‹ La cité mystique de DieuChapitre 57 sur 122 · La Mère de la Sagesse pénétrait toutes leserrews · texte numérisé non relu

La Mère de la Sagesse pénétrait toutes leserrews

(1) Matth., TV, 14. — (2) Rom. , v, 8. — (3) PhiUp. . ii , 8.

de Lucifer et de ses ministres, et faisant une digne estime de mystères si sublimes, elle bénissait et glorifiait le Seigneur de ce qu'il les cachait aux superbes et aux présomptueux, et qu'il les découvrait aux humbles et aux pauvres (1), en commençant de vaincre la tyrannie du démon. La miséricordieuse Mère faisait de ferventes prières pour tous les mortels qui étaient indignes par leurs propres péchés de connaître la lumière qui venait de naître pour leur salut (2), et les présentait toutes à son très-doux Fils avec un incomparable amour et une tendre compassion envers les pécheurs. C'est ainsi qu'elle employa la plus grande partie du temps qu'elle habita la grotte de la nativité. Ces exercices ne l'empêchaient point d'apporter tous ses soins à mettre son doux enfantelet à l'abri des injures du temps, auxquelles était fort exposée une retraite si incommode. La prudence de notre auguste Souveraine lui avait fait prendre un petit manteau, outre les langes ordinaires, pour mieux le garantir du froid, et l'en ayant couvert, elle le tenait continuellement dans le sacré tabernacle de ses bras, excepté lorequ'elle le remettait à son saint époux Joseph; car elle voulut, pour augmenter ses consolations, qu'il l'aidât aussi en cela, et qu'il remplît l'office de père auprès du Dieu incarné.

305. La première fois que le saint reçut l'Enfant-Dieu dans ses bras, la sainte Vierge lui dit : « Prenez, mon « époux et mon prolecteur, prenez le Créateur du ciel et « de la terre, jouissez de son aimable compagnie et de « sa douceur inelVable, afin que mon Seigneur et mon « Dieu trouve ses délices en votre service (3). Recevez le « trésor du Père éternel, et participez au bienfait du « genre humain (4). » Puis, s'adressanl intérieurement à

(1) Matlh., XI , 25. — (2) Jean., i , 9 oHO. — (3) Prov., vm, 31. — (4) Coloss., n, 3.

PART. II, LIV. rv, CHAP. XII. 289

l'Enlant-Dieu, elle lui dit : « Très-doux amour de mon a âme , lumière de mes yeux , reposez entre les bras de « votre serviteur et ami Joseph, mon époux; prenez avec « lui vos délices, afin d'oublier mes manières grossières. « 11 m'est fort pénible de vous perdre un seul instant ; « mais je veux faire part sans envie du bien que je reçois, « à celui qui en est véritablement digne {\). » Le très-fidèle époux, reconnaissant son nouveau bonheur, s'humilia profondément, et répondit : « Reine et Maîtresse de « l'univers et mon épouse, comment oserai -je, malgré « mon indignité, tenir entre mes mains le môme Dieu en « la présence duquel les colonnes du ciel tremblent (2)? M Comment un vermisseau aura-t-il la hardiesse de pro- M fiter d'une faveur si extraordinaire? Je ne suis que « cendre et poussière (3) ; suppléez, auguste Dame, à ma et bassesse, et priez la Majesté divine de me regarder avec « clémence et avec bonté. »

506. Le saint époux, balancé entre le désir de recevoir l'Enfant-Dieu et la crainte révérentielle qui le retenait, fit des actes sublimes d'amour, de foi, d'humilité et de vénération profonde; et s'étant mis à genoux, tremblant d'une respectueuse émotion, il le prit avec précaution des mains de sa très-sainte Mère, et témoigna pai* des larmes douces et abondantes la joie et l'allégresse toute nouvelle dont le pénétrait une faveur tout aussi nouvelle. L'Enfant- Dieu le regarda d'un air caressant, et en môme temps il régénéra entièrement son âme par des clfels si divins, qu'il n'est pas possible de les dépeindre. Le saint époux, se trouvant enrichi de tant de magnifiques bienfaits, fit de nouveaux cantiques de louange. Et après que son esprit eut joui quelque temps des délicieux effets qu'il ressentit

0) Sap., vni, 13. — (2) Job, xivr, 11. — (3) Geu., xviii, 27. T. m. 9

en tenant dans ses bras le même Seigneur qui renierme dans sa main les deux et la terre (1), il le remit à sa bienheureuse Mère, étant tous deux à genoux pour le donner et pour le recevoir. La très-prudente Souveraine le prenait ou le remettait toujours avec cette vénération, et son époux en faisait autant lorsque son heureux tour arrivait. Puis, avant de s'approcher de la divine Majesté, ils faisaient trois génuflexions, baisant la terre avec des sentiments héroïques d'humilité et d'adoration, lorsqu'ils se le donnaient et qu'ils le recevaient mutuellement.

liOl . Quand l'auguste Mère crut qu'il était temps d'allaiter son très-saint Fils, elle lui en demanda la permission avec le plus grand respect; car, bien qu'elle dût le nourrir comme le fils de ses entrailles et comme homme véritable, elle le regardait aussi comme vrai Dieu, et connaissait la distance infinie qui sépare l'Être divin d'une simple créature telle qu'elle était. Celte science, qui chez la très - prudente Vierge était infaillible, complète, perpétuelle, non susceptible de la moindre inadvertance , lui faisait prévoir toutes choses, comprendre et réaliser toujours ce qu'il y avait de plus sublime dans toute la plénitude de la perfection; ainsi elle s'occupait de nourrir, de sei'vir et d'élever son divin Enfant, non avec des soins inquiets, mais avec une attention, une vénération et une vigilance incessantes, ajoutant chaque jour à l'admiration des anges, dont la science ne parvenait point à embrasser les œuvres héroïques d'une si jeune fille. Et comme ils l'assistaient toujours corporellement dès qu'elle fut dans la grotte de la nativité, ils l'aidaient dans tous les détails qui étaient nécessaires au service de l'Enfant-Dieu et au sien. Certainement tous ces divers mystères sont si doux,

(1) Isa., XL, 12; XLVUI, 13.

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