PART. II, LIV, IV, CHAP. XV
« Vous vaincrez toujoui-s en magnificence et en miséri- « corde vos créatures ; vous chanterez des victoires et des « triomphes d'amour, et nous, qui nous reconnaîtrons « vaincus à la vue de nos impuissances , nous nous soute mettrons à votre pouvoir. Nous nous enfoncerons hum- « blement dans notre poussière, et votre nom sera glorifié « et exalté dans les siècles des siècles. » Notre auguste Sou veraine distinguait quelquefois, par la science de son trèssaint Fils, les âmes qui se signaleraient sous la loi de grâce dans l'amour divin; elle discernait les œuvres qu'elles feraient, les martyres qu'elles souffriraient pour imiter le même Seigneur : et par cette intuition elle était enflammée dans son émulation d'un amour si ardent, que le martyre de désir de notre divine Reine surpassait tous ceux qu'on a effectivement soufferts. Alors elle expérimentait ce que l'Époux dit dans les Cantiques, que l'émulation de l'amour était forte comme la mort et dure comme l'enfer (1). Comme l'amoureuse Mère ne mourait pas , malgré tout le désir qu'elle avait de mourir, son très -saint Fils lui répondait ces paroles, qui y sont rapportées : Mettez-moi comme un cachet sur votre cœur et sur votre bras (2) , lui en donnant en même temps et l'efl'et et l'intelligence. Par ce divin martyre, la sainte Vierge fut la première de tous les martyrs. Le très- doux Agneau Jésus paissait au milieu de ces lis, pendant que le jour de la grâce approchait et que les ombres de l'ancienne loi commençaient à se dissiper (3).
548 . L'Enfant- Dieu ne mangea rien tant qu'il puisa au sein virginal de sa très-sainte Mère , et il ne se nourrit que de son lait, qui était aussi doux et aussi substantiel que le corps de cette auguste Souveraine , où il se formait, était
(1) Canl., VIII, 6. — (2) Ibid. — (3) Ibid., ii, 16 et 17.
pur, parfait et réglé en toutes ses humeurs et ses conditions; il surpassa, après celui de Notre - Seigneur Jésus- Christ, tous les autres corps en santé et en toute autre sorte de perfection : ce lait sacré se serait conservé par ses propres qualités très-longtemps sans se corrompre, et, par un privilège singulier, il ne se serait jamais altéré; étant certain que celui des autres femmes s'aigrit et se corrompt bientôt, ainsi que l'expérience nous l'apprend.
S49. Le bienheureux époux Joseph ne jouissait pas seulement des faveurs et des caresses de l'Enfant - Dieu , comme témoin oculaire de celles qui se passaient entre le Fils et la Mère : mais il fut aussi trouvé digne d'en recevoir immédiatement de Jésus lui - même , parce que très - souvent sa divine épouse le lui remettait entre les bras, lorsqu'il fallait qu'elle s'occupât à quelque chose dont l'exécution l'empêchait de le garder avec elle, comme à préparer le repas, à ajuster la layette, à balayer la maison. Alors saint Joseph le tenait, et son âme en ressentait toujours des efiets merveilleux. L'Enfant Jésus lui montrait extérieurement un visage agréable, il s'appuyait sur son sein, et, tout en conservant une dignité, une retenue vraiment royales, il lui témoignait son affection par diverses caresses , comme les autres enfants ont accoutumé de faire à l'égard de leurs pères. Toutefois ces faveurs n'étaient pas accordées au saint aussi fréquemment ni aussi tendrement qu'à la véritable Mère et Vierge. Et quand elle laissait l'Enfant, elle prenait en échange les reliques de la circoncision , que son glorieux époux portait ordinairement sur lui pour sa consolation. .\insi ils étaient toujours em'ichis l'un et l'autre, Marie par son très-saint Fils, et Joseph par le précieux sang qu'il venait de verser et par sa chair déifiée. Us conservaient ces