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CHAPITRE PREMIER

Naissance de Thérésia de Cabarrus. — Les familles de liiiance au xviir siècle. — M. de Cabarrus. — Enfance de Thérésia.

— Demande eu mariage. — Thérésia à Paris. — Elle épouse M. de Fontenay. — Portrait de M"'" de Fontenay. — Soirée chez M""' de la Briche. — Tiraillements de ménage. — La vie mondaine à Paris en 1788. — Paris aux champs. — Légende.

— La fête de la Fédération. — Médisances. — Une lettre de M""' de Fontenay. — La Terreur. — M. et M"»' de Fontenay quittent Paris. — Arrivée à Bordeaux. — Divorce du jeune ménage.

Jeanne-Marie-Ignace-Thérésia de Cabarrus naquit le 31 juillet 1773, près de Madrid, dans un château, à Saint-Pierre de Carravenchel de Ariba. Le nom de Jeanne qu'on lui donna était sans doute le nom de sa marraine ; celui de Marie se donnait à toutes les petites fdles ; quant à celui d'Ignace, on l'en affubla vraisemblablement parce qu'elle naquit le jour de la fête de ce saint, très vénéré dans le pays : à cette ribambelle de noms, fort pauvre pour l'Espagne, on ajouta celui de Thérésia, sans doute parce que sainte Thérèse était la sainte la plus en réputation de toute la Péninsule. Sous de si hauts et de si puissants pa-

ironages, la petite fille ne pouvait que croître en beauté et en sagesse. C'est ce qui arriva ; mais si la beauté de Thérésia brilla jusqu'à son dernier jour d'un très vif éclat, la sagesse, bêlas ! ne brilla pas autant et eut à subir plus d'une fâclieuse éclipse.

Son père, M. François de Cabarrus, n'était pas Espagnol, mais bien Français, malgré un nom dont la désinence latine indique clairement une origine basque. Sa mère, Française elle aussi, s'appelait, de son nom de jeune fille, Marie-Antoinette Galabert. Il y avait eu du roman dans son existence : elle s'était laissée séduire et enlever par M. de Cabarrus, qui l'épousa plus tard, après un essai plus ou moins prolongé de la vie conjugale. Peut-être est-ce à cette aventure de sa mère, plus romanesque que conforme aux convenances, que la jeune Thérésia dut de recevoir une éducation passablement décousue, qui lui prépara une existence plus décousue encore.

11 n'est pas indifférent, ce semble, pour expliquer les phases si singulières de la vie de M™*' Tallien, de noter ici qu'elle naquit dans une famille de finance. Si CCS familles donnaient, pour employer une expression de M. Brunetière, « l'exemple de la riclicsse », elles ne donnaient pas celui de la morale. Singeant la noblesse, elles ne lui empruntaient guère que sa légèreté et ses vices élégants et ne songeaient nullement à lui prendre ses qualités pour les inculquer à leurs enfants. M""" de Pompadour fut le modèle le plus accompli de l'éducation féminine dans ce monde financier du xvm° siècle. Qui sait si, parmi les diverses ambitions que M. de Cabarrus pouvait caresser dans son cœur de père pour sa fille qui croissait chaque année en beauté, il ne rêvait pas de la voir devenir un jour maîtresse de roi? Le monde de la

finance s'était fort poussé depuis le commencement du siècle, et Louis XV lui avait suscité bien des jalousies pnrmi la noblesse en lui faisant l'honneur de lui prendre une de ses filles, Jeanne-Antoinette Poisson, l)our relever à la dignité de maîtresse en titre. Il est vrai que les parents de cette charmante personne l'avaient élevée spécialement pour cette haute fonction. De semblables calculs nous choquent à présent, mais au siècle dernier on les faisait couramment, et les familles les plus distinguées pouvaient seules réver, dans leur orgueil, un déshonneur si honorable pour leurs filles. Un peu auparavant, lorsque le beaupère de M"^® de Montespan avait appris l'amour de Louis XIV pour sa belle-fille, ne s'était-il pas écrié : « Dieu soit loué ! Voici la fortune qui commence à entrer dans ma maison ! »

Dieu n'était assurément pour rien dans cette fortune malpropre dont le louait M. de Montespan, et il était oiseux de l'en remercier, mais cela montre l'esprit du temps : il n'avait pas changé sous Louis XVI ; il était encore le même sous le Directoire et M. de Cabarrus semble s'être très bien accommodé de voir sa fille devenue la maîtresse d'un directeur de la République française, c'est-à-dire d'un roi de ce tempslà . Son sens moral n'était pas plus sévère que celui de M. de Montespan, car il songea comme lui à tirer de cette situation honneur et profit : n'est-ce pas pour ce fait qu'il fut sur le point de se voir nommer ambassadeur d'Espagne à Paris?

Avec les idées voltairiennes qui étaient celles de la riche bourgeoisie de la fin du xvin^ siècle, il ne semble pas que l'idée de Dieu ait été fortement inculquée à la jeune Thérésia ; d'idées morales, pas davantage. D'ailleurs, à quoi tout cela eût-il servi dans cette so-

ciété en décomposition? A gêner dans la vie, à amener les enfants à condamner la façon de vivre de leurs parents, par conséquent à ne pas les respecter, à les mépriser peut-être : c'était donc, on 'vn conviendra, un bagage inutile.

M. de Cabarrus, qui était né à Bayonne en 1752, descendait, paraît-il, de l'un de ces hardis navigateurs, de ces conquistadores qui sillonnèrent les mers quelques cents ans auparavant, prirent pied sur le sol américain et promenèrent dans tout le Nouveau Monde le tintamarre chevaleresque de leurs exploits. Celui-là donna son nom à la baie de Cabarrus, dans. l'île Royale, à une demi-lieue de LouisbourgV II avait fondé à Madrid une maison de banque que son ingénieuse activité — il enlevait les affaires comme il enlevait les femmes — avait vite fait prospérer. C'est à lui que l'Espagne énervée, appauvrie, pourraiton dire, par ses richesses d'Amérique, dut, dans une crise financière, la création du crédit public. Il établit une banque nationale. On l'appela banque de Saint- Charles — les Espagnols faisaient alors intervenir les saints en toutes leurs affaires — à cause du roi d'Espagne Charles III. M. de Cabarrus devint ainsi une manière de Law espagnol et son nom eut quelque célébrité. Le roi l'anoblit et lui donna le titre de comte en récompense des services rendus par sa banque. Le nouveau comte ne jouit cependant pas en toute tranquillité d(is faveurs royales. Le mérite excite toujours la jalousie de ceux qui n'en ont pas ; le mérite récompensé les exaspère. Si vous voulez avoir du talent, ayez-le pour vous tout seul, mais gardez-vous bien

1. Lairtulier, Les Femmes célèbres de la Récolutiorif t. II, p. 274; Paris, 1840.

de le faire voir : le monde n'aime pas ceux qui s'élèvent au-dessus de lui ; il préfère les médiocres, qui lui ressemblent davantage. C'était du moins ainsi à la Cour du roi Charles III. Il faut rendre justice à ce souverain : il n'en voulut jamais à M. de Gabarrus du bien qu'il avait fait à l'Espagne. Mais les gens de cour ne furent pas si indulgents ; les gens de finance, pas davantage : jalousies de fortunes, jalousies de vanités se liguèrent contre le nouveau comte. On lui créa mille difficultés; ce fut une véritable persécution. Un ministre, M. Sarena, menait le troupeau des envieux et la campagne contre le talent. Le comte de Mirabeau, père du futur orateur de la Constituante, la menait avec lui. Le banquier fit tête à l'orage et montra dans cette lutte des qualités d'homme d'État. C'est un peu pour cela peut-être, beaucoup plus pour l'influence personnelle de sa fille, qu'il fut, plus tard, sous le Directoire, question de lui pour l'ambassade d'Espagne à Paris, et que, sur ses vieux jours, le roi Joseph Bonaparte le choisit pour son ministre des finances à Madrid.

En attendant, M. de Cabarrus se reposait de ses travaux et de ses luttes au milieu de sa famille. Il avait trois enfants, deux garçons et une fille. L'aîné des garçons, Théodore, devait fonder plus tard une maison de commerce à Bordeaux, sous la raison sociale de : Cabarrus fils et C'®. Le second s'engagea, comme on le verra, dans les armées de la République et mourut au champ d'honneur. La fille, enfin, Thérésia, devait avoir une carrière des plus mouvementées et toucher d'assez près à l'une des phases décisives de la Révolution française.

Thérésia était bien la plus charmante petite fili que l'on pût voir. Élevée au milieu de toutes les sa-

tisfactions que donne la fortune, courant et jouant sans cesse au grand air dans le parc de Carravenchel, elle se développait à merveille et devenait jolie, mais jolie à dépiter les plus belles filles de l'Espagne. En ce pays, les femmes sont précoces, du moins pour la beauté. Thérésia, sur ce point, était tout ce qu'il y avait de plus espagnol. Son instruction apparemment ne marchait point du même pas que sa beauté. On avait donné à Thérésia les meilleurs maîtres de Madrid, ce qui ne veut pas dire qu'ils fussent bons. La preuve, c'est que M. de Cabarrus songea bientôt à envoyer sa fille à Paris pour lui en donner d'autres. Il avait bien raison. L'éducation des femmes les plus distinguées de cette époque, en Espagne, se haussait à peine à celle des femmes de chambre de Paris. La duchesse d'Abrantès, qui voyagea en Espagne pendant l'année 1805 et qui y fît plus tard un long séjour, l'affirme dans ses Mémoires.

M. de Cabarrus avait peut-être aussi une autre raison pour envoyer sa fille en France. A Madrid, les têtes sont chaudes, les cœurs aussi, et il ne voulait pas qu'il arrivât à Thérésia l'aventure qui était arrivée à sa mère : ne l'avait-il pas, lui, Cabarrus, comme un Espagnol de roman, séduite et enlevée avant de l'épouser? Ces sottises-là, on les fait, et bien d'autres, mais ceux qui les ont faites trouveraient fort mauvais que leurs enfants se les permissent à leur tour. Ce en quoi ils ont joliment raison.

La petite Thérésia, qui n'avait guère alors plus de douze ans, était beaucoup plus grande que ne le sont d'ordinaire les petites filles de son âge. Elle était svelte, élancée et d'une figure merveilleusement jolie. Au point qu'on ne pouvait la voir sans en tomber sur l'heure amoureux. Il était donc prudent à M . de Cabarrus

de retirer d'un pays où l'exécution, il en savait quelque chose, suit de si près un désir, une fdle que son extrême beauté pouvait, comme sa mère jadis, exposer à de fâcheuses aventures.

Son oncle Gaiabert, qui était venu à Madrid, ne s'était-il pas avisé de faire la cour à la petite ? Avec les plus honnêtes intentions du monde, à la vérité, car il avait formeHement demandé à M. de Cabarrus la main de Thérésia. Le pauvre homme, tout oncle qu'il était, avait été ensorcelé comme les autres par le charme étrange, magique, magnétique, pourrait-on dire, qui se dégageait comme une phosphorescence de toute sa personne : un regartl, un sourire, un mot, et ça y était, on était pris ; la cristallisation était faite, aurait dit Stendhal.

On pense bien que, malgré les usages du temps qui permettaient, surtout en Espagne, de marier des petites filles de treize ans, M. de Cabarrus, qui avait du bon sens et qui le gardait, lui, puisqu'il n'était pas amoureux, ne voulut pas entendre parler de marier Thérésia : que diable ! ce n'est pas quand une fille est encore dans l'âge des poupées et des pantins qu'on lui donne un mari !

Était-ce pour fuir cet oncle? Était-ce dans un intérêt d'éducation? On ne le sait trop, mais c'est probablement pour ces deux causes que M. de Cabarrus fit partir un beau jour de Madrid sa fille et ses deux fils. Et, vers la fin de 1185 ou le commencement de 1786, les trois enfants descendaient devant la porte d'un hôtel du quai d'Anjou, dans l'île Saint-Louis, à Paris. C'était la demeure d'un ami de leur père, M. de Boisgeloup, seigneur de la Mancelière et autres liei,x, conseiller du roi en son Parlement de Paris. Ils n'étaient là qu'en transit. M. de Cabarrus vint un peu plus tard

les rejoindre, et, comme le séjour de Paris lui plaisait, il acheta un hôtel sur la place des Victoires et s'y installa avec eux.

A Paris, la belle Thérésia avait trouvé le moyen de devenir encore plus belle qu'à Madrid. La grâce parisienne, avec ses raffinements et les micvrerios de la mode, était venue adoucir l'éclat de sa beauté ibérienne. Cette beauté triomphait toujours, mais plus discrètement. L'Espagnole s'était parisianisée.

Si l'éducation de Thérésia avait été le prétexte du départ pour la France, il ne semble pas qu'une fois à Paris on se soit beaucoup occupé de perfectionner celle, tout élémentaire, qu'on lui avait donnée à Madrid. Elle avait été menée jusqu'alors à bâtons rompus : on continua le même système. Les bals, les comédies, les divertissements, les collations, on ne voyait alors que cela dans la vie. Peu ou point d'éducation morale et religieuse \ nulle idée sérieuse, pas un mot du devoir, des notions vagues sur le reste : tel fut, en définitive, le bagage intellectuel et moral de la jeune fille. On aboutit ainsi à une chose : à lui faire idolâtrer sa petite personne. Ce fut tout. On aurait pu faire mieux. Si la beauté a un prix inestimable, elle n'est pas tout, et quelques solides qualités peuvent fort agréablement se marier avec elle.

Mais avec cette éducation décousue et rudimentaire — et c'était un peu celle des jeunes filles les plus distinguées de ce temps — les instincts,

1. C'était ainsi sous le gouvernement du trône et de l'autel et l'on était arrivé à avoir un clergé aux cadres démesures pour une bien petite poignée de fidèles. « Depuis dix ans, écrivait Mercier en 1788, le beau monde ne va plus à la messe ; on n'y va que le dimanche pour ne pas scandaliser les laquais, et les laquais savent qu'on n'y vaque pour eux » (Tableau de Paris, t. I, p. 377).

bons ou mauvais, suivaient leur cours, peu ou point réprimes par des parents imprévoyants. Les caractères étaient peut-être plus tranchés, mais chez le beau sexe la chose est peu désirable, et une femme tranchante n'a jamais passé pour une perfection.

M. de Gabarrus, que sa femme, personne assez effacée dans le ménage, était venue rejoindre à l'hôtel de la place des Victoires, avait beaucoup de relations à Paris. Aussi conduisait-il avec orgueil sa jolie Thérésia dans les salons, si sociables alors, d'un monde qui n'avait jamais été plus brillant. La jeune fille, depuis son arrivée, ne s'était pas appliquée à grand'chose, mais elle avait appris à bien faire la révérence. C'était alors une chose très compliquée que de bien faire la révérence. Elle embrassait beaucoup de talents divers, puisque ce seul mot exprimait la science de se bien tenir dans le monde, l'art d'y parler et d'y faire figure de toute façon. Thérésia récoltait dans les salons les plus vives jouissances d'amour-propre. Non seulement elle s'y entendait proclamer la plus belle, mais la coquetterie, qui était innée en elle, lui avait vite fait trouver les quelques paroles manégées qui, plus que la beauté, bien plus surtout que les qualités, mettaient tous les hommes à ses pieds. Ahl la coquetterie! puisqu'elle prête de la beauté aux femmes qui n'en ont pas, combien ne décuple-t-elle pas la beauté chez celles qui en ont! Poussée jusqu'à l'extrême, elle séduit encore plus les hommes, et l'on voit des imbéciles qui vont jusqu'à n'estimer guère que l'effronterie chez la femme.

S'il faut en croire M. Forneron. la coquetterie de Thérésia ne craignit point de s'élever jusqu'à ces hauteurs scabreuses. « Elle avait été éprise toute

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jeune, dit-il, de M. de Méréville, fils du marquis de Laborde : elle le retrouvait chaque nuit sous les ombrages de son parc; mais comme le mariage ne plut pas à Laborde, elle se laissa épouser subitement, dans son premier dépit, par M. de Fontenay, petit, roux, issu d'une famille si humble que le Parlement avait fait longtemps difficulté de l'acceptera »

Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que M"^ de Cabarrus, dont les principes de conduite ne semblent pas avoir jamais été bien sévères, se fût promenée de nuit sous les ombrages avec un jeune homme. Il ne faut pas juger cette imprudente légèreté avec nos moeurs d'aujourd'hui qui, pourtant, commencent à s'américaniser un peu. Si une telle liberté n'était pas précisément admise, elle était tout au moins tolérée. La duchesse de Bourgogne en avait elle-même donné l'exemple sous le grand roi, et Saint-Simon nous apprend dans ses Mémoires qu' « à Marly la dauphine courait la nuit avec tous les jeunes gens dans le jardin jusqu'à trois ou quatre heures du matin ». Cette liberté avait moins d'inconvénients avec beaucoup de jeunes gens qu'avec un seul, et M. de Cabarrus avait le plus grand tort de laisser à sa charmante fillette la liberté que le grand roi laissait à la duchesse de Bourgogne ; — et pourtant elle n'était pas encore princesse !

Peut-être est-ce par dépit, comme le dit M. Forneron d'après des Mémoires inédits dont il n'a pas le droit de nommer l'auteur, que M"° de Cabarrus, ne pouvant décider M. de Laborde, fils du richissime fermier général propriétaire du domaine princier de Méréville, à l'épouser, se décida à accepter M. de Fontenay.

i. H. Forneron, Histoire générale des émigrés, t. Il, p. 157.

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Mais ce n'est pas probable. Ce qui est certain, c'est qu'on s'occupait de la marier. Elle avait déjà refusé, à ce qu'il paraît, le prince de Listenay. De son côté, elle avait été refusée par le marquis Ducrest, qui fut plus tard le père de cette Georgette Ducrest (M"^^ Bochsa) qui a laissé des Mémoires sur V impératrice Joséphine, ouvrage dont la partialité n'est pas le défaut principal. Toujours bonne, « M"® de Cabarrus, devenue M"''^ Tallien, ne conserva aucun souvenir du refus qui avait été fait de sa main, et fut dans tous les temps empressée de servir celui qui semblait l'avoir dédaignée »^ La belle Thérésia, malgré son jeune âge, n'était donc pas plus impressionnée que cela par une demande en mariage, et il ne semble pas qu'elle ait été de nature à faire un mariage de dépit, ce qui est presque aussi sot que ce qu'on appelle un mariage d'amour. Elle savait ce qu'elle valait, du moins physiquement ; elle avait de l'ambition , ce qui est la preuve d'une nature supérieure aux autres; de plus, elle ne manquait pas de caractère : tout cela met à l'abri des vulgaires faiblesses, des dépits comme des entraînements irréfléchis.

Il est donc plus naturel de croire qu'elle épousa M. de Fontenay parce que M. de Cabarrus, ayant trouvé que ce jeune homme était d'un âge, d'une fortune et d'un rang social à peu près égaux aux siens, pouvait être pour elle un époux sortable, et que c'est après avoir examiné le pour et le contre qu'il le lui avait présenté.

Thérésia n'avait encore que quinze ans et demi. Quelque connaissance qu'elle puisse déjà avoir des choses de la vie, une jeune fille, à cet âge, même si

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