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en Egypte ; car il est hors de doute qu'ils y allèrent, conformément au récit de saint Matthieu (1), quoique saint Luc se taise sur ce point; et il n'a point parlé de cette fuite, ni avant, ni après, parce qu'elle était déjà racontée par saint Matthieu. De sorte qu'elle eut lieu immédiatement après la présentation, et avant le retour de la sainte Vierge et de Joseph à Nazareth. Or, comme saint Luc ne devait pas écrire ce voyage, il fallait bien, pour suivre le fil de son histoire, qu'il racontât leur retour à Nazareth immédiatement après la présentation. Que s'il dit qu'après avoir accompli les prescriptions de la loi, ils retournèrent en Galilée (2), il ne nie pas pour cela leur fuite en Egypte; mais il continue son récit, en omettant le voyage qu'ils furent obligés de faire pour éviter la persécution d'Hérode. On peut même inférer du texte de saint Luc que leur retour à Nazareth eut lieu après leur voyage en Egypte , puisqu'il dit (3) que l'Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et que la grâce se montrait en lui : ce qui ne pouvait pas être avant qu'il eût achevé les années de l'enfance, par conséquent avant le retour d'Égypfe, époque à laquelle il était dans un âge où l'on aperçoit d'ordinaire chez les enfants les premiers développements de la raison.
615. 11 m'a aussi été découvert combien a été insensé le scandale des infidèles, ou celui des incrédules qui ont commencé à heurter contre cette pierre angulaire (4), Notre-Seigneur Jésus-Christ, dès son enfance, en le voyant fuir en Egypte pour éviter la persécution d'Hérode; comme si c'eût été un manque de pouvoir et non point un mystère qui tendait à d'autres fins plus hautes que celle de mettre sa vie à couvert de la cruauté d'un homme
(1) Matth., u , 24. — (2) Luc, ii , 3'J. — (3) Ibid., ii, 40. — (4)IPetr., 11,8.
pécheur. Ce que dit l'évangélisle (1) devait suffire pour satisfaire son cœur bien disposé : à savoir, qu'il fallait que fût accomplie la prophétie d'Osée, disant au nom du Père éternel : J'ai fait revenir mon Fils d'Egypte (2). Jl est sûr que les fins qu'il eut en l'envovant dans ce pays et en le rappelant sont très- mystérieuses; j'en dirai quelque chose plus loin. Mais, quand même toutes les œuvres du Verbe incarné n'auraient pas été si pleines de merveilles et de mystères, il n'est personne d'un jugement sain qui puisse reprendre ou méconnaître la douce providence avec laquelle Dieu conduit les causes secondes, en laissant agir la volonté humaine selon sa liberté (3). C'est pour ce sujet, et non par manque de pouvoir, qu'il tolère dans le monde tant d'injustices, d'idolâtries, d'hérésies, et tant d'autres crimes qui ne sont pas moindres que celui d'Hérode, et qu'il permit celui de Judas et de ceux qui effectivement maltraitèrent et crucifièrent le divin Maître. 11 est constant que le Seigneur pouvait empêcher tout cela, et qu'il ne le fit point non -seulement pour opérer la rédemption, mais pour nous procurer ce bienfait de la liberté, en laissant agir les hommes à leur gré, selon leur volonté, et en leur ménageant la grâce et les secours que sa divine Providence juge convenables, et au moyen desquels ils peuvent opérer le bien, pourvu qu'ils veuillent user de leur liberté pour ce même bien comme ils le font pour le mal.
(il 6. C'est avec cetlo même douceur de sa Providence qu'il donne aux pécheurs le temps de se convertir, et qu'il attend leur conversion comme il attendit celle d'Hérode. S'il usait de son pouvoir absolu et faisait des prodiges pour arrêter les cfl'ets des causes secondes, l'ordre
(l)M.itlh.,ii,t5. — f2) Os., XI. t. — (3)Rccli.,xv, 14,etc.
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de la nature serait confondu, et en tant qu'auteur de la grâce, il serait en quelque sorte contraire à lui-même comme auteur de la nature. Voilà pourquoi les miracles ne doivent éclater que rarement et que pour des fins singulières; car Dieu les a réservés pour des moments opportuns auxquels il veut manifester sa puissance et se montrer auteur de l'univers, et indépendant des mêmes choses qu'il a créées et qu'il conserve. On ne doit pas non plus être surpris de ce qu'il permit la mort des innocents qu'Hérode fit égorger (t). S'il ne jugea pas convenable de l'empêcher par un miracle, c'est que cette mort leur acquit la vie éternelle et une abondante récompense, celle vie valant sans comparaison plus que la temporelle, qu'on doit sacrifier et perdre pour celle-là ; d'ailleurs, si tous ces enfants eussent vécu et fussent morls d'une mort naturelle, peut-être lous n'auraienl-ils pas été sauvés. Les œuvres du Seigneur sont justes et saintes en toutes choses , quoique nous ne pénétrions pas maintenant les raisons de leur équité; mais nous les connaîtrons en lui quand nous le verrons face à face.
Instruction que me donna la Reine du ciel.
617. Ma fille, entre les choses que vous devez tirer de ce chapitre pour votre instruction, que la première soit l'humble reconnaissance des bienfaits que vous recevez, puisque vous êtes, entre plusieurs nations, si distinguée et si enrichie par les faveurs dont mon Fils et moi vous comblons sans que vous les ayez méritées. Je redisais sou-
(I) Matth.,u, 16.
394 LA CITK MYSTIQUE.
vent ce verset de David : Que rendrai -je au Seigneur pour tous les biens qu'il m'a accordés (1)? Et, dans cette afTection reconnaissante, je m'humiliais profondément, me regardant comme la plus inutile de toutes les créatures. Or, sachant ce que je faisais étant véritable Mère de Dieu, vous devez considérer quelle est votre obligation, et avouer que vous êtes véritablement indigne de ce que vous obtenez, et tout à fait incapable d'y répondre. Il faut, ma fille, que vous suppléiez à cette impuissance de votre misère en offrant au Père éternel l'hostie vivante de son Fils fait homme, surtout quand vous le recevrez sous les espèces sacramentelles et que vous l'avez dans votre poitrine : car par là vous imiterez aussi David, qui, après s'être demandé ce qu'il rendrait au Seigneur pour les faveurs dont il était comblé, répondait : Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Très - Haut (2) . Vous devez recevoir le salut et travailler à celui de votre âme (3), en suivant les voies qui y conduisent, et en payant les divins bienfaits de retour par la pratique de la perfection; vous devez aussi invoquer le nom du Seigneur et lui offrir son Fils unique, qui est celui qui a opéré la vertu et le salut, qui l'a mérité, et qui peut seul dignement satisfaire à ce que le genre humain a reçu de la main du Tout-Puissant et à ce que vous avez reçu en particulier. Je l'ai revêtu de la forme humaine, afin qu'il conversât avec les hommes (i) et qu'il fût à tous comme une chose propre. 11 s'est donc renfermé sous les espèces du pain et du vin (o) pour se rendre plus propre â chacun en particulier, et afin que chacun en jouît et l'oflrît au Père éternel comme une chose qui lui appartint; les âmes suppléent par celte offrande à l'insuffisance de ce
(1) Pb. cxv, 12. — (2) Ibid., 13. — (3) Philip., H, 12. — \) Barucli., ni, 38. — (5) Joan., vi, 57.
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qu'elles pourraient lui rendre sans elle , et le Très-Haut se trouve satisfait par elle, puisqu'il ne saurait demander à ses créatures rien qui lui lut plus agréable.
618. Après cette otlrande, celle que les âmes font en acceptant et en supportant avec égalité et patience les peines et les adversités de la vie mortelle, lui est fort agréable. Mon très-saint Fils et moi avons été les maîtres excellents de cette doctrine : il se mit à l'enseigner dès le moment que je l'eus conçu dans mon sein , parce que nous commençâmes aussitôt à endurer la fatigue et la soufï'rance (1); dès qu'il fut né nous subîmes la persécution d'Hérode, et nous fûmes obligés de nous réfugier dans un pays étranger; ses souffrances durèrent jusqu'à la mort de la croix. Moi aussi je souffris de mon côté jusqu'à la fin de ma vie, comme vous l'apprendrez par tout ce que vous en écrirez. Or, puisque nous avons tant souffert pour les hommes et pour leur salut , je veux qu'en cela vous nous imitiez comme son épouse et comme ma fille, et que vous vous habituiez à souffrir avec un cœur joyeux et tranquille, tâchant d'augmenter les richesses de votre Seigneur et Maître par la conquête des âmes qu'il a rachetées au prix de sa vie et de sou sang, et qui lui sont si chères (2). N'épargnez jamais ni peines ni travaux, acceptez toute sorte d'amertumes et de douleurs, si par leur moyen vous pouvez gagner quelques âmes à Dieu ou les aider soit à sortir du péché, soit à améliorer leur vie. Prenez garde que la vue de votre pauvreté et du peu de fruit que vous tirerez de vos désirs et de vos soins ne vous fasse perdre courage; car vous ne devez pas douter qu'ils ne soient agréables au Très-Haut, et vous ne savez pas jusqu'à quel point il peut lui plaire de les faire servir.
(1) Ps. LXXXVIi, 46. — (2) I Cor., vi, 20.
Dans tous les cas, vous n'avez qu'à travailler avec activité, et à ne point manger paresseusement le pain dans sa maison (I).