‹ La cité mystique de DieuChapitre 53 sur 122 · PART. II, LIV. IV, CHAP. XI · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. IV, CHAP. XI

à la très-pure Marie, à l'Enfant et à Joseph pendant le temps qu'ils demeurèrent dans la grotte; ils leur portèrent aussi quelques présents pi-oportionnés à leur pauvreté. L'évangéliste saint Luc dit que tous ceux qui les entendirent parler de ce qu'ils avaient vu admiraient ce qu'ils leur en rapportaient (1) : mais cela n'eut lieu qu'après que la Reine, l'Enfant et Joseph furent partis de Bethléem, la divine Sagesse le disposant de la sorte , et ne permettant pas que les pasteurs le publiassent avant leur départ. Tous n'ajoutèrent pourtant pas foi à leurs paroles : il y en eut qui ne les regardèrent que comme des campagnards ignorants. Quant à eux, toujours pleins d'une science divine, ils vécurent dans la sainteté jusqu'à leur mort. Hérode fut du nombre de ceux qui leur ajoutèrent créance , quoique ce ne fût point par une foi sainte ni par une piété religieuse, mais par une crainte mondaine et répréhensible de perdre son royaume. Parmi les enfants qu'il fit mourir, quelques-uns obtinrent aussi cette grande faveur; et leurs pères les offrirent avec joie au martyre, qu'ils désiraient pour eux-mêmes, heureux de les voir souiTrir pour le Seigneur, qu'ils connaissaient.

liistructioji que j'ai reçue de la Reine du ciel.

498. Ma fille, l'insouciant oubli des œuvres de leur Rédempteur est aussi blâmable qu'il est ordinaire et commun parmi les mortels, étant certain que toutes ces œuvres furent mystérieuses , pleines d'amour, de miséricorde et

(1) Luc, H, 18.

d'enseignements pour eux. Vous avez été appelée et choisie afin que , grâce à la science et à la lumière qui vous éclairent , vous ne tombiez point dans cette dangereuse et grossière stupidité : je veux donc que vous découvriez et pesiez, dans les mystères que vous venez de décrire, le très-ardent amour que mon très-saint Fils a montré en se communiquant aux hommes à l'instant même de sa naissance, pour les faire participer aussitôt au fruit et à la joie de son avènement. Les hommes ne comprennent point cette obligation, parce qu'il y en a peu qui pénètrent celles que leur imposent des bienfaits si particuliers, comme il y en eut peu également qui virent le Verbe fait chair dans son premier berceau et qui le remercièrent de sa venue. Mais ils se méprennent sur la cause de leur malheur et de leur aveuglement, qui jamais n'a été et ne sera du côté du Seigneur et de son amour, mais bien de leurs péchés et de leurs mauvaises dispositions : car si par leur perversité ils n'eussent mis obstacle aux desseins de sa miséricorde , ou ne s'en fussent rendus indignes , il aurait donné à tous ou à la plupart la même lumière dont il éclaira les justes, les pasteurs et les mages. Ce petit nombre vous fera connaître à quel déplorable état était réduit le monde lorsque le Verbe incarné naquit, et combien malheureux est maintenant celui des mortels, qui, jouissant d'une plus grande lumière, songent cependant si peu à payer le Seigneur d'un juste retour.

499. Considérez donc le peu de disposition des mortels dans le siècle présent, où les vérités de l'Évangile étant si connues et si bien établies par les œuvres et par les merveilles que Dieu a opérées dans son Kglisc, le nombre des parfaits et de ceux qui cherchent à se rendre dignes de participer le plus largement possible aux effets et au fruit de la rédemption, est néanmoins si petit. On

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croit que parmi tant d'insensés (1), et malgré le débordement de tous les vices, le nombre des personnes parfaites est considérable, parce qu'on en voit beaucoup qui ne sont pas à ce point rebelles au Seigneur : il y en a moins pourtant qu'on ne le pense, et les parfaits le sont beaucoup moins qu'ils ne devraient l'être, à une époque oii Dieu est tant offensé des infldèles, et si désireux de communiquer les trésors de sa grâce à la sainte Église par les mérites de son Fils unique fait homme. Or réfléchissez bien, ma très-chère fille , aux obligations que vous impose la connaissance si claire que vous avez de ces vérités. Soyez attentive , soigneuse et diligente à correspondre à Celui qui vous comble de tant de faveurs, sans perdre ni temps, ni lieu , ni occasion de faire ce que vous saurez être le plus saint et le plus parfait, puisque, en dépit de vos efforts, vous resterez toujours au-dessous de vos obligations. Songez que je vous avertis , que je vous presse et que je vous ordonne de ne point recevoir en vain un bienfait si particulier (2) , de ne pas tenir la grâce et la lumière dans l'inaction , mais d'agir avec une plénitude de perfection et de reconnaissance.

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