PART. II , LIV. IV , CHAP, XVII
qui n'y croyaient pas ne s'apercevaient nullement de celte odeur céleste des précieuses reliques , par le moyen desquelles les mages tirent de grands miracles en leur pays.
569. Us offrirent aussi à la Mère du très -doux Jésus leurs services, leurs revenus et tout ce qu'ils possédaient, lui disant que , si elle préférait demeurer en ce lieu de la naissance de son très-saint Fils, ils lui ieraient bâtir une maison plus commode. La très -prudente Mère les remercia de toutes ces offres, sans qu'elle en voulût accepter aucune. Ensuite les rois la supplièrent instamment de daigner ne pas les oublier, et c'est ce qu'elle leur promit et exécuta avec beaucoup de charité ; ils demandèrent la même chose à saint Joseph. Puis, après avoir reçu la bénédiction de Jésus, de Marie et de Joseph, ils leur firent des adieux si affectueux et si tendres, qu'il semblait que leurs cœurs dussent entièrement se fondre en soupirs et en larmes dans ce saint lieu. Us résolurent enfin de partir et de prendre un autre chemin que celui de Jérusalem pour éviter la rencontre d'Hérode, comme l'Ange les en avait avertis cette même nuit pendant leur sommeil (1) ; et, au moment où ils sorUrent de Bethléem, la même étoile ou peut-être une autre leur apparut , et les conduisit par une route différente jusqu'à l'endroit où Us s'étaient rejoints; et là ils se séparèrent pour retourner chacun dans ses États.
570. Tout le reste de la vie de ces fortunés rois répondit à leur divine vocation : car ils agirent en vrais disciples de la Maîtresse de sainteté, gouvernant selon sa doctrine et leurs âmes et leurs sujets. Us convertirent un grand nombre de personnes à la connaissance de Dieu
(l)MaUh., H, 12.
et au chemin du salut par leurs bons exemples et par les preuves qu'ils leur donnèrent de l'avènement du Sauveur du monde. De sorte qu'ils achevèrent leur course en toute sainteté et justice , remplis de jours et de mérites, et favorisés par la Mère de la miséricorde pendant leur vie et au moment de leur mort. Lorsque les rois furent partis, notre auguste Souveraine et son saint époux Joseph se mirent à chanter de nouvelles hymnes de louange pour remercier le Très-Haut des merveilles qu'il venait d'opérer. Ils les confrontaient avec les saintes Écritures et avec les prophéties des patriarches, et ils voyaient avec une joie inexprimable que leurs prédictions commençaient à s'accomplir en l'Enfant Jésus (l). Mais la très-prudente Mère , qui pénétrait profondément ces sublimes mystères, les conservait dans s5n cœur et les repassait souvent dans son esprit (2). Les anges, qui assistèrent à toutes ces merveilles, félicitèrent leur Reine de ce que son très - saint Fils était connu et adoré des hommes (3) , et chantèrent de nouveaux cantiques à la Majesté divine incarnée, pour la glorifier des miséricordes qu'elle opérait en faveur des hommes.
Instruction que me donna Vau^uste Reine du ciel.
o71 . Ma ûlle, les dons que les mages offrirent à mon très -saint Fils étaient grands, mais l'afleclion avec laquelle ils les faisaient ol le mystère qu'ils annonçaient étaient encore plus grands. C'est pourquoi ils furent trèsagréables au Seigneur. Pour vous, ma bicn-aimée, Je
(1)P8. LXXJ,10;l8a., LX,6;Num.,xxiv, 17;Tob., xtn , 14. — (2) Luc, M, 19. —(3) Ps. Lxxxv, 9.
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veux que vous lui ofl'riez d'amoureuses actions de grâces de ce qu'il vous a faite pauvre par votre étal : car je vous assure que le don que le Très- Haut estime le plus est la pauvreté volontaire, parce qu'on trouve aujourd'hui dans le monde très-peu de gens qui fassent un bon usage des richesses temporelles, et qui les consacrent à leur Dieu avec la même générosité et la même affection que ces saints rois. Les pauvres du Seigneur, dont le monde est plein, expérimentent et attestent combien la nature humaine est devenue avare et cruelle, puisqu'au milieu de tant de nécessiteux, il j en a si peu que les riches soulagent dans leur misère. Cette dureté odieuse des hommes blesse les anges et contriste le Saint-Esprit, en prouvant que les ùmes sont tellement dégradées, avilies, dégénérées, qu'elles ne rougissent pas d'user toutes leurs forces et toutes leurs facultés à la honteuse poursuite des biens périssables (1). Et ces gens -là s'approprient les richesses comme si elles n'étaient que pour eux ; ils en refusent la moindre part aux pauvres , leurs frères par la communauté d'origine et de nature, et les disputent de même au Dieu qui les a créées, qui les conserve et qui peut les donner et les ôler selon sa volonté (2). Mais ce qui est le plus déplorable, cest que, tandis que les riches pourraient acheter la vie éternelle par les biens passagers (3), ils s'en servent, comme des insensés, pour se procurer leur propre perle par le mauvais usage qu'ils font des largesses du Seigneur.
572. Cette stupidité désastreuse est générale parmi les enfants d'Adam , et c'est pour cela que la pauvreté volontaire est si excellente et si assurée ; mais quand dans cette pauvreté on partage volontiers avec le pauvre le peu que
(1) Eccles., X, 19. — (2)IReg., ii,"] — (3) Luc, xvi, 9.
l'on a, alors on fait un grand présent au Seigneur de l'univers. Vous pouvez le lui faire, ma fille, en donnant à l'indigent une partie de ce que vous avez pour votre entrelien , et en souhaitant de soulager tous les pauvres au prix de vos travaux et de vos. sueurs, si la chose était possible. Mais votre offrande continuelle doit être l'or des œuvres de l'amour, l'encens d'une fervente prière , la myrrhe d'une patience inaltérable et d'une véritable mortification en toutes choses. Yous oflrirez, du reste, avec une ardente et prompte affection, sans tiédeur ni crainte, tout ce que vous ferez pour le Seigneur ; car les œuvres lâches ou mortes ne sauraient être un sacrifice agréable à ses yeux. Afin d'offrir sans cesse ces dons de vos propres actions , il faut que la foi et la lumière divine brillent toujours dans votre cœur, pour vous montrer l'objet que vous devez louer et glorifier ; il faut aussi obéir constamment à cet aiguillon de l'amour dont vous presse sans relâche la droite du Tout-Puissant, de sorte que vous n'interrompiez jamais ce doux exercice , si propre aux épouses de la Majesté divine, puisque le titre d'épouse renferme l'obligation d'un amour et d'une afiection de tous les instants.