PART. U, LIV. IV, CHAP. XIII
« terre? Mon amoureuse peine me porte à empêcher la « vôtre , et à vous exempter de la loi commune , qui ne « vous regarde pas , puisque vous en êtes l'auteur. Mais « le désir que j'ai de l'accomplir m'oblige de vous livrer « à sa rigueur, à moins que, ma douce vie, vous ne com- « muiez la peine en me la faisant endurer. C'est moi , « Seigneur, qui vous ai donné l'être humain, que vous tt avez d'Adam ; mais vous l'avez reçu sans aucune tache « de péché , et c'est pour cela que votre toute-puissance « m'a dispensée de la loi commune d'après laquelle je « l'aurais contracté. En tant que Fils du Père éternel, et « image de sa substance par la génération éternelle , vous « êtes infiniment éloigné du péché (1). Or comment, mon « divin Seigneur, voulez-vous vous assujettir à la loi da « son remède? Mais je vois bien, mon très-cher Fils, que (( vous êtes le Maître et le Rédempteur des iiommes , que a vous devez confirmer la doctrine par votre exemple, et « que vous n'en omettrez pas un seul point (2). 0 Père ce éternel, faites, si c'est possible, que le couteau perde « dans cette occasion sa rigueur, et la chair sa sensibilité; « faites que la douleur échoie à cet abject vermisseau, et « que, si votre Fils unique accomplit la loi, j'en ressente « moi seule la peine douloureuse. 0 cruel péché , que tu « es prompt à communiquer ton fiel à Celui qui n'a pu te « commettre! 0 enfants d'Adam, haïssez et craignez le « péché , qui a besoin pour son remède de l'elTusion du « sang et des souffrances du Seigneur Dieu lui-même. » 317. Cette tristesse de la tendre Mère était mélangée de la joie qu'elle avait de voir né dans ses bras le Fils unique du Père; elle passa ainsi les jours qui s'écoulèrent jusqu'à la circoncision , son très - chaste époux Joseph
(i) Hebr., i, 8. — (2) Matth., v, 18.
300 LA CITÉ MYSTIQDE.
partageant tous ses sentiments : car elle ne parla qu'à lui seul du mystère , et encore en très-peu de mots , à cause de leur émotion et de leurs larmes. Avant que les huit jours de la naissance fussent accomplis, la très - discrète Reine s' adressant, dans le doute où elle était, au Très- Haut , lui dit : « Suprême Roi de l'univers , Père de mon « Seigneur, voici votre servante avec le sacrifice et l'hostie « véritable dans ses mains (1). Mes gémissements et le sujet « qui les cause ne sont point cachés à votre sagesse (2). M Découvrez - moi , Seigneur, votre divine volonté quant « à ce que je dois faire avec votre Fils et le mien pour « me conformer à la loi. Si j'en puis exempter mon très- « doux enfant et mon Dieu, en souffrant moi-même toutes « ses rigueurs et beaucoup plus encore, mon cœur y est u tout disposé (3) ; mais si c'est, Seigneur, votre bon plai- « sir qu'il soit circoncis, j'y suis aussi disposée. »
518. La Majesté divine lui répondit en ces termes : « Ma «1 Fille et ma Colombe, ne vous affligez pas de hvrer a votre Fils au couteau et à la circoncision , car je l'ai en- « voyé au monde pour y montrer l'exemple et pour mettre a fin à la loi de Moïse en l'accomplissant entièrement (4). « Si ce vêtement de l'humanité que vous lui avez donné « comme mère naturelle doit être déchiré par la blessure « de sa chair et de votre âme en môme temps , il souft'rira «( aussi en son honneur, étant mon Fils naturel par la « génération éternelle (5) , l'image de ma substance (6) , « égal à moi en nature, en majesté et en gloire (7), « puisque je le livre à la loi et au sacrement qui ôte le a péché sans manifester aux hommes qu'il ne saurait en « être coupable. Vous savez bien , ma fille, que vous me
(1) Ephes., V, 2. - (2) Ps. xxxvii. 10. - (3) Ihid., LVi, 8. - (4)M8Uh.. V, 17. — (5)P8. 11,7. — (6)Hebr.,i, 3. -(7),)oan., X. 30