PART. 11, LIV. IV, CHAP. XXV
aucun moment de la journée ; car elle vaquait toujours, et se tenait continuellement en la présence de l'Enfant-Dieu, comme je l'ai dit si souvent et comme je le répéterai encore dans la suite. Mais elle voulut différer jusqu'à la nuit quelques dévotions particulières qu'elle pratiquait pendant le jour, afin de pouvoir travailler davantage, et de ne pas demander ni attendre que Dieu lui accordât d'une manière miraculeuse ce qu'elle pouvait se procurer par ses soins en redoublant son travail : car, en semblables cas , nous désirerions le miracle plutôt pour la commodité que pour la nécessité. La très-prudente Reine priait le Père éternel de la pourvoir du nécessaire par sa miséricorde, afin de nourrir son Fils unique , mais en même temps elle travaillait ; et, loin de se fier à elle - même ou à sa propre industrie, elle demandait au travail ce que le Seigneur procure aux autres créatures par ce moyen.
658. L'Enfant-Dieu agréa beaucoup cette prudence de sa Mère, aussi bien que la conformité qu'elle avait avec sa rigoureuse pauvreté ; et, pour répondre à celte fidélité toute maternelle , il voulut lui adoucir en quelque façon le travail qu'elle avait commencé. C'est pourquoi il lui dit un jour du berceau où il était ; « Ma Mère, je veux régler « l'ordre de votre vie et de vos occupations manuelles. » La divine Mère se mit aussitôt à genoux, et lui répondit : « Mon très-doux amour et Seigneur de mon être, je vous « loue et vous glorifie de ce que vous avez accepté le désir « que j'avais que votre divine volonté dirigeât mes i< pas (1), conduisît mes œuvres, et fixât selon votre bon c( plaisir ce dont je dois m'occuper à chaque heure du « jour. Or, puisque votre suprême Majesté a eu la bonté « d'exaucer mes souhaits, parlez, lumière de mes yeux,
(1) Ps. cxviii, 133.
« parce que votre servante vous écoute (1). » Le Seigneur lui dit : « Ma très -chère Mère, dès l'entrée de la nuit « (c'est-à-dire, selon notre manière de compter, vers « neuf heures du soir), vous dormirez et reposerez quel- « que peu. De minuit jusqu'au point du jour, vous vous « livrerez avec moi aux exercices de la contemplation, et « nous louerons ensemble mon Père éternel. Ensuite « vous préparerez ce qui sera nécessaii'e pour votre nour- « riture et pour celle de Joseph. Quand cela sera fait, « vous me donnerez la mienne , et me tiendrez dans vos « bras jusqu'à l'heure de tierce, où vous me remettrez « entre ceux de votre époux pour le soulagement de son « travail; puis vous vous retirerez dans votre apparte- « ment jusqu'à ce qu'il soit temps de lui servir à mangerj « après quoi vous reprendrez votre travail. Or, n'ayant « pas ici les Écritures saintes, dont la lecture vous pro- « 'curait une consolation singulière, vous lirez en ma ic science la doctrine de la vie éternelle, alla que vous (i me suiviez en toutes choses par une parfaite imitation. « Et vous prierez toujours mon Père éternel pour les pétt cheurs. »
659. L'auguste Marie suivit cet ordre tout le temps qu'elle demeura en Egypte. Elle allaitait l'Enfant-Dieu trois fois chaque jour : parce que, quand il lui marqua la première fois qu'elle lui devait donner la mamelle, il ue lui défendit pas de la lui donner aussi souvent qu'elle le fit dès la naissance. Lorsque la divine Mère faisait quelque ouvrage, elle se tenait toujours à genoux auprès de l'Enfant Jésus, qui était dans son berceau; et aux entretiens (|u'ils avaient alors ils mêlaient d'ordinaire de mystérieux canliciues (le louange. Aussi surpasseraient-ils, s'ils étaient
(1) 1 Hcg., Ml, 10.