‹ La cité mystique de DieuChapitre 87 sur 122 · Le Très -Haut permit que l'inclémence des élé · texte numérisé non relu

Le Très -Haut permit que l'inclémence des élé

(1) Joaii., 1, 14.

PART. 11, i.iv. IV, CHAP. xxm. 409

ments s'unit à la faim, à la lassitude et à cette espèce d'abandonnement, afin que ces clameurs de la très-douce Mère vinssent d'une plus grande tribulation : car il s'éleva une furieuse tempête où ils étaient battus et aveuglés par le vent et la pluie. Ce mauvais temps afiligea beaucoup la tendre et compatissante Mère , à cause de la grande délicatesse de l'Enfant-Dieu, qui n'avait pas encifre cinquante jours. Car, quoiqu'elle le garantit de son mieux, cela n'empêcha pas qu'il en ressentit la rigueur; ce qu'il fit connaître par ses larmes et par ses tremblements, comme l'auraient fait d'autres enfants dans une semblable circonstance. La soigneuse Mère, usant alors de son pouvoir de Reine des créatures, commanda avec empire aux éléments de ne point offenser leur Créateu^ mais d'user envers lui de leur douceur, de ne garder que pour elle ce qu'ils avaient de plus rude. Il arriva dans cette rencontre la même chose que j'ai dite aux chapitres précédents, en parlant de la naissance et du voyage de Bethléem à Jérusalem; cai" aussitôt les vents s'apaisèrent et la tempête cessa. Mais l'Enfant Jésus, voulant récompenser ce soin amoureux, ordonna à ses anges d'assister sa Mère bienaiinée et de la mettre ù l'abri. Us obéirent à l'instant, et, formant un globe lumineux et impénétrable aux injures du temps, ils y enfermèrent leur Dieu fait homme, l'auguste Vierge et son époux; de sorte qu'ils y furent plus richement et plus commodément logés qu'ils ne l'eussent été dans les plus superbes palais des puissants de la terre. Ils reçurent le même secours dans quelques autres occasions en traversant ce désert,

634. Mais les vivres leur manquaient, et ils étaient réduits aune disette contre laquelle ne pouvait rien l'industrie humaine. Lorsque le Seigneur les eut laissés arrivera cette extrémité, il exauça les justes demandes de son

Épouse, et les secourut par le ministère des anges ^ qui leur offrirent incontinent du pain et des fruits délicieux , et leur apportèrent en outre une liqueur d'un goût exquis. Et, après qu'ils les eurent servis, ils récitèrent tous ensemble des cantiques de louanges au Seigneur, qui donne la nourriture à toute chair au moment convenable {[), atin que ceux qurespèrent en sa divine Providence et en ses magnifiques largesses soient rassasiés (2). Ce fut là le régal que le Seigneur fit à ses trois voyageurs exilés dans le désert de Bersabée , qui est l'endroit où Élie , fuyant Jézabel, fut fortifié par le pain cuit sous la cendre que l'ange du Seigneur lui donna., afin qu'il pût aller jusqu'au mont Horeb (3). Mais ni ce pain ni celui que les corbeaux lui avaient apporté aupara^nt, ni la viande qu'il en reçut miraculeusement , afin qu'il en mangeât le matin et le soir sur le bord du torrent de Carith (4) ; ni la manne que le ciel envoya aux Israélites , quoiqu'elle fût appelée le pain des anges , le pain venu du ciel; ni les cailles que le vent du midi poussa à leur portée (5); ni la nuée qui les mettait à couvert des ardeurs du soleil (G), rien de tout cela ne peut être compare avec ce que le Seigneur fit dans ce voyage en faveur de son Fils fait homme , de l'auguste Marie et de saint Joseph. Ces nouveaux prodiges ne .s'opéraient point pour nourrir un prophète et un peuple ingrat , mais pour entretenir un Dieu fait homme et sa véritable Mère , et pour conserver une vie naturelle de laquelle dépendait la vie éternelle de tout le genre humain. Or, si cette divine nourriture répondait à l'excellence des conviés, la reconnai.ssance était aussi tout à fait eu rapport avec la grandeur d'un tel bienfait. Afin, d'ailleurs, (jue

(1) Ps. CXXXV, 23; CXLIV, 15. — (2) Ibid., XXI, 27. - (3) III Rep., XIX, 3, fi et 8. — (4) Ihid., xvii, 6. — (5) Exod., XVI , 13, de. —(6) Pa. LXXVll, 14 , l'i et 26; Nuin., X, 34.

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le tout vînt au moment le plus convenable, le Seigneur permettait toujours que la nécessilé fût extrême , et que cette extrémité même exigeât le secours du Ciel.

635. Que les pauvresse réjouissent par cet exemple; que les affamés ne se désolent plus dans leur détresse ; que ceux qui souffrent persécution espèrent le secoui-s, et que personne ne se plaigne de la divine Providence, en quelque affliction et en quelque nécessité qu'il se trouve. Quand est - ce que le Seigneur a manqué à ceux qui ont mis leur confiance en lui? Quand est-ce qu'il a détourné d'eux ses regards paternels (1)? Nous sommes frères de son Fils fait homme, héritiers de ses biens, ses enfants (2) et les enfants de sa très-miséricordieuse Mère. Or, enfants de Dieu et de l'auguste Marie, con;iment vous méfiez -vous d'un tel Père et d'une telle Mère dans vos besoins? Pourquoi leur refusez -vous cette gloire? Comment renoncezvous au droit que vous avez de leur demander du secours? Venez, venez avec humilité et confiance, les yeux de vos pai'ents sont ouverts pour vous regarder (3), leurs oreilles écoutent les gémissements que vous poussez dans vos nécessités , et les mains de celte Reine sont étendues pour soulager le pauvre (4). Et vous, riches de ce monde, pourquoi mettez-vous votre espérance dans vos seules et incertaines richesses, au risque de perdre la foi , et vous engageant par là dans beaucoup d'afflictions, comme l'Apôtre vous le prédit (5) ? Aveuglés par la cupidité, vous ne faites pas profession d'être les enfants de Dieu et de sa Mère; au contraire , vous renoncez à cette qualité par vos œuvres , et vous vous déclarez étrangers. En effet, le fils légitime sait seul s'abandonner aux soins et à l'amour de son véritable père et de sa véritable mère, qui se plaindraient avec

{{) Ps. xvu , 21 , etc. — (2) Rom., viii , 17 , 29. — (3) Ps. x , 5.— (4) Prov., XXXI , 20. - (5) I Tim., vi , 17, 9 et 10.

raison s'il mettait son espérance en d'autres qui ne leur seraient pas seulement indifférents, mais qui seraient même leurs propres ennemis. La divine lumière m'enseigne cette vérité, et la charité m'oblige de l'écrire.

636. Le Très -Haut ne prenait J)as seulement soin de nourrir nos pèlerins, mais il les récréait encore d'une manière sensible pour les distraire de la fatigue du chemin et de l'ennui de cette vaste solitude. Il arrivait parfois que la divine Mère s'arrétant avec son Enfant-Dieu pour prendre un peu de relâche , des multitudes d'oiseaux accouraient des montagnes, ainsi que je l'ai raconté ailleurs, et la réjouissaient par la douceur de leur chant et par la variété de leur plumage , se mettant sur ses épaules et sur ses mains, et s'ébattant autour d'elle. La très-prudente Reine les recevait , et leur ordonnait de louer leur Créateur en reconnaissance de ce qu'il les avait créés si beaux et si bien ornés de plumes pour jouir de l'air et de la terre, qui leur fournissait chaque jour la nourriture nécessaire. Les oiseaux obéissaient à leur Maîtresse : mais l'amoureuse Mère récréait l'Enfant Jésus par d'autres cantiques plus doux, en le bénissant et en le reconnaissant pour son Dieu, pour son Fils et pour l'auteur de toutes ces merveilles. Les saints anges s'unissaient tour à tour à notre grande Reine et aux petits oiseaux, et formaient tous ensemble un chœur d'une harmonie plus spirituelle que sensible et d'une douceur admirable.

637. Quelquefois l'auguste Souveraine disait à l'Enfant: « Mon amour, lumière de mon âme, conunnnt voussou- « lagerai-je de vos peines? Comment empèdierai-je que « vous ne soyez fatigué? Que pourrai-je faire pour vous « adoucir un chemin si rude ? Oh ! si je pouvais vous por- « ter dans mon ca^ur et vous y faire une couche où vous « fussiez à l'abri ! » A quoi le très -doux Jésus répondait :

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