PART. II, LIV. IV, CHAP. XHI
« devez offrir voire Fils et le mien pour cette peine , et « pour d'autres plus grandes. Laissez-lui donc verser son « sang, et me donner les prémices du salut éternel des « hommes. »
519. Notre divine Souveraine, coopératrice de notre rédemption , se conforma à cette détermination du Père éternel avec une telle plénitude de sainteté , qu'il n'est pas possible à l'intelligence humaine de la mesurer. Elle lui offrit aussitôt son Fils unique avec l'obéissance la plus soumise et l'amour le plus ardent, en lui disant : t< Seigneur « Dieu tout-puissant, je vous oflre de tout mon cœur la « victime et l'hostie de votre sacrifice agréable (1) , quoi- « que je sois pénétrée de compassion et de douleur en « voyant que les hommes ont offensé de telle sorte votre « bonté immense, qu'une juste satisfaction ne peut vous « être donnée que par un être qui soit Dieu. Je vous bénis « éternellement de ce que vous regardez la créature avec « un amour infini , n'épargnant pas votre propre Fils pour « son salut (2). l*our moi, que vous avez daigné choisir « pour sa Mère , je dois être soumise à votre bon plaisir « plus que tous les mortels et que toutes les autres créa- « turcs : ainsi je vous offre le très-doux Agneau qui doit « effacer les péchés du monde par son innocence (3). Mais « s'il est possible d'adoucir pour mon Fils bien -aimé la « rigueur de ce couteau en le tournant contre mon sein, « votre bras est assez puissant pour faire cet échange. »
520. L'auguste Marie sortit de cette oraison, et sans révéler à saint Joseph ce qu'elle y avait appris, elle lui proposa avec une rare prudence et les raisons les plus persuasives de se préparer à la circoncision de l'Enfant-Dieu. Elle lui dit , comme en le consultant , que le temps fixé
(1) Ephes., V, 2. — (2) Rom., viii, ^2. — (3) Jean., i, 29.
302 LA CITÉ MYSTIQnK.
par la loi pour la circoncision du divin P]nfant approchant déjà (i) , il semblait nécessaire de l'accomplir, puisqu'ils n'avaient point d'ordre contraire ; et qu'étant tous deux plus redevables au Très -Haut que toutes les créatures réunies, ils devaient aussi, en retour de tant de bienfaits incomparables, se conformer plus ponctuellement à ses préceptes , et se montrer plus prompts à souffrir pour son amour dans le ministère qu'ils remplissaient auprès de son très-saint Fils, afin de dépendre de sa divine volonté en toutes choses. Le très-saint époux lui répondit avec beaucoup de respect et de sagesse qu'il se conformait absolument au bon plaisir divin manifesté par la loi commune , puisque le Seigneur ne lui avait appris rien d'autre à cet égard ; et que le Verbe fait chair, quoiqu'il ne fût point soumis à la loi en tant que Dieu , étant néanmoins revêtu de l'humanité, et en tout un Maître et Rédempteur trèsparfait, voudrait suivre la règle commune aux autres hommes en ce qui regardait son accomplissement. Ensuite il demanda à son auguste épouse comment il faudrait procéder à la circoncision.
321 • La très-sainte Vierge lui répondit que, tout en accomplissant la loi en sa substance , il lui semblait , quant au mode, qu'il fallait faire comme aux autres nouveaunés que l'on circoncisait; mais qu'elle ne devait abandonner le divin enfant ni le remettre à aucune autre personne; qu'elle-même le porterait et le tiendrait dans ses bras; et que, comme par suite de sa complexion délicate il éprouverait une plus grande douleur que les autres circoncis , il fallait qu'ils tinssent tout prêt le remède dont on se servait ordinairement pour guérir la blessure. En outre elle pria saint Joseph de chercher avec diligence une petite fiole de
(1) Luc, n, 21 i Gcn., XVII J2.