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de grâces; ils radorèrent, et lui rendirent le culte qui lui était dû. Saint Joachim et sainte Anne prièrent l'ambassadeur céleste, saint Michel, de recommander à leur trèssainte fille de révérer en leur nom l' Enfant-Dieu, le fruit béni de son très-chaste sein (1); et c'est ce que la grande Reine de l'univers fit aussitôt, en apprenant avec une joie extrême tout ce que le saint prince lui raconta des Pères des limbes.
490. Un autre ange de ceux qui gardaient et assistaient la divine Mère fut envoyé à sainte Elisabeth et à son fils Jean, Lorsqu'il eut annoncé la naissance du Rédempteur, la prudente sainte et son fils, tout enfant qu'il était, se prosternèrent à terre, et adorèrent leur Dieu lait homme en esprit et en vérité (2). Et l'enfant qui était consacré pour être son précurseur fut intérieurement renouvelé par un feu bien plul ardent que ne le fut Élie, tandis que ces mystères causaient aux anges eux-mêmes une singulière admiration et leur fournissaient de nouveaux sujets de louanges. Le petit Baptiste et sa mère supplièrent aussi notre auguste Reine, par l'entremise de cet ange, de vouloir bien adorer son très-saint Fils en leur nom , et de les offrir derechef à son service : ce qu'elle s'empressa de faire avec ponctualité.
491 . Sainte Elisabeth, ayant appris cette heureuse nouvelle, dépêcha sur-le-champ à Rethlécm un exprès, qu'elle chargea de porter à la Mère de l'Enfant - Dieu un présent qui consistait en quelque peu d'argent, de linge et d'autres petites choses nécessaires au nouveau-né, à sa pauvre Mère et au saint époux. Mais elle avait seulement donné ordre à l'exprès de visiter sa cousine et Joseph de sa part, de leur laisser le présent , de s'informer de leurs besoins,
(1) Luc, I, 42. — (2)Joan., iv, 23.
et de lui rapporter des nouvelles certaines de leur santé. Ainsi cet homme ne connut du mystère que ce qui lui en parut à l'extérieur : néanmoins, frappé d'admiration à cette vue et cédant à une force divine, il retourna tout changé intérieurement, et parla avec une joie inexprimable à sainte Elisabeth de la pauvreté et de la bonté de sa parente, de l'enfant et de Joseph, et des effets qu'il avait ressentis en son àme rien qu'à les voir ; ceux qu'une si naïve relation produisit dans le cœur bien disposé de la pieuse Elisabeth furent beaucoup plus merveilleux. Aussi n'aurait - elle pu s'empêcher d'accourir elle-même auprès delà Mère Vierge et de l'Enfant-Dieu nouveau-né, si la volonté divine ne se fût prononcée pour assurer le secret d'un si haut mystère. Notre divine Reine prit une partie de ce que sa cousine lui envoyait pour suppléer à sa pauvreté, et distribua le reste aux pauvres; car elle ne voulut pas être privée de leur compagnie pendant le temps qu'elle demeura dans la grotte de la Nativité.
492. D'autres anges allèrent aussi annoncer les mêmes nouvelles à Zacharie , à Siméon , à Anne la prophétesse et à plusieurs autres justes et saints à qui le nouveau mystère de notre rédemption pouvait être confié : car le Seigneur les trouvant dignement préparés pour le recevoir avec reconnaissance et avec fruit , il semblait qu'ils eussent en quelque sorte droit par leur vertu à ne pas ignorer le bienfait qui était accordé au genre humain. Et, quoique tous les justes de la terre ne conimsscnt pas alors ce mystère, tous éprouvèrent quelques effets divins à l'heure où naquit le Sauveur du monde; tous ceux qui étaient en état de grâce sentirent une joie intérieure extraordinaire et surnaturelle sans en découvrir la cause particulière. Un changement pareil se produisit non-sculcnienl chez les anges et les justes , mais encore en d'autres créa-
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tures insensibles, puisque les influences des planètes devinrent plus actives et plus bénignes : le soleil hâta sa course, les étoiles brillèrent d'un plus grand éclat, et celle qui dirigea miraculeusement les rois mages vers Bethléem (1) fut formée cette nuit -là; plusieurs arbres portèrent des fleurs et d'autres des fruits ; quelques temples d'idoles s'écroulèrent; en d'autres, les idoles furent renversées et les démons chassés. Les hommes , ne soupçonnant pas la véritable cause de tous ces miracles et de beaucoup d'autres qui éclatèrent ce jour-là dans le monde, cherchaient à les expliquer de diverses manières. 11 y en eut seulement parmi les justes plusieurs qui , par une inspiration divine, supposèrent ou crurent que Dieu était descendu sur la terre, quoique personne ne le sût avec certitude, excepté ceux à qui lui-même le révéla. De ce nombre étaient les mages, auxquels furent envoyés d'autres anges de la garde de notre Reine qui , les allant trouver chacun en particulier dans les régions de l'Orient qu'ils habitaient, leur révélèrent intellectuellement, par des paroles intérieures, que le Rédempteur du genre humain était né dans la pauvreté et dans l'abjection. Cette révélation leur inspira de nouveaux désirs de le cliercher et de l'adorer; et bientôt ils virent l'étoile miraculeuse qui les conduisit à Bethléem, comme je le dirai plus loin.
493. Mille fois heureux entre tous furent les pasteurs de celte contrée qui veillaient , gardant leurs troupeaux , à l'heure même de la nativité (2) : heureux non -seulement parce que, avec une vigilance louable, ils employaient la nuit à une occupation dont ils supportaient les fatigues en vue de Dieu, mais heureux surtout parce qu'ils étaient pauvres, humbles, méprisés du monde,
(!) Matth., II, 2. — (2) Luc, ii, 8.
justes et simples de cœur; parce qu'ils étaient de ceux qui , dans le peuple d'Israël , attendaient et désiraient ardemment la venue du Messie , dont ils parlaient et s'entretenaient souvent. Ils avaient d'autant plus de ressemblance avec l'auteur de la vie , qu'ils étaient plus éloignés du faste ; de la vanité, de l'ostentation du monde et de ses ruses diaboliques. Ils représentaient par ces nobles qualités l'office que le bon Pasteur venait exercer, en connaissant ses brebis et en en étant lui-même connu (1). C'est parce qu'ils étaient dans des dispositions si convenables, qu'ils méritèrent d'être appelés et conviés, comme les prémices des saints, par le Seigneur lui-même, afin qu'ils fussent les premiers d'entre les mortels à qui le Verbe incarné se manifestât et se communiquât , et dont il reçût les louanges, les services et les adorations. Voilà pourquoi l'archange saint Gabriel leur fut envoyé : et , les surprenant dans leur veille, il leur apparut sous une forme humaine, tout resplendissant d'une éclatante lumière (2). 494. Les pasteurs se trouvèrent tout à coup inondés des flots de cette lumière céleste , et , comme ils n'étaient point accoutumés ù de pareilles révélations, ils furent saisis d'une grande peur à la vue de l'ange (3). Mais le saint prince les rassura en leur disant : a Hommes sincères, ne « craignez point , car je vous annonce une nouvelle qui « vous comblera de joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la « ville de David , il vous est né un Sauveur, qui est le « Christ notre Seigneur. Or voici le signe auquel vous le « reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de « langes et couché dans une crèche (4). » A ces dernières paroles du saint archange survinrent subitement en grand nombre les hérauts de la milice du ciel, qui, unissant leurs
(1) Joan., X , 14. — (2) Luc, ii , 9. — (3) Ibid. — (4) lUd., 10 , 11 et 12.
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voix harmonieuses, célébrèrent le Très-Haut et chantèrent : Gloire soit à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (1). Puis les saints anges disparurent en répétant ce cantique si divin et si nouveau dans le monde. Tout cela arriva dans la quatrième veille de la nuit. Cette vision remplit les humbles et fortunés pasteurs d'une lumière divine , et les laissa également enflammés et animés du désir de jouir de leur félicité, et d'aller reconnaître par leurs propres yeux le sublime mystère que venaient de leur transmettre leurs oreilles.
495. Le signe que l'ange leur avait donne ne semblait pas très-propre à con^aincre les yeux de la chair de la grandeur du nouveau -né : car à se trouver dans une crèche, emmaillotté de quelques pauvres langes, il n'y avait point d'indice suffisant pour révéler la majesté du Roi , s'ils ne l'avaient découverte à l'aide de la lumière divine dont ils furent éclairés : mais c'est parce qu'ils étaient humbles et vides de la sagesse mondaine qu'ils furent bientôt remplis de la sagesse divine. A peine s'étaienl-ils mutuellement communiqué ce qu'ils pensaient de cette étonnante ambassade , qu'ils résolurent d'aller bien vite à Bethléem pour y voir la merveille qu'ils venaient d'apprendre de la part du Seigneur (2). Ils partirent aussitôt, et , entrant dans la grotte , ils trouvèrent , comme le dit l'évangéliste saint Luc , Marie et Joseph, et l'Enfant couché dans la crèche (3). Et voyant tout cela, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été annoncé (4). Cette expérience et cette visite furent suivies d'une illustration intérieure qu'ils reçurent à la vue du Verbe fait homme; car au moment où les pasteurs jetèrent les yeux sur lui, le
(1) Luc, u, 13 et 14. — (2) Ibid., 15. — (3) Ibid., 16. — (4) Ibid., 17.
280 LA CITÉ MTSTIQUE.
divin Enfant les regarda aussi, le visage brillant d'une grande splendeur, dont les rayons et l'éclat blessèrent le cœur candide de ces pauvres et bienheureux hommes ; et par sa vertu divine il les régénéra en leur donnant «un nouvel être de grâce et de sainteté , et les laissa élevés aux hauteurs et enrichis des trésors d'une science toute céleste sur les ineffables mystères de l'incarnation et de la rédemption du genre humain.
496. Ils se prosternèi'ent tous ensemble et adorèrent le Verbe incarné : ils le louèrent, le glorifièrent et le reconnurent pour Dieu et homme véritable , pour le Restaurateur et Rédempteur du genre humain , non comme des hommes grossiers et ignorants qu'ils étaient auparavant, mais comme des hommes sages et prudents. L'auguste Souveraine et Mère de l'Enfant- Dieu était attentive à tout ce que les pasteurs disaient et faisaient extérieurement et intérieurement; caf elle pénétrait jusqu'au fond de leurs cœurs; et, avec une prudence égale à sa sagesse, elle gardait en elle-même et méditait toutes ces choses (i), les confrontant avec les mystères qu'elle connaissait, avec les saintes Écritures et avec les prophéties. Or, servant alors d'organe au Saint-Esprit et de langue à l'Enfant , elle parla aux pasteurs, les instruisit et les exhorta à persévérer dans l'amour et dans le service de Dieu. Ils l'interrogèrent aussi à leur façon, et donnèrent beaucoup de détails sur les mystérieuses comnmnications qui leur avaient été faites. Ils restèrent dans la grotte depuis le point du jour jusqu'à midi; et, après que notre divine Reine leur eut donné à manger, elle les congédia, comblés de grâces et de consolations célestes.