PART. M, I.IV. IV, CHAP. XXV
toute la garniture et un berceau pour l'Enfant; quant au saint, il n'avait point d'autre lit que la terre, ni d'autres meubles que ceux-là dans la maison , jusqu'à ce qu'il eût acquis par sa sueur le moyen d'acheter ceux dont ils ne pouvaient se passer. Je ne dois pas cacher ce qui m'a été découvert ici : c'est que dans une si extrême pauvreté , Marie et Joseph ne songèrent aucunement à leur maison de Nazareth, ni à leurs parents, ni à leurs amis, ni aux présents des mages qu'ils avaient distribués, et qu'ils auraient pu garder. Ils ne regrettèrent aucune de ces choses, et se trouvèrent dans une si grande nécessité sans former la moindre plainte, sans se souvenir du passé, et sans craindre l'avenir. Au contraire , ils conservèrent toujours une égalité et une joie incomparables, s'abandonnant à la Providence divine dans leurs plus pressants besoins, O bassesse de nos cœurs infidèles! De combien de troubles, de soucis et de peines ne sont-ils pas remplis au moindre embarras qui nous survient ! Nous nous plaignons aussitôt d'avoir perdu une occasion , de n'avoir pas profité d'une autre ; nous nous reprochons avec impatience que si nous eussions tenu une autre conduite , nos affaires iraient mieux. Toutes ces peines sont inutiles et insensées, parce qu'elles ne seiTent de rien. Sans doute il eût été bon de ne pas donner lieu à nos afflictions par nos péchés, qui nous les attirent bien souvent; mais d'ordinaire nous ressentons le dommage temporel , et non point le péché qui nous l'a mérité. Nous sommes trop attachés à la terre pour découvrir les choses spirituelles, qui peuvent causer notre justification et les accroissements de la grâce; et assez matériels et téméraires pour nous livrer aux choses sensibles et à leurs soins superflus, qui contribuent à notre perle {i).
(1) I Cor., II, 14.
4o0 LA CITÉ MYSTIQUE.
L'exemple de nos saints étrangers doit nous servir d'une sévère leçon, et confondre notre lâcheté.
656. Notre très - prudente Souveraine et son époux, dépourvus de toutes les choses temporelles , se contentèrent pleinement de cette pauvre petite maison solitaire. Et des trois chambres qu'il y avait, l'une fut consacrée en un sanctuaire destiné à l'Enfant Jésus et à sa très-pure Mère; on y mit le berceau et le petit lit tout nu jusqu'à ce qu'ils eurent , quelques jours après , de quoi se pouvoir tous couvrir, par le travail du saint et par la charité de plusieurs femmes dévotes qui s'affectionnèrent à notre Reine. L'autre chambre fut pour saint Joseph, qui s'y retirait pour prier et pour reposer, tandis que la troisième lui servait de boutique pour travailler de son métier. L'auguste Marie, voyant leur extrême pauvreté , et qu'il fallait que son époux augmentât son travail ordinaire pour pouvoir subsister dans un pays étranger, se résolut à travailler elle-même afin de le soulager autant qu'il lui serait possible. C'est ce qu'elle exécuta sur-le-champ, cherchant des ouvrages par l'intermédiaire de ces charitables femmes, qui commencèrent à la fréquenter, attirées par sa modestie et par sa douceur. Or, comme il ne sortait rien de ses mains qui ne fût de la dernière perfection , le bruit de son habileté et de la délicatesse de ses ouvrages se répandit bientôt; de sorte qu'il ne lui manqua jamais de quoi travailler pour nourrir son Fils homme et Dieu véritable.
657. Notre grande Heine crut qu'il fallait employer tout le jour au travail, sauf à passer la nuit dans ses exercices spirituels, pour gagner tout ce qui était nécessaire i\ leur nourriture, pour vêtir suint Joseph, meubler leur maison, quoique très-simplement , et en payer le loyer. Ce n'est pas qu'elle eut aucune attache aux biens de la terre en se déterminant à cela, ni qu'elle négligeât la contemplation en