‹ La cité mystique de DieuChapitre 55 sur 122 · PART. II, LIV. IV, CHAP. XII · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. IV, CHAP. XII

contraire, ill'aurait empêchée, suivant ce que je dirai plus loin. Dans le mystère de la nativité , il vit seulement que la très-pure Marie avait enfanté un fils dans la pauvreté et dans une grotte abandonnée, et qu'elle ne trouva ni hôtellerie ni asile dans la ville; ensuite il connut la circoncision de l'enfant, et certains détails , qui , vu son orgueil, devaient plutôt lui cacher que lui montrer la vérité. Mais il ne sut point de quelle manière cette naissance eut lieu , ni que l'heureuse Mère demeurât vierge , ni qu'elle le fût avant son enfantement ; il n'eut non plus aucune connaissance des messages que firent les anges auprès des justes et des pasteurs , ni des conférences qu'ils eurent sur ce sujet, ni de l'adoration qu'ils rendirent à l'Enfant -Dieu. De même il n'aperçut point l'étoile, et ne devina point la cause de l'arrivée des mages; les démons leur virent entreprendre un voyage , mais ils crurent que c'était pour d'autres fins temporelles. Ils ne pénétrèrent pas davantage la cause du changement qui se produisit dans les éléments, dans les astres et dans les planètes; quoiqu'ils vissent le phénomène et ses effets, il leur fut impossible d'en découvrir la fin ; tout cela leur fut caché , ainsi que les entretiens que les mages eurent avec Hérode , leur entrée dans la grotte , l'adoration et les présents qu'ils y offrirent. Ils connurent la fureur d'Hérode contre les enfants, et y contribuèreni; mais ils ne découvrirent point alors le but de ses mauvais desseins, et c'est pourquoi ils fomentèrent sa cruauté. Quoique Lucifer lui supposât l'intention de poursuivre le Messie , elle lui parut une folie , et il se moquait d'Hérode, parce que, selon son orgueilleux jugement , il était absurde de croire que le Verbe vînt établir son empire dans le monde, sous d'humbles dehors et d'une manière cachée , sans faire éclater un pouvoir et une majesté dont était si loin l'Enfant - Dieu , en

naissant d'une mère pauvre et méprisée des liommcs. 302. Lucifer ayant remarqué, dans l'erreur où il était, quelques-unes des particularités qui signalèrent la nativitéj assembla dans l'enfer ses ministres et leur dit : «Je ne trouve aucun sujet de crainte en ce que nous avons découvert dans le monde ; car bien que la femme que nous avons persécutée avec tant d'acharnement ait enfanté un fils, ce fils est né dans une telle pauvreté, dans une telle obscurité, que sa mère n'a même pas pu trouver asile dans une hôtellerie; et nous n'ignorons pas combien tout cela se concilie peu avec le pouvoir et la majesté de Dieu . Si cet enfant doit venir se mesurer avec nous, il n'est pas assez fort tel qu'il nous apparaît, et d'après ce que nous avons appris , pour résister à notre puissance. 11 n'y a donc pas lieu de craindre que ce soit là le Messie, d'autant plus qu'on parle déjà de le circoncire comme les autres hommes; s'il a besoin du remède du péché, cela ne s'accorde certes pas avec la qualité de sauveur du monde. Toutes ces marques sont contraires à l'éclat qui doit accompagner la venue de Dieu sur la terre ; c'est pourquoi il me semble que nous pouvons, quant à présent , être assurés qu'il n'y est pas venu. » Les ministres d'iniquité partagèrent l'opinion de leur chef maudit, et restèrent convaincus que le Messie n'était point encore arrivé , parce qu'ils étaient tous complices en la malice qui les aveuglait et causait leur erreur (1). Lucifer ne pouvait pas s'imaginer, dans son orgueil opiniâtre, que la Majesté divine s'abaissât; et comme il désirait les applaudissements, le faste, l'honneur, l'ostentation, et que, s'il avait pu obtenir les adorations de toutes les créatures, il n'aurait pas manqué, lui, de les exiger, il lui était impossible de com-

(t) Sap. 11,21.

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