Lettre du 15 prairial an II (3 juin
Tallicn est évidemment visé par ces mots : Les infâmes qui ont exigé de V argent...
Ces lettres montrent — et beaucoup d'autres existaient qui ont été détruites par l'intéressé après le 9 thermidor, — que l'orage se formait contre Tallien, à Paris, et que, comme Danton, il aurait bientôt à entrer en lutte avec Robespierre.
En attendant, comme Thérésîa voyait que Tallicn serait obligé de rester à Paris plus longtemps qu'il ne l'avait pensé en partant, qu'il ne serait peut-être pas maintenu dans sa mission de Bordeaux, qu'elle-même se sentait mal vue du puissant Jullien, elle se décida à aller retrouver son amant à Paris. Par amour? C'est peu probable : n'avait-elle pas dit elle-même à Bordeaux « que ce n'était pas du tout la passion qui l'attachait à Tallien, mais une sorte d'honneur et de devoir, puisque c'était elle qui était cause des dangers qu'il courait » \
D'un autre côté, elle avait un ami qui connaissait un certain Taschereau, homme taré, agent secret du Comité de salut public, à genoux devant Robespierre, qu'il devait trahir ignominieusement dès qu'il fut abattu. Taschereau, qui était au courant de bien des intrigues, dit à son ami qu'il se tramait quelque chose contre elle et qu'elle ferait bien de quitter Bordeaux. Cet ami manda immédiatement une si importante nouvelle à Thérésia, en l'engageant à s'arrêter quelque temps dans une ville des bords de la Loire. D'un autre côté, une loi toute récente du 27-28 germinal an II (16-n avril 1794) interdisait aux ci-devant nobles le séjour des villes frontières et maritimes.