‹ La cité mystique de DieuChapitre 72 sur 122 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

L'auguste Maiic et Joseph distribucnl les dons des mages , et demeurent à Bethléem jusqu'à la présentation de l'Enfant Jésua dans le Temple.

573. Les mages étant partis après avoir célébré dans la grotte le grand mystère de l'adoration de l'Enfant Jésus, il ne restait plus à nos saints qu'à la quitter, puisqu'ils

PART. Il, LIV. IV, CHAI'. XVUl. 351

n'avaient plus rien à attendre dans ce pauvre sanctuaire. La très-prudente Mère dit à saint Joseph : a Mon seigneur et « mon époux, ces présents que les rois ont laissés à notre « Dieu et à notre Enfant ne doivent pas être inutiles, il faut « qu'ils lui servent et qu'ils soient bientôt employés selon « son bon plaisir. Je ne mérite rien, et je ne dois pas me « mêler des choses temporelles ; ainsi disposez de tout cela « comme d'une chose qui vous appartient ., à mon Fils « et à vous. » Le très-fidèle époux répondit avec son humilité et sa douceur ordinaires, en s'en remettant à notre divine Souveraine du soin de la distribution. Mais l'auguste Reine insista en disant : « Si c'est par humilité, mon (( Seigneur, que vous écartez ma demande, ayez-y égard « par charité pour les pauvres , qui réclament la part qui (( leur revient, puisqu'ils ont droit aux choses que leur « Père céleste a créées pour leur entretien. » Là -dessus la bienheureuse Marie et Joseph convinrent d'en faire tiois parts : une à porter au temple de Jérusalem; ce fut l'encens, la myrrhe et une partie de l'or; une autre à offrir au prêtre qui avait circoncis l'Enfant, afin qu'il l'employât à son senice et à celui de la synagogue ou maison de prière qui se trouvait à Bethléem; et la troisième pour les pauvres. Et c'est ce qu'ils exécutèrent avec beaucoup de libéralité et de ferveur.

374. Pour leur donner occasion de sortir de cette sainte grotte, le Tout-Puissant inspira à une pauvre, honnête et charitable femme, d'y aller quelquefois visiter notre Reine, parce que la maison où elle demeurait était située près des murs de la ville et assez proche de ce sanctuaire. Cette pieuse femme ayant ouï parler de l'arrivée des rois, et ignorant ce qu'ils étaient venus faire, alla le lendemain de leur départ trouver la très-sainte Vierge, et lui demanda si elle savait que certains mages, qu'on disait être rois,

fassent venus de loin pour chercher le Messie. Notre divine Souveraine, qui connaissait son bon naturel , profita de la circonstance pour l'instruire de la foi en général , sans lui déclarer en particulier le mystère qui était renferme en elle et en son très-saint Fils, qu'elle tenait dans ses chastes bras (1). Elle lui donna aussi une partie de l'or destiné aux pauvres, afin qu'elle s'en servît dans ses besoins. De sorte que cette heureuse femme se trouva favorisée en toutes les manières , et de plus en plus affectionnée à sa maîtresse et bienfaitrice. Elle lui offrit sa maison, et, quoique pauvre , elle prépara un logement trèspropre pour les fondateurs de la sainte pauvreté. Elle pressa fort l'auguste Marie de l'accepter, voyant combien mal à l'aise étaient dans la grotte la bienheureuse Mère, le saint époux et le divin Enfant. Notre Reine ne rejeta point les propositions de sa voisine , mais elle lui répondit , avec beaucoup de témoignages de reconnaissance, qu'elle l'avertirait de sa résolution. Elle les communiqua bientôt à saint Joseph , et après en avoir conféré ils déterminèrent d'aller demeurer dans cette maison jusqu'à ce que le temps de la purification et de la présentation au Temple fût arrivé. Ce qui les engagea le plus à prendre ce parti, ce fut la proximité du lieu; ce fut aussi l'affluence du peuple qui commençait à accoarir, à cause du bruit que faisait la nouvelle de la visite des rois.

57S. La très-pure Marie, saint Joseph et l'Enfant quittèrent enfin la sainte grotte, puisqu'il fallait s'y résoudre; mais ce ne fut pas sans émotion et sans de vifs regrets. Ils se rendirent à la maison de celte heureuse femme , qui les reçut avec une grande charité, et leur céda les meilleurs appartements de son habitation. Tous les anges les accom-

(t) Tob.,xii,7.

PART. Il, UV. IV, CHAP. XVIU. 353

pagncrentsous la même forme humaine dans laquelle ils les assistaient toujours. Cela arrivait aussi foutes les fois que la divine Mère et son époux allaient visiter ce saint lieu , durant le séjour qu'ils firent dans celte fortunée maison. Or à peine furent- ils sortis de la grotte, que Dieu y mil un ange armé d'une épée flamboyante à la porte pour la garder, comme il avait fait au paradis terrestre (i). Cet ange l'a gardée et la garde encore aujourd'hui ; de sorte qu'aucun animal n'y est entré depuis ce temps-là. Que s'il n'en empêche point l'entrée aux ennemis de la foi , qui ont sous leur pouvoir ce sanctuaire et les autres lieux saints , c'est à cause des secrets jugements du Très-Haut, qui laisse agir les hommes pour les fins que sa sagesse et sa justice ordonnent. Les princes chrétiens devraient d'ailleurs suppléer à ce miracle , s'ils étaient véritablement zélés pour l'honneur et la gloire de Jésus-Christ, et s'ils s'employaient avec ardeur au recouvrement des lieux saints, consacrés par le sang et par les traces du même Seigneur, ainsi que par celles de sa très - sainte Mère , et par les œuvres de notre rédemption. Quand il leur serait impossible de les recouvrer, ils seraient toujours inexcusables de ne pas veiller, avec toute la sollicitude de la foi, à la décence du culte dans ces lieux pleins de mystères vénérables. Celui qui a la foi transporte les plus grandes montagnes (2) ; car tout est possible à celui qui croit (3), et il m'a été révélé que la dévotion et la vénération de la Terre-Sainte est un moyen des plus puissants et des plus efficaces pour établir et affermir les États catholiques. Un prince vraiment chrétien ne saurait nier que s'il employait ses fonds à une si pieuse entreprise, il n'évitât par là même d'autres dépenses excessives et superflues, et qu'il ne fût également

(1) Gen., III, 24. — (2) Mafth , xvii. lî». — (.1)Marr., ix , 22.

agréable à Dieu et aux hommes; car, pour justifier celles qu'il ferait pour la Terre-Sainte, il ne serait pas nécessaire de chercher bien loin des raisons.

576. L'auguste Marie s'étant retirée dans la maison qu'elle trouva près de la grotte, y resta jusqu'au moment où, d'après la loi, elle devait se présenter purifiée au Temple avec son très-saint Fils. Mais pour l'accomplissement de ce mystère , la plus sainte des créatures prit intérieurement la résolution de s'y disposer le mieux possible par de fervents désirs d'aller offrir dans le Temple son adorable Enfant au Père éternel, de s'ofTrir elle-même avec lui, de l'imiter en toutes choses, et d'orner tellement son âme du mérite d'oeuvres sublimes, qu'elle pût devenir une hostie digne d'être ofl'erte au Très -Haut. Dans cette préparation , qui dura tout le temps qui s'écoula jusqu'à la Purification , notre divine Souveraine fit des actes si héroïques d'amour et de toutes les vertus, que ni les hommes ni les anges ne sauraient l'exprimer. Cela étant, qu'en pourra dire une pauvre fille, incapable et pleine d'ignorance comme je suis? Les âmes chrétiennes obtiendront l'intelligence de ces mystères par la piété et la dévotion , et pourront s'y initier aussi par une respectueuse contemplation. Et si l'on veut commencer par considérer les faveurs les plus compréhensibles qu'obtint la Vierge-Mère , on parviendra à connaître et à deviner les antres, qui dépassent la portée de l'humain langage.

fJTT. L'Enfant Jésus parla à sa très-douce Mère d'une voix intelligible aussitôt qu'il fut né, quand il lui dit: Devenez semblable à moi, jnon Épouse, en m'imitant, comme je l'ai rapporté an chapitre X. Mais, bien qu'il lui parlât toujours d'une manière très-distincte , c'était seulement à elle seule; car le saint époux Joseph ne lui entendit jamais prononcer un mot, jusiiu'à ce que l'En-

PART. II, LIV. IV, CHAP. XVIIl. 355

fant croissant s'adressa directement à lui, un an après sa naissance. L'auguste Marie ne découvrit point non plus cette faveur au saint, parce qu'elle savait qu'elle lui était personnelle. Les paroles de l'Enfant-Dieu étaient accompagnées d'une majesté digne de sa grandeur et d'une efficace qui marquait son pouvoir infini , comme étant destinées à la plus sainte, à la plus sage, à la plus prudente de toutes les simples créatures, et à Celle qui était sa propre Mère. Quelquefois il lui disait : Jlfa Colombe, ma Bien- Aimée , ma très-chère Mère {{). Le Fils et la Mère passaient les jours et les nuits dans ces entretiens délicieux que les Cantiques renferment , et en plusieurs autres beaucoup plus tendres; de sorte que notre divine Souveraine reçut tant de faveurs et de caresses, et entendit des paroles si douces, qu'elles ont surpassé tout ce qui se trouve dans les mêmes Cantiques, et tout ce que les âmes justes et saintes ont jamais dit ou pourront dire jusqu'à la fin du monde. Parmi ces aimables mystères, le très-doux Enfant répétait souvent ces paroles : Ma Mère et ma Colombe, devenez semblable à moi. Et comme c'étaient des paroles de vie et d'une vertu infinie, comprises par l'auguste Marie au moyen de la science divine qu'elle avait de toutes les opérations intérieures de l'àme de son très-saint Fils, il n'est pas possible de décrire ni même de concevoir les effets qu'elles produisaient dans le plus intime du trèschaste et très-ardent cœur de la Mère d'un Fils qui était homme et Dieu.

578. Entre les privilèges les plus excellents et les bienfaits les plus rares que reçut l'auguste Marie, le premier et le fondement de tous les autres , ce fut d'être la Mère de Dieu. Le second, d'avoir été conçue sans péché.

(1) Canl., Il, 10.

Le troisième, de jouir maintes fois, dans le cours de sa vie, de la vision béatifique. Au quatrième rang vient la faveur permanente qui lui permettait de discerner nettement l'intérieur de l'âme très-sainte de son Fils et toutes ses opérations, afin de les imiter, il était devant elle comme un très-pur et très-brillant nnroir dans lequel elle ne cessait de se regarder, pour s'orner des précieux joyaux de cette âme très-sainte en les reproduisant en elle - même. Elle la voyait unie au Verbe divin , et reconnaissait avec une profonde humilité son humaine infériorité. Elle percevait fort distinctement les actions de grâces et les louanges que celte même âme rendait à Dieu de l'avoir créée et tirée du néant, comme toutes les autres âmes, de lui avoir fait des dons au-dessus de toutes en tant que créature , et surtout d'avoir élevé sa nature humaine jusqu'à l'union inséparable avec la Divinité. Elle observait les prières et les suppliques continuelles que cette âme bienheureuse adressait au Père éternel pour les hommes, et comment en toutes les autres choses elle commençait à travailler à leur rédemption et à leur enseignement en qualité d'unique Réparateur et de seul Maître de la vie éternelle.

579. La très-pure Mère s'appliquait à imiter toutes ces œuvres de l'humanilc sacrée de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Nous avons beaucoup de choses à dire sur ce grand mystère dans la suite de cette histoire; car dès l'incarnation et dès la naissance de son Fils elle eut toujours ce modèle présent et s'en servit pour régler toutes ses actions; de sorte qu'elle formait, comme une diligente abeille, le très-doux rayon de miel dos délices du Verbe incarné. Ce même Seigneur, qui vint du ciel pour être notre Hédompleuret notre Maître, voulut que sa très-sainte Mère, dont il reçut un corps humain, participât d'une manière très-

Page 1