier. Notre auguste Souveraine, soutenue par la foi, espérait toujours fermement que le Très-Haut remédierait en temps et lieu à toutes leurs peines, et continuait ainsi à garder le secret du grand Roi (1), qui ne l'avait point chargée de le communiquer; néanmoins elle ne laissa pas que d'être vivement affligée de la résolution de saint Joseph ; car elle se représenta les grands inconvénients auxquels elle serait exposée, une fois seule, sans appui et sans compagnie qui l'assistât et qui la consolât, selon l'ordre comiimn et naturel, sachant qu'on ne doit pas toujours chercher les clioses par des voies miraculeuses et surnaturelles. Mais ces pensées accablantes ne purent l'empêcher de pratiquer les vertus les plus excellentes, telles que celle de la uiagnammité, en supportant les af-
([) Tob., xii, 7.
fliclions, les inquiétudes et les résolutions de saint Joseph ; celle de la prudence, en considérant que le mystère qu'elle renfermait était grand, et qu'il ne convenait pas qu'elle le découvrit de son propre mouvement; celle du silence , en se rendant maîtresse de sa langue , comme une femme forte qui surpassait toutes les autres, sachant taire ce que tant de raisons humaines l'auraient portée à déclarer; celle de la patience, en souffrant sans se plaindre, et celle de l'humilité, en ne dissipant pas les soupçons de son époux. Elle exerça d'une manière admirable beaucoup d'autres vertus dans cette épreuve, pour nous enseigner à attendre le remède du Très-Haut dans les plus grandes tribulations.
Instntction que me donna la Reine du ciel.
396. Ma tille, l'instruction que je vous donne par cette observation du silence dont vous avez parlé, est que vous la preniez pour règle de votre conduite dans les faveurs et dans les mystères du Seigneur, en les gardant dans le plus secret de votre cœur. Ainsi, quoiqu'il vous semble parfois à propos de les faire connaître pour la consolation de quelque àme, vous ne devez pas vous y décider do vous-même sans avoir d'abord consulté Dieu, et ensuite votre directeur, parce que, dans ces matières spirituelles, il faut ne pas agir d'après ralVectioii humaine, oîi les passions et les inclinations de la créature ont une si grande part, qu'il est fort à craimlre qu'elles ne fassent prendre pour convenable ce qui est pernicieux, et pour être du sci'vice de DiQu ce qui lui déplaît; car ce n'est pas par les yeux de la chair et du sang que l'on parvient h discerner
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entre les uiouvements intérieurs ceux qui sont divins et qui naissent de la grâce, d'avec ceux qui sont humains et produits par les aflections désordonnées. Sans doute il y a entre ces deux elîets et leurs causes une distance énorme; néanmoins, si la créature n'est pas des plus éclairées, si elle n'est pas entièrement morte à ses passions, elle ne saurait faire ce discernement, ni distinguer ce qui est pernicieux de ce qui ne l'est pas (1). La difficulté est bien plus grande quand quelque motif temporel et humain s'y trouve ou s'y mêle : parce qu'alors l'amourpropre et naturel s'avise trop souvent de traiter les choses divines et spirituelles, et expose l'âme à tomber à chaque pas dans les plus dangereux précipices.
397. Que cet avis vous serve durant toute votre vie, pour ne déclarer jamais aucune chose sans mon ordre, si ce n'est à celui qui vous conduit. D'ailleurs, puisque j'ai bien voulu me constituer votre maîtresse, je ne manquerai pas de vous prescrire et de vous conseiller ce que vous aurez à faire en cela et dans tout le reste, alin que vous ne vous écartiez point de la volonté de mon trèssaint Fils. Mais prenez bien garde à faire toujours une grande estime des faveurs et des bienfaits du Très-Haut (2). Regardez-les avec vénération, et préférez le cas que vous en devez faire et la reconnaissance que vous en devez avoir à toutes les choses inférieures, surtout à celles qui sont conformes à votre inclination. La crainte respectueuse que j'avais m'imposa un rigoureux silence, persuadée comme je devais l'être, que le trésor qui m'avait été confié était d'un prix inestimable. Aussi observaije cette discrétion, ce silence, nonobstant mon état de dépendance naturelle et l'amour que je portais à saint Joseph,
(1)1 Cor., II. 14; Jcrcin.,xv, 19. — (2) Eccli., xxxi.x, 19 el 20.
mon époux et mon maître, et malgré la douleur cl la compassion que je ressentais de ses afflictions, dont j'eusse tant voulu le délivrer, parce que je préférais à tout le bon plaisir du Seigneur, et que je lui remettais une cause qu'il s'était réservée à lui seul. Apprenez encore par là à ne vous jamais disculper, pour innocente que vous soyez, sur ce qu'on vous impute. Uendez-vous agréable au Seigneur en vous confiant entièrement à son amour; abandonnezlui votre réputation , tout en vainquant par la patience , par l'humilité, par les bienfaits et par les paroles douces et obligeantes, ceux qui vous olîenscnt. Je vous recommande particulièrement de ne jamais juger mal de personne, quand même les indices les plus clairs viendraient frapper vos yeux ; car la parfaite charité vous apprendra à donner à toutes choses une interprétation prudente et à excuser les fautes d'autrui. C'est pour cela que Dieu a proposé comme modèle mon époux saint Joseph; car jamais personne n'eut à la fois de plus justes motifs de suspicion et" plus de discrétion à suspendre son jugement, parce que, suivant les règles d'une charité circonspecte et généreuse, on fait acte de sage réserve et non point de témérité, quand on s'en l'apporte, pour l'appréciation d'un fait dont la culpabilité n'est pas évidente, à des causes supérieures qu'on ne pénètre pas, plutôt que de juger et que de condamner le prochain. Je ne vous doimc pas ici des instructions particulières pour ceux qui sont dans l'état du mariage, parce qu'elles ressortent assez de toute l'histoire de ma vie, et ils en peuvent tous faire leur profit, quoique je vous les donne maintenant pour voire avancement particulier, que je désire avec un amour de mère, licoutez-moi, ma très-chère tille, et mettez en pratique mes conseils et mes paroles de vie.
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