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PART. II, LIV. IV, CHAP, XXIII

« Ma chère Mère, je suis fort à mon aise entre vos bras, a reposant sur votre sein; je trouve mes délices en vos « tendres sollicitudes et en vos douces paroles. » D'autres fois le Fils et la Mère s'entretenaient intérieurement, et ces entretiens étaient si sublimes et si divins, qu'il n'est pas possible de les traduire. Le saint époux Joseph participait à plusieurs de ces mystères et à ces consolations, qui lui faisaient oublier la fatigue de la route et ressentir le fruit d'une si douce compagnie, quoiqu'il ne s'aperçût point que l'Enfant parlât à la Mère d'une manière sensible , par une faveur qui lui était alors réservée, comme je l'ai déjà dit. Nos saints persécutés poursuivirent ainsi leur voyage d'Egypte.

Instruction que je reçus de la très-saùite Vierge.

638. Ma fille, de même que ceux qui connaissent le Seigneur mettent leur confiance en lui (1), de même ceux qui n'espèrent pas en sa bonté et en son amour immense, n'ont point une parfaite connaissance de sa divine Majesté. Or, si l'on manque de foi et d'espérance, on manque aussi d'amour, parce que le cœur s'attache à l'objet dans lequel il a placé sa confiance et qu'il estime le plus (2). Tout le mal des mortels vient de leur erreur à cet égard : ils ont un si bas sentiment de la bonté infinie de Dieu, qui leur a donné l'être et qui le leur conserve, qu'ils n'oseraient établir toute leur confiance en lui; manquant à cette même confiance, ils manquent à l'amour qu'ils lui doivent, et le prostituent aux créatures; ils se confient en elles et es-

(1) Ps. IX, 10. — (2)Matth.,vi,21.

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timent ce qu'ils ambitionnent, c'est-à-dire le pouvoir, les richesses et la vanité (i). Les fidèles pourraient détourner ce mal par la foi et par l'espérance infuse ; mais ils ne profitent point de leurs ressources et condamnent trop souvent ces vertus à l'inaction , et c'est pour cela qu'ils se ravalent jusqu'aux choses basses. Ceux qui possèdent les richesses espèrent en elles, et ceux qui ne les ont pas les convoitent (2). Les uns tâchent de les acquérir par les moyens les plus injustes; les autres se confient en la| puissance des grands, ils les flattent et les applaudissent (3) : de sorte que le Seigneur en trouve très-peu qui méritent les favorables efiets de sa providence , qui espèrent en elle , et qui le reconnaissent pour le bon Père, qui prend soin de ses enfants, qui les nourrit, et les conserve sans en laisser aucun dans le dénûment.

639. C'est cet aveuglement q«i donne au monde un si grand nombre de partisans , qui l'a infecté d'avarice et de concupiscence, contrairement à la volonté du Créateur, et qui a trompé les hommes sur cela même qu'ils désiraient ou qu'ils devaient désirer ; cai* tous avouent communément qu'ils ne désirent les richesses et les biens temporels que pour saUsfaire à leurs besoins ; et ils ne le disent que parce qu'ils ne devraient pas demander autre chose. Mais en fait, la plupart mentent, car ils souhaitent le superflu, et non point le nécessaire, afin de le faire servir aux pompes du monde plutôt qu'aux besoins de la nature. Que si les hommes ne désiraient que ce qui leur est véritablement nécessaire, il y aurait folie de leur part i\ mettre leur confiance en de faibles créatures , et non pas en Dieu , qui étend son ineffable providence jusque sur les petits des corbeaux (4), comme si leurs croassements étaient autant de voix qui

(1) Ps. Ll, 7; Eccl., V, 9. — (2) Prov., xxviii, 8. — (3) Ps CXLV, 3, — (4) Ibid., CXLVI , 0.

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invoquassent le secours de leur Créateur. Avec cette conviction , je ne pouvais rien craindre dans mon long pèlerinage. Et comme je n'espérais que dans le Seigneur, sa divine providence venait au secours de ma détresse. Pour vous, ma fille, qui connaissez cette grande providence, ne vous affligez point avec excès dans vos nécessités ; employez seulement, sans manquer à vos obligations, les moyens possible^pour y remédier, et ne comptez ni sur les industries humaines ni sur les créatures ; et après que vous aurez fait ce qui dépend de vous , croyez que le seul moyen efficace est d'attendre avec patience et sans trouble le secours du Seigneur. Car quoiqu'il vous le retarde quelquefois, il vous l'enverra toujours au moment le plus propice (1), et de façon h manifester davantage son amour paternel, témoin ce qui nous arriva dans nos extrêmes besoins.

640. Ceux qui ne souffrent pas avec patience, et qui ne veulent point endurer les privations ; ceux qui vont à des citernes entr'ouvertes (2), se confiant dans le mensonge et en la puissance des grands; ceux qui ne se contentent pas du nécessaire, et qui souhaitent ardemment ce dont ils n'ont pas besoin pour l'entretien de la vie; ceux qui gardent avec un attachement sordide ce qu'ils ont, et qui, dans la prévision d'une nécessité future, refusent aux pauvres l'aumône qui leur est due; tous ceux-là, dis-je, ont sujet de craindre qu'il ne leur manque ce qu'ils ne devraient point attendre de la Providence divine, si elle était aussi avare à donner, qu'ils le sont à espérer et à secourir les nécessiteux pour son amour. Mais le Père suprême qui est aux cieux fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et envoie la pluie aux justes et aux

(1) Ps. cxLiv, 10. — (2) Jerem., n, 13.

injustes (1), les assistant tous en leur donnant la vie et la nourriture. Or si les bienfaits du Seigneur sont communs aux bons et aux méchants, s'il accorde aux uns de trèsgrands biens qu'il refuse aux autres, on ne doit pas juger par là de son amour ; car il veut le plus souvent que les prédestinés soient pauvres (2), afin qu'ils augmentent leurs mérites et leurs récompenses, ou afin qu'ils ne se laissent pas séduire par l'amour des biens temporels. En effet, il y a fort peu de gens qui en sachent faire un bon usage et les posséder sans une cupidité désordonnée. Et quoique nous ne fussions point, mon très-saint Fils et moi, exposés à ce danger, le Très-Haut voulut néanmoins par cet exemple enseigner aux hommes celte divine science , par laquelle ils peuvent acquérir la vie éternelle.

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