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Ch. Nauroy, Le Carieum

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on le sait déjà, d'une fidélité exemplaire ; mais, de lui, elle é(;ut parfaitement détachée. Il ne méritait pas d'être plaint et ne pouvait s'en prendre qu'à lui d'avoir fait dérailler son ménage. Il n'est pas douteux qu'il ait connu, des ce moment, les inconséquences de la belle Tliérésia : peut-être y eut-il entre les deux époux des explications plus ou moins orageuses; mais comme M. de Fontonay avait plus d'une peccadille sur la conscience, qu'il avait en outre dissipé une bonne partie de la dot de sa femme, qu'enfin il était doué de plus d'élasticité que de délicatesse de conscience, il est possible qu'il ait crié, mais il est certain qu'il n'a pas dû crier bien haut. Thérésia, toute bonne qu'elle était, aura su lui clouer les lèvres par un de ces mots à l'emporte-pièce que les femmes ont toujours à leur disposition et qu'elles savent si bien dire.

Quoi qu'il en soit, l'accord régnait, du moins en apparence, dans cet étrange ménage. Était-ce parce que l'amour en était totalement absent? C'est probable. M'"' du Deffand disait un jour à M. de Pontde-Veyle : « Il y a quarante ans que nous sommes amis ; cela ne viendrait-il pas de ce que nous ne nous aimons guère? » Il y a beaucoup de vrai dans cette boutade. L'amour tue vite Tamour, et, lorsque Ton ne s'aime plus, on n'est souvent pas long à ne plus pouvoir se souffrir. C'est même une chose étrange que, chacun des deux époux Fontenay portant son amour au dehors, le ménage n'ait pas marché mieux que cela, puisque le principal élément de désaccord, l'amour, en était supprimé.

Cependant la Révolution marchait à pas de géant. La Terreur était dans son beau; les têtes tombaient dru comme grêle sur la place du Trône-Renversé. Le séjour de Paris n'était pas sûr pour des gens qui

avaient eu l'imprudence de s'emmarquiser en I7P58. M. et M"'' de Fontenay avaient beau faire des dons patriotiques à la nation, sacrifier même une partie de ce qui leur restait de fortune ^ sur l'autel de la Patrie, comme on disait alors, ils n'en demeuraient pas moins suspects, l'un pour avoir appartenu au Parlement, l'autre pour être sa femme. Bientôt, m.erje, ordre fut donné de mettre en état d'arrestation immédiate les ex-nobles et les anciens membres du Parlement de Paris ^. Malgré ses dons patriotiques, M. de Fontenay

1. a Le 28 germinal an H, M. de Fontenay donne 16,946 livres pour l'emprunt forcé [Arc/i. nat.). Les mêmes pièces des Archives le montrent donnant successivement deux couvertures, une robe de ci-devant palais, deux paires de bas, 62 livres, 500 livres, 100 livres, 100 livres. Thérésia donne aussi, témoin la pièce suivante : a Pour duplicata admissible dans V emprunt forcé. Ptécépissé de l'emprunt volontaire ouvert en exécution du décret de la Convention nationale du 24 août 1793, l'an second de ia Républi([ue française une et indivisible. — J'ai reçu de Marie- Thérèse- Ignace Cabarrus-Fontenay la somme de neuf mille livres pour laquelle il sera inscrit [sic) sur le grand livre de la Dette publique, conformément aux dispositions du décret sus daté. — Fait à Paris, le 21 février, l'an second de la République française... » (Arc/i. nat.). — Ch. Nauroy, Le Curieux.

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