PART. II, LIV. IV, CHAP. XIX
593. Siméon était, comme le dit saint Luc (1), juste et craignant Dieu ; il attendait la consolation d'Israël, et le Saint-Esprit, qui le remplissait, lui avait révélé qu'il verrait le Christ du Seigneur avant de mourir (2). Il vint donc au Temple par l'inspiration du même Saint-Esprit; car, outre ce qu'il avait appris antérieurement, il fut cette nuit-là illustré de nouveau par la divine lumière; elle lui fit découvrir avec une plus grande clarté tous tes mystères de l'incarnation et de la rédemption du genre humain, et connaître qu'en la très-pure Marie s'étaient accomplies les prophéties où Isaïe avait annoncé qu'une vierge concevrait , qu'elle enfanterait un fils , que de la tige de Jessc naîtrait une fleur, et que cette fleur serait le Christ (3); il pénétra également toutes les autres prophéties. Il eut une très-claire notion de l'union des deux natures en la personne du Verbe, et des mystères de la passion et de la mort du Rédempteur. Par la connaissance de choses si subhmes, il fut élevé au-dessus de lui-même et tout enflammé du désir de voir le Rédempteur du monde. Or, sachant qu'il venait se présenter au Père éternel, il fut, par la force de la lumière divine, entraîné le lendemain au Temple (4), où il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant. La même nuit, la sainte veuve Anne eut aussi, de son côté, révélation de la plupart de ces mystères; efle en conçut une très-grande consolation, parce qu'elle avait été, comme je l'ai rapporté dans la première partie de cette histoire, la Maîtresse de notre auguste Reine lorsqu'elle habitait le Temple. L'évangéliste dit (b) qu'elle n'en sortait point, servant Dieu jour et nuit, jeûnant et priant; qu'elle était prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser; et qu'ayant vécu sept ans en mariage, elle
(1) Luc, II, 25 et 26. — (2) Ibid., 27. — (3) Isa., vu, 14; XI , 1. — (4) Luc, II , 27. — (5) Ibid., 37.
en avait alors quatre-vingt-quatre. Elle parla prophétiquement de l'Enfant-Dieu, comme l'on verra.
Instruction que me donna la Reine du ciel.
594. Ma fille, une des misères qui causent le malheur ou diminuent le bonheur des âmes, c'est de se coutenter de faire les œuvres de vertu avec négligence et tiédeur, comme au hasard, ou comme quelque chose de peu important. C'est par suite de cette inadvertance et de cetle lâcheté que très-peu de personnes jouissent du commerce et gagnent l'amitié intime du Seigneur, qu'on ne peut acquérir que par un fervent amour. Et si on l'appelle fervent, c'est parce que, comme le feu fait bouillir l'eau, de même cet amour élève l'âme au-dessus d'elle-même, audessus de tout ce qui est créé et au-dessus de ses propres œuvres par la douce violence des divines flammes du Saint- Esprit. Alors plus elle aime, plus elle s'enllamme, et cet amour produit en elle des sentiments insatiables qui lui font non-seulement mépriser et oublier les choses terrestres, mais li'ouver insuffisant et insipide tout le bien qu'elle peut faire. Car, de môme que le cœur humain, quand il n'obtient pas ce qu'il aime avec ardeur, brûle, si c'est possible, d'un plus vif désir de l'acquérir par de nouveaux moyens ; de même l'Ame, quand elle est animée d'une fervente charité, s'évertue à désirer et à pratiquer toujours de nouvelles choses pour plaire à son bien-aimé, et tout ce qu'elle fait lui paraît insignifiant; de sorte qu'elle cherche à passer de la bonne à la parfaite volonté, cl de celle-ci à un entier acquiescement au bon plaisir du Seigneur, Jusqu'à ce qu'elle parvienne à l'union lu plus
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intime et la plus complète , et jusqu'à la transformation en Dieu.
595. Cela vous fera comprendre, ma très-chère fille , la raison qui me faisait désirer d'aller pieds nus au Temple, en portant mon très-saint Fils pour l'y présenter, et pour accomplir en même temps la loi de la purification; car je donnais à mes œuvres toute la plénitude de perfection possible par la force de l'amour, qui me demandait toujours ce qui était le plus parfait et le plus agréable au Seigneur, m'aiguillonnait sans cesse, et m'excitait à m'clever dans la pratique de toutes les vertus au plus haut degré de perfection. Tâchez de m'imiter avec tout le zèle que vous voyez en moi; car je vous avertis, ma fille, que c'est ce genre d'amour, que c'est ce mode d'agir que le Très-Haut sollicite, en l'attendant caché, pour ainsi dire, derrière les treillis dont parle l'épouse (1), et à travers lesquels il observe comment elle fait toutes ses œuvres; et cela de si près, qu'il n'y a qu'un treillis qui l'empêche de jouir de sa vue. En effet, il suit pas à pas les âmes qui l'aiment et le sei-vent de la sorte, comme en étant vaincu et épris; mais aussi il s'éloigne de celles qui sont tièdes, ou il ne les surveille plus que par une providence commune et générale. Aspirez toujours à ce qui est le plus parfait et le plus pur des vertus, approfondiçsez-les et cherchez-y continuellement de nouveaux moyens et de nouveaux secrets d'accroître votre amour ; faites que toutes vos forces et toutes vos puissances intérieures et extérieures soient incessamment occupées à ce qui est le plus relevé, le plus excellent et le plus agréable au Seigneur. Subordonnez toutefois tous ces sentiments -à l'obéissance, communiquez-les à votre Père spirituel, et dirigez-vous d'après
(1) Gant., u, 9.
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son conseil ; car c'est là le plus important et le plus