‹ La citoyenne TallienChapitre 39 sur 122 · Cit. Ta · texte numérisé non relu

Cit. Ta

influence. Elle partie, les exécutions se multiplient d'une façon effrayante, en juin et surtout en juillet.

Cependant la situation de Tallien, ses actes, lui avaient fait beaucoup d'ennemis ; son luxe, ses voitures, le luxe de sa maîtresse, lui en avaient fait davantage. La destitution des membres du Comité de surveillance lui en fit de nouveaux, mais pas les mêmes. Les passions étaient d'autant plus excitées contre lui, parmi les membres et les amis du Comité, que bien des intérêts privés, mais inavouables, étaient compromis. Aussi les dénonciations contre Tallien se mirent-elles à pleuvoir au Comité de salut public. On l'accusa de modérantisme : on dut l'accuser aussi, bien probablement, de corruption... Averti sans doute par quelque ami du Comité, Tallien se sentit menacé. 11 voulut aller se justifier à la Convention. Aussi, le 22 février 1794, partait-il pour Paris, laissant Ysabeau à Bordeaux pour faire tête à leurs ennemis communs.

Est-ce pour le même motif qu'il y laissa Thérésia ? On ne sait, mais elle ne partit pas avec lui. La raison en est probablement que Tallien pensait bientôt revenir après s'être justifié des accusations lancées contre lui.

Sur ces entrefaites, vers la fin de mars ou le commencement d'avril, un jeune homme, se disant agent du Comité de salut public, était arrivé à Bordeaux. Il s'était mis aussitôt en relation avec les ennemis de Tallien et d'Ysabeau et entretenait avec Paris une correspondance très active. Ce jeune homme, nommé Marc-Antoine Jullien, fils du député à la Convention Jullicn (de Toulouse), et qui se fit lui-même appeler plus tard Jullien de Paris, était alors âgé de dix-neuf ans. Le Comité de salut public lui avait trouvé assez

de maturité pour l'envoyer comme agent de confiance à Bordeaux : il s'agissait de le renseigner sur la conduite vraie des deux conventionnels en mission. Tallien ne s'était pas suffisamment justifié devant la Convention, et les Comités de salut public et de sûreté générale avaient été chargés par elle de faire une enquête et un prompt rapport sur sa conduite à Bordeaux.

Le jeune Jullien, It petit Jullien, comme on l'appela bientôt, était souple et habile. Il ne fut pas long, grâce aux terribles influences qu'on lui savait, à se créer une petite cour et à miner, par des manœuvres souterraines, l'autorité d'Ysabeau. Il écrivait à Robespierre, qu'il admirait comme un dieu, ses impressions tant sur la conduite d'Ysabeau et de Tallien que sur la maîtresse de celui-ci dont il avait fait la connaissance, la conquête aussi, si l'on en croit Senar\ et que, avec son accent méridional il appelait «la belle Cabarrus »^ Les papiers de Robespierre publiés après sa mort montrent que le petit Jullien n'avait pas dû laisser ignorer à l'inventeur de l'Être suprême que le modérantisme dont on accusait Tallien était l'œuvre de la belle Thércsia, mais qu'il se compliquait aussi d'influences moins éthérées. Le représentant Courtois dit, dans l'emphatique rapport qui précède la publication de cette infime partie des papiers de

1. « Ce Jullien avait envoyé au Comité de sûreté générale une copie de la lettre que la prostituée Cabarrus lui avait écrite, et dans laquelle elle l'invitait à passer dans l'Amérique septentrionale avec elle, parce qu'elle voulait fuir ce Tallien couvert de crimes et qui l'avait compromise : elle lui offrait de partager avec lui sa fortune qui serait plus que suffisante pour eux deux » (SÉNAR, Révélations puisées^ etc., p. 219).

2. Notes inédites du baron Larrey, chirurgien en chef de la Grande Armée. Ces notes sont en notre possession.

Robespierre, qu' « ii lui dénonce jusqu'à des femmes » dont il détaille les charmes. C'est évidemment un portrait de Thérésia, peut-être un peu décolleté, tracé par Jullicn fils à V Incorruptible, auquel Courtois fait allusion.

11 est très regrettable que ces papiers n'aient pas été imprimés dans leur totalité. Mais le représentant Courtois, qui avait été chargé de les inventorier et qui avait eu de bonnes raisons pour réclamer cette mission, ayant eu le malheur, comme tant d'autres, d'écrire fort obséquieusement à Robespierre au temps de sa puissance, avait commencé par reprendre et brûler ses lettres ; il en rendit aussi beaucoup à leurs auteurs qui eurent bien soin de ne pas les conserver, et ne se gêna pas pour garder le reste, c'est-à-dire presque tout : il en fit argent plus tard. ,

Dans plus d'une lettre publiée, JulHen, par des insinuations et des réticences, laisse entendre que Tallien n'est pas à l'abri de tout soupçon quant à la probité : « Bordeaux semble avoir été jusqu'à présent un labyrinthe d'intrigues et de gaspillages. Il est bien difficile de démêler le républicanisme et la probité\ y> « Ysabeau, qui me vit hier, me dit Tallien arrêté... La punition des intrigants de Bordeaux, dont les uns n'avaient en vue, comme Chabot, qu'un intérêt'-... » A Saint-Just, il propose entre autres choses de « distinguer par un arrêté ceux qui ont donné de l'argent (à Bordeaux) pour racheter une vie que beaucoup n'avaient point mérité de perdre, et les infâmes qui ont exigé de l'argent pour vendre la loi : les premiers, ne craignant plus, parleront; les autres seront découverts et punis ».

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