PART. 11, I.IV. IV, CHAP. XV
très-saintes reliques dans une petite fiole de cristal que le saint se procura , comme je l'ai dit, et qu'il acheta de l'argent que sainte Elisabeth leur avait envoyé; notre auguste Souveraine y mit la chair qui fut coupée et le sang qui fut versé lors de la circoncision, en coupant du linge qui avait servi à ce ministère les endroits où il avait coulé. Or, afin que le tout y fût dans une plus grande sûreté , notre puissante Reine ferma par son seul commandement la petite fiole dont l'ouverture était garnie d'argent, et à sa voix celte garniture recouvrit et embrassa l'orifice de la fiole bien mieux que n'aurait pu faire l'artisan qui l'avait fabriquée. De sorte que la très-prudente Mère y garda ce trésor sacré pendant toute sa vie ; elle remit ensuite ce précieux dépôt aux apôtres , et le leur laissa comme appartenant à la sainte Église. Je me trouve si abîmée dans la mer immense de ces mystères et dans une si grande impuissance de les expliquer à cause de l'ignorance de mon sexe et de la faiblesse de mes expressions, que je m'en rapporte pour un grand nombre à la foi et à la piété chrétienne.
Instruction que m'a donnée la très-sainte Vierge.
550. Ma fille, vous avez été avertie dans un des chapitres précédents de ne rien demander au Seigneur par des moyens extraordinaires, ni pour diminuer vos peines, ni par une inclination naturelle, et moins encore par une vaine curiosité. Je vous recommande maintenant de ne point suivre non plus vos sentiments pour désirer ou exécuter la moindre chose extérieure par aucun de ces motifs, attendu que vous devez modérer et réfréner vos inclinations en toutes les opérations de vos puissances et appli-
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cations de vos sens , sans leur donner ce qu'ils exigent , fût-ce sous quelque prétexte apparent de vertu ou de piété. Je ne devais pas craindre de dépasser les bornes dans mes affections, à cause de mon innocence irréprochable; le désir que j'avais de demeurer dans la grotte où mon trèssaint Fils était né et où il avait reçu la circoncision, ne manquait pas non plus d'une piété sincère; mais, malgré tout cela et malgré les questions de mon époux, je ne voulus pas manifester ce désir, parce que je préférai l'obéissance à cette dévotion , sachant que la voie la plus sûre pour les âmes et la plus agréable à Dieu est de chercher sa sainte volonté par le conseil et l'opinion d'autrui , plutôt que dans ses propres inclinations. Ce fut en moi un plus grand mérite et une plus grande perfection ; mais pour vous et pour toutes les autres âmes, qui courez risque d'errer en suivant votre propre sentiment , ce doit être une loi plus rigoureuse qui vous fasse prévoir ce danger, afin de vous en éloigner avec précaution et diligence. Car la créature ignorante et au cœur si éti'oit s'attache facilement à des bagatelles par une inclination et une affection puériles; parfois elle s'occupe tout entière d'un mince détail comme d'une grosse alTaire; et ce qui n'est rien en soi lui paraît quelque chose. Or, tout cela la rend incapable , et la prive en même temps des grands biens spirituels de la grâce, de la lumière et du mérite.
551. Vous graverez cette instruction et toutes celles que je dois vous donner dans votre cœur, en tâchant d'y faire un recueil de tout ce que je faisais, afin que, pénétrée de l'intelligence que vous en aurez, vous le mettiez en pratique. Considérez le respect, l'amour, le soin que j'avais pour mon très-saint Fils, la réserve et la sainte circonspection avec laquelle je le traitais. J'avais toujours vécu dans celte crainte vigilante; néaiunoins.
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après l'avoir conçu dans mon sein , je ne le perdis plus un instant de vue, et rien ne put ralentir l'amour qu'il me communiqua alors. Mon cœur ne trouvait aucun apaisement dans l'ardeur où j'étais de lui être plus agréable, jusqu'à ce que, unie et abîmée dans la participation de ce souverain bien, de celte dernière fin de toutes choses, je pusse quelquefois m'y reposer comme dans mon centre. Mais bientôt je retombais dans mon inquiétude ordinaire, comme celui qui poursuit son chemin sans s'arrêter à ce qui ne le peut avancer et qui retarde son désir. Mon cœur était si éloigné de s'attacher à aucune des choses de la terre et de suivre l'inclination sensible, qu'à cet égard je vivais comme si je n'eusse pas été de la commune humaine nature. Or si les autres créatures ne sont pas libres des passions , ou si elles ne les vainquent point autant qu'il leur serait p<Bsible, qu'elles se plaignent de leur propre volonté, et non point de la nature : c'est celle-ci qui, dans sa faiblesse, aurait au contraire le droit de se plaindre; car elles pourraient, avec l'empire de la raison, la fégler et la diriger, et c'est pourtant ce qu'elles ne font pas ; au contraire, elles lui laissent suivre des voies mauvaises, et l'y poussent même par les incitations du libre arbitre , en même temps qu'elles se servent de l'entendement pour la mener à la recherche des objets les plus dangereux et des occasions où elles doivent trouver sa perte. Au milieu de tous ces précipices qui bordent la vie humaine, je vous recommande, ma très- chère fille, de ne convoiter et de ne poursuivre aucune chose visible, quelque nécessaire et quelque légitime qu'elle vous paraisse. Faites en sorte de n'user que par obéissance , et avec l'agrément de vos supérieurs , des choses indispensables, telles que votre cellule, vos vêtements, votre nourriture et le reste, parce
que le Seigneur le veut, et, je vous le déclare, afin que vous en usiez pour le service du Tout -Puissant. N'oubliez pas que tout ce que vous ferez doit se plier à la règle de toutes les instructions que je vous ai donne'es.