PART. II, LIV. IV, CHAP. XVIII
recouvrer ses premières délices, mais elle ne les trouve plus que rarement (1). De sorte que le démon, qui l'a trompée, lui oflre d'autres plaisirs très-vifs et fort au-dessous de ceux qu'elle avait accoutumé de goûter intérieurement; et c'est ce qui la jette dans la tristesse, dans le trouble, dans l'abattement, dans la tiédeur, dans le dégoût, et qui la remplit de confusion et l'environne de funestes dangers.
584. Vous avez, ma très-chère fille, quelque expérience de cette vérité , par la négligence que vous avez apportée à reconnaître les bienfaits du Seigneur. Il est temps que vous soyez prudente dans votre simplicité , et vigilante à conserver le feu du sanctuaire (2) , sans perdre jamais de vue le même objet auquel j'ai été toujours attentive avec une continuelle application de toutes les forces et de toutes les puissances de mon àme. Sans doute il y a une grande distance de vous, qui êtes un chétif vermisseau , à ce que je vous propose d'imiter en moi, et vous ne sauriez ni jouir du véritable bien aussi immédiatement que j'en jouissais, ni opérer avec une perfection semblable à la mienne; néanmoins, puisque je vous enseigne et que je vous découvre ce que je faisais pour imiter mon très-saint Fils, vous pouvez, selon vos forces, m'imiter, moi, en pensant que vous le regardez comme dans un miroir réllecteur. Car si je le regardais par celui de sa très-sainte humanité, vous le regardez par celui de mon àme et de ma personne. Le Tout-Puissant appelle toutes les âmes à cette haute perfection, pourvu qu'elles veuillent s'y élever (3); considérez donc ce que vous devez faire pour l'acquérir, vous envers qui la droite du Très-Haut se montre si libérale et si puissante pour vous attirer après lui (4).
^l)Cant., III, 1 et 2. — (2) Levit., vi, 12. —(3) Mnttb., xi , 28. — (4)Cant., 1,3.