CHAPITRE
SAINT F?A.NÇO'S (1).
La poésie italienne, comme toute poésie, descend de deux sources, Tune sensuelle, l'autre religieuse, qui mêlent quelquefois leurs eaux, mais dont on peut suivre les deux courants distincts depuis les premiers temps jusqu'à nous.
C'est à la fin du douzième siècle et en Sicile, au, milieu des enchantements de cette brûlante contrée; c'est chez un peuple mêlé de sang grec et arabe, ingénieux, sans frein dans ses plaisirs comme dans ses vengeances, qu'on trouve les premiers vers italiens. Cet art nouveau fleurit à la cour de Frédéric U, grand et mauvais prince, dont le génie et l'impiété firent pendant cin-
(1) Les sources consultées pour ce travail sont premièrement los écrits de saint François, Opéra sancti Francisci; secondement les trois biographies du saint : celle qui fut écrite deux ans après sa mort par Thomas de Celano ; celle des trois disciples qui furent chargés de compléter cette première rédaction ; enfin celle que saint Bonaventurc composa un pou plus tard avec des traditions encore vivantes et des documents plus nombreux. Voyez aussi Wadding, Annales Minorunif tomel; Chavin de Malan, Histoire de saint François d Assise. Gœrres a écrit des pages savantes et ingénieuses sur saint François d'Assise troubadour.
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quanle ans rélonnemcnl de l'Europe et la terreur de l'Église, capable de toutes les affaires et de toutes les voluptés, et qui partageait ses loisirs entre un sérail de belles captives et une académie de savants mahométans, de troubadours et de jongleurs. Lui-même n'avait pas dédaigné de composer dans l'harmonieux idiome de ses sujets. Son chancelier Pierre des Vignes, ses fils Enzo et Menfred, l'imitèrent; et bientôt, de Païenne à Messine, on n'entendit plus que les accents d'une poésie dangereuse, où la galanterie des Provençaux se mêlait aux passions ardentes de l'Orient. Là commence la veine trop féconde qu'on voit ruisseler dans les condamnables récits de Boccace, dans les comédies et les drames pastoraux du vieux théâtre italien. De là cette littérature molle et voluptueuse, qui finit par énerver les caractères en même temps que les esprits, et qui habitua la jeunesse italienne à passer sa vie aux genoux des femmes, dans l'oubli de la patrie et de la liberté.
Mais, heureusement pour l'Italie, nous y voyons aussi la poésie chrétienne couler à pleins bords, depuis la Divine Comédie jusqu'à la Jérusalem délivrée^ jusqu'aux hymnes de Manzoni, Cependant on ne sait peut-être pas assez de quelles hauteurs ce large fleuve est descendu. Sans doute on connaît les noms d'un petit nombre de Toscans que Dante rappelle avec honneur, qu'il avoue pour ses devanciers et pour ses maîtres; mais ni la science de Brunetto Lalini et de Guido Cavalcanti, ni le sentiment platonique de Guido Guinicelli, ni la piété de Guittone d'Arezzo, ne suffit pour expliquer la sou-
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daine abondance de celte verve chrétienne qui jaillit dans les quinze mille vers de V Enfer ^ du Purgatoire et du Paradis. Il faut remonter plus haut, et chercher sur un autre point de l'Italie quelque chose de pareil à ce qu'on vit en Sicile, une autre réunion d'hommes inspirés sous un maître puissant, et enfin ce concours de grandes causes, sans lequel il n'y a pas de grands effets.
Quand on a quitté Rome, en se dirigeant vers le nord, après avoir traversé l'admirable désert de la campagne romaine, et passé le Tibre un peu au delà de Civitâ-Castellana, on s'engage dans un pays montueux qui va s'élevant comme en amphithéâtre, des bords du Tibre jusqu'aux crêtes de l'Apennin. Cette contrée retirée, pittoresque, salubre, se nomme TOmbrie. Elle a les agrestes beautés des Alpes, les cimes sourcilleuses, les forêts, les ravins où se précipitent les cascades retentissantes, mais avec un climat qui ne souffre point de neiges éternelles, avec toute la richesse d'une végétation méridionale qui mêle au chêne et au sapin Tolivier et la vigne. La nature y parait aussi douce qu'elle est grande; elle n'inspire qu'une admiration sans terreur; et si tout y fait sentir la puissance du Créateur, tout y parle de sa bonté. La main de l'homme n'a point gâté ces tableaux. De vieilles villes comme Nari, Terni, Amelia, Spoleto, se suspendent aux rochers ou se reposent dans les vallons, encore toutes crénelées, toutes pleines de souvenirs classiques et religieux, fières de quelque saint dont elles conservent les restes, de quel-
que grand artiste chrétien dont elles gardent les ouvrages. Il y a bien peu de sommets, si âpres et si nus, qui n'aient leur ermitage, leur sanctuaire visité des pèlerins. Au cœur du pays s'ouvre une vaÏÏee plus large que les autres; l'horizon y a plus d'étendue; les montagnes environnantes dessinent des courbes plus harmonieuses; des eaux abondantes sillonnent une terre savamment cultivée. Les deux entrées de ce paradis terrestre sont gardées par les deux villes de Pérouse au nord et de Foligno au midi. Du côté de l'occident est la petite cité de Bevagna, où naquit Properce, le poète des voluptés délicates; à l'Orient, et sur un coteau qui domine tout le paysage, s'élève Assise, où devait naître le chantre d'un meilleur amour.
Ce n'est pas assez qu'une contrée soit belle et féconde, il faut qu'elle ait été profondément remuée par les événements, pour produire de grands hommes. Cette préparation ne manquait pas à l'Italie au moment où finissait le douzième siècle. Elle venait de terminer glorieusement, sous la conduite d'Alexandre III, la seconde lutte du sacerdoce et de l'empire. Elle y avait gagné la liberté, la puissance, la gloire, tout ce qui touche les peuples, ce qui les inspire, ce qui leur donne le droit et le besoin de s'éterniser par des monuments. Tous les arts s'éveillaient. Les^ idées religieuses et politiques qui avaient mené pendant cent ans les Italiens sur les champs de bataille devaient être servies par la parole comme elles l'avaient été par les armes : maîtresses des intelligences, il fallait qu'elles s' exprimas-
sent, non dans l'idiome des savants, mais dans le langage de tous, et qu'après q^oir fait une nation, elles fondassent une littérature. L'exemple était donné. La France avait déjà une poésie dont les chants passaient les Alpes, circulaient dans les salles des châteaux et sur les places publiques (1). Si tout n'était pas irréprochable dans ces modèles, si les fabliaux des trouvères et les sirventes irrévérencieux de plusieurs troubadours s'adressaient aux esprits déréglés, il y avait des chants pieux, comme ceux de Rambaud de Vaqueiras, d'héroïques récits, comme les batailles de Charlemagne et la mort de Roland, bien capables d'échauffer les imaginations chrétiennes. Sans doute l'activité politique et les communications littéraires se faisaient mieux sentir dans les villes lombardes, qui avaient soutenu le principal effort de la guerre et recueilli les premiers fruits de la paix. Cependant les cités de l'Ombrie n'avaient pas été les dernières à se rallier sous le drapeau de la papauté et de la liberté. Elles se hâtaient d'user de la victoire en faisant acte de souveraineté, en se fermant de murs, en levant des troupes. Assise avait ses chevaliers, ses milices, qu'elle envoyait guerroyer contre Pérouse. Elle avait aussi ses marchands, qui trafi-
(1) Dès le commencement du douzième siècle, Donizo, qui écrivit en ▼ers rhistoire de la comtesse Mathildc, connaissait les romans épiques français :
Francorum prosa sunt édita bella sonora.
Sur les voyages des troubadours provençaux en Italie, voyez V Histoire de la poésie provençale, par M, Fauriel, t. II, et trois articles publiés par le même savant dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. III et ÎV.
quaient au delà des Alpes, qui en rapportaieni de gros bénéfices et quelques lumières. C'est ainsi qu'un vendeur de draps appelé Pierre Bernardone, ayant visité la France en H 82, et trouvant à son retour que sa femme lui avait donné un fils, le nomma François, en mémoire du beau pays où il venait de s'enrichir. L'obscur marchand était loin de penser que ce nom, de son invention, serait invoqué par l'Église et porté par des rois (1).
Le jeune François, confié de bonne heure aux prêtres de l'église de Saint-Georges, avait reçu d'eux les premiers éléments des sciences humaines. On l'a trop souvent représenté, tel qu'il se dépeignait lui-même, comme un homme sans culture et sans savoir. Il lui resta de ses courtes études assez de latin pour entendre facilement les livres saints, et un singulier respect pour les lettres. Ce sentiment ne fut pas de ceux qu'il abjura en se convertissant. Il le portait si loin, que, s'il rencontrait sur son chemin quelque lambeau d'écriture, il le relevait avec soin, de peur de fouler aux pieds le nom du Seigneur, ou quelque passage qui traitât des choses divines. Et comme un de ses disciples lui demandait pourquoi il recueillait avec le même scrupule les écrits des païens : a Mon fils, répondit-il, c'est parce que j'y trouve les lettres dont se compose le glo-
(1) Vila a tribus sociiSf cap. I, 4 : « Quodam tempore, guerra inter Perusiuin et Assisium exeuntc, captas est Fr<)nciscus cum multis suis concivibus. » — Ibid , II : « Johannes prius vocatus est a matre; a patre Tcro tune redcunte a Francia, in cujus abscntia natus erat, Franciscus postmodum nominatus. >
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rieux nom de Dieu.» Et, complétant sa pensée, il ajouta : « Ce qu'il y a de bien dans ces écrits n'appartient pas au paganisme ni à l'humanité, mais à Dieu seul, qui est l'auteur de tout le bien (1). » Et, en effet, toutes les littératures sacrées et profanes, que sont-elles autre chose que les caractères avec lesquels Dieu écrit son nom dans l'esprit humain, comme il l'écrit dans le ciel avec les étoiles?
Toutefois l'éducation littéraire de saint François se fit moins par les études classiques, auxquelles il donna peu de temps, que par la langue française, déjà considérée en Italie c< comme la plus délectable de toutes, » et la gardienne des traditions chevaleresques qui polissaient la rudesse du moyen âge. Il avait un secret penchant pour ce pays de France, auquel il devait son nom; il en aimait la langue; bien qu'il s'y exprimat avec difficulté, il la parlait avec ses frères. Il faisait retentir de cantiques français les forêts voisines; on lo voit, dans les premiers temps de sa pénitence, mendiant en français sur l'escalier de Saint-Pierre de Rome, ou, tandis qu'il travaillait à la reconstruction de l'église de Saint-Damien, s' adressant en français aux habitants et aux passants, pour les inviter à relever la maison de Dieu. S'il empruntait l'idiome de nos pères, s'il se nourrissait de leur poésie, il y trouvait des sentiments
(i) Thomas de Gelauo, X : t Fili, litterx sunt ex quibus componihir gloriosissimum Dei nomen. Bonum quoque quod ibi est, non pertinet ad paganos, neqne ad aliquos homines, sed ad solum Deum, cujus est bonum. »
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de courtoisie, de générosité, qui passaient dans son cœur et dans sa conduite. FI était l'âme de ces compagnies joyeuses qui se formaient alors, sous le nom de cortiy dans la cité d'Assise comme dans toute l'Italie, et qui popularisaient le gai-savoir, les habitudes romanesques, les plaisirs délicats des Provençaux. Souvent ses compagnons, émerveillés de sa bonne mine et de la noblesse de ses manières, le choisirent pour leur chef, et, comme ils disaient, pour le seigneur de leurs banquets. En le voyant passer richement vêtu, le bâton de commandant à la main, au milieu de ses amis qui par* couraient les rues chaque soir avec des flambeaux et des chansons, la foule l'admirait, et le proclamait « la fleur des jeunes gens (1). »
Lui-même prenait au mot les bruits flatteurs murmurés sur son passage. Ce fils de marchand, qui désolait son père par ses largesses, ne désespérait pas de devenir un grand prince. F^es livres de chevalerie n'avaient pas d'aventures qu'il ne rêvât. 11 conçut d'abord
(1) Vitaa tribus sociiSf 1, 10 : « S tans in gradibus ecclesiae cum aliis paiiperibus, eleemosynam gallice postulabat, quia libenter lingua gallica loquebatur, licet ea recte loqui nesciret. » — II ; « Vir sanctus alta et clara voce laudes Domini gallice cantans. » Cf. Vita a sancto Bonaventura, cap. II ; Thomas de Gelano, cap. III. — Vita a tribus sociiSf cap. I : « liberalior et bilarior, datus jocis et cantibus, civitatem Assisii die noctuque circumiens... ut filius magni principis Tideretur. Â sociis suis eligitur in Dominum, ut secundum voluntatem suam faceret expensas. Fecit ergo sumptuosam coraestionem parari, sicut multotiens fecerat. Cumque refecti de domo exissent, sociique simul eum prsecederent, euntes per cÎTitatein cantando, ipse, portans in manu baculum quasi dominus, parum retroibat post illos. » Wadding, Annale Minorum, I : « Cives Assisiates eum vocnbant juvenum florem. »
la pensée de conquérir sa principauté la lance au poing, en s' engageant à la suite de Gauthier de Brienne, qui allait revendiquer contre Frédéric II le beau royaume de Sicile. Ce fîit alors qu'il eut un songe mystérieux : il se vit au milieu d'un palais superbe; les salles paraissaient remplies d'armes et de riches harnais, des boucliers resplendissants étaient suspendus aux murailles; et sur ce qu'il demandait à qui appartenaient ce château et ces armures, il lui fut répondu que tout cela serait à lui et à ses chevaliers. Il ne faut pas croire que dans la suite le serviteur de Dieu oublia ce rêve, ou n'y vit plus qu'une illusion du mauvais esprit : il y reconnut un avertissement du ciel; il crut l'interpréter en fondant cette vie religieuse des Frères Mineurs, qui était à ses yeux comme une chevalerie errante, instituée, aussi bien que l'autre, pour le redressement des torts et la défense des faibles. Cette comparaison lui plaisait; et quand il voulait louer ceux de ses disciples qu'il préférait à cause de leur zèle et de leur sainteté : ce Ce sont là, disait-il, mes paladins de la Table Ronde.» Gomme tout bon chevalier, il devait se rendre à l'appel des croisades. En 1220, il passa la mer, rejoignit l'armée des chrétiens devant Damiette : plus hardi que tous ces preux bardés de fer, il pénétra jusqu'auprès du Soudan d'Egypte, prêcha publiquement la foi, et défia les prêtres de Mahomet à l'épreuve du feu. Enfin, congédié avec respect par les infidèles, il laissa dans les saints lieux une colonie de ses disciples, qui s'y perpétuèrent sous le nom de Pères de Terre Sainte, et qui y
sont encore, gardiens du saint Sépulcre et de Tépée de Godefroy. Après cela, on n'est plus surpris quand lès biographes de saint François lui décernent tous les titres de la gloire militaire, et quand saint Bonaventure, près d'achever le récit de la vie et des combats de son maître, s'écrie : « Et maintenant donc, valeureux chevalier du Christ, portez les armes de ce chef invincible qui mettra en fuite vos ennemis. Arborez la bannière de ce Roi très-haut : à sa vue, tous les combattants de l'armée divine ranimeront leurs courages. Elle est désormais accomplie la vision prophétique selon laquelle, capitaine de la chevalerie du Christ, vous deviez revêtir une céleste armure (1). »
Mais, comme il n'y avait pas de vrai chevalier sans sei*vice de dame, il avait fallu que François se choisit la sienne. En effet, peu de jours avant sa conversion, ses amis le trouvant pensif et lui demandant s'il songeait à se donner une épouse : « Vous l'avez dit, répliqua-t-il; car je songe à me donner une dame, la plus noble, la plus riche, la plus belle qui fut jamais. »
(1) Vita a tribus sociis, II : a Scio me magnum principam futurum. » Thomas de Celano : « Vidcbatur ei namque domum totam habere plenam militariJ^us armis, sellis scilicet, clypeis, lanceis et caeteris apparatïbus... responsum ei haec arma sua fore militumque suorum. » — Cf. Vita a tribus sociiSy I. — Vita a sancto Bonaventur'a, I. — Opéra sancti Francisci. — S. Bonaventur.y XIII : — « Eia nunc, strenuissirae miles Ghristi, ipsius fer arma invictissimi ducis... Impleta est prima visio quam vidisti, videlicet quod, dux in militia Christi futurus, armis deberes cœlestibus signoque crucis insignibus dpcorari. » Ces pensées sont si familières ajux disciples de saint François, qu'en 1687 un franciscain espagnol, Gabriel de Mata, imprimait un poème soUs ce litre : El cavaïlero AsisiOy en el vocimiento, vida e muerte del serafico padre san Francisco, en octava nma. V. Chavin de Malan, p. 16 du supplément.
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Il désignait ainsi celle qui était devenue pour lui l'idéal de toute perfection, le type de toute beauté morale, c'est-à-dire la Pauvreté. H aimait à personnifler cette vertu, ^elon le génie symbolique de son temps; il se la figurait comme une fille du ciel, qu'il appelait tour à tour la dame de ses pensées, sa fiancée, son épouse. U lui prêtait tout le pouvoir que les troubadours attribuaient aux nobles femmes célébrées dans leurs vers : le pouvoir d'arracher les âmes éprises d'elle aux pensées et aux penchants terrestres, Je les élever jusqu'à la conversation des anges. Mais, pendant que chez les troubadours ces amours platoniques n'étaient guère que des jeux d'esprit, l'invisible beauté qui avait ravi saint François lui arrachait les cris les plus passionnés. Ouvrez tous les poètes du moyen âge, vous n'y trouverez pas de chant plus hardi, de paroles plus enflammées que cette prière du pénitent d'Assise :
« Seigneur, ayez pitié de moi et de madame la Pauce vreté. Et voici qu'elle est assise sur le fumier, elle « qui est la reine des vertus; elle se plaint de ce que « ses amis l'ont dédaignée et se sont rendus ses enne- « mis... Souvenez-vous, Seigneur, que vous êtes venu « du séjour des anges, afin de la prendre pour épouse, « et d'en avoir un grand nombre de fils qui fussent « parfaits...
<c C'est elle qui vous reçut dans l'étable et dans la « crèche, et qui, vous accompagnant tout le long de la « vie, prit soin que vous n'eussiez pas où reposer la
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ce tête. Quand vous commençâtes la guerre de notre « Rédemption, la Pauvreté vint s'attacher à vous comme c< un écuyer fidèle; elle se tint à vos côtés pendant le « combat, elle ne se retira point quand les disciples « prenaient la fuite.
« Enfin, tandis que votre mère, qui du moins vous « suivit jusqu'au bout et prit sa part de toutes vos dou- « leurs, tandis qu'une telle mère, à cause de la hau- « teur de la croix, ne pouvait plus atteindre jusqu'à « vous, en ce moment madame la Pauvreté vous em- « brassa de plus près que jamais. Elle ne voulut point (( que votre croix fût travaillée avec soin, ni que les « clous fussent en nombre suffisant, aiguisés et polis; a mais elle n'en prépara que trois, elle les fit durs et « grossiers pour mieux servir les intentions de votre « supplice. Et pendant que vous mouriez de soif, elle « eut soin qu'on vous refusât un peu d'eau; en sorte « que ce fut dans les étroits embrassements de cette ce épouse que vous rendîtes l'âme. Oh ! qui donc n'aic< merait pas madame la Pauvreté par-dessus toutes c< choses (1)?»
S'ilétait bienséant de porter les couleurs d'une noble dame et glorieux de se faire tuer pour elle, il n'y avait
(1) Vita a tribus sociis, l : « Forsan uiorem accipere cogitastî? — Verum dixistis, quia nobiliorein, et ditiorcm, et pulchriorem sponsam quam unquain videritis, accipere cogitavi. — Et deriserunt eum. » Cf. Thomas de Gelano, I. —Saint Bouaventure, YII : <x In pnvilegio Paupcrtatis, quam modo matrem, modo sponsam, modo dominam nominare solebat. » — Éloge de la Pauvreté, Fioreiti di san Francesco, cap. 13. -Prière de saint François pour madame la Pauvreté, Opéra sancH Francisci.
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guère moins d'honneur à savoir la chanter. Rien ne manquait plus à l'éducation chevaleresque d'un jeune seigneur quand il s'évertuait à composer des vers^ à les répéter en s' accompagnant du luth ou de la rote. François n'était point resté étranger à des pase-temps si doux. Il aimait la musique, et ses biographes louent la beauté de sa voix suave et forte, claire et flexible. Au temps de sa jeunesse, il avait rempli les rues d'Assise de ses gais refrains. Après sa conversion, il faisait répéter des hymnes aux échos du désert. Un soir qu'il était touché jusqu'aux larmes par le chant d'un rossignol^ il se sentit inspiré de lui répondre, et jusque bien avant dans la nuit il chanta alternativement avec lui les louanges de Dieu. La légende ajoute que François se trouva épuisé le premier, et loua l'oiseau qui l'avait vaincu. Jamais, dans ses plus vifs retours sur ce qu'il appelait les égarements de sa première vie, dans ses plus amers dédains pour les voluptés du monde, il n'eut la pensée de condamner cet art mélodieux, qu'il mettait au nombre des plaisirs du ciel. On raconte que vers la fin de sa carrière, et dans un temps où il pliait déjà sous les fatigues et les austérités, cet homme, détaché de toutes les consolations terrestres, souhaita d'entendre un peu de musique, pour réveiller, disait-il, la joie de son esprit. Et, comme la règle ne permettait pas que le saint homme se donnât ce passe-temps par les moyens ordinaires, plutôt que de l'en voir privé, les anges voulurent servir ses désirs. La nuit suivante, comme il veillait et méditait, il entendit tout à coup le son d'un
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luth d'one merveilleuse harmonie et d'une mélodie Irès-douce. On ne voyait personne; mais anx nuances du son qui s'éloignait ou se rapprochait^ on croyait reconnaître la marche d'un musicien allant et venant sons les fenêtres. Le saint ravi en Dieu fut si pénétré de la douceur de ces accords, qu'il crut un moment avoir passé à une meilleure vie (1).
Le fils du marchand d'Assise avait donc reçu toute la culture qui formait les poêles de son temps; car les poètes de cette époque orageuse ne grandissaient pas à l'ombre de l'école : la muse les visitait dans les hasards d'une vie militante, dans les tournois et les batailles. Souvent même, comme Wolfram d'Eschenbach, ces hommes éloquents ne savaient pas lire. Ils s'inspiraient des romans qu'ils se faisaient réciter, des chants qu'ils avaient entendus, mais surtout des enseignements secrets de l'amour, qu'ils avouaient pour leur seul maître. Ce signe décisif nô devait pas manquer à la vocation poétique de saint François. Il faut s'assurer qu'il y eut chez lui autre chose que l'ardeur d'une imagination échauffée par des souvenirs et des lectures; il faut voir quel amour posséda son cœur.
François achevait à peine sa vingt-quatrième année, livré aux plaisirs avec tout l'emportement de son âge et de son tempérament, quand tout à coup il fut saisi
(1) Thomas de Celano, IX : « Vox ejus vox vehemens, yox dulcis, vox clara, voxque sonora. » — Saint Boiiaventiirc, V : « Repente insonuit cithara qnaedam harmonise mirabilis et suavissimaî melodiac Non videbatur aliquis ; sed transitum et reditum citharœdi, ipsa hinc inde auditus yoIubilitas innucbat. » Voyez aussi \c^ Fiorelti di S, Francesco.
d'une longue naladie. Or, comme il se rétablissait lentement, et qa'Ln jonr, pour reprendre quelques forces, il était sorti appuyé sur un bâton^ il se mit à considérer du haut des terrasses d'Assise les riantes campagnes qu'elles dominent, mais la beauté des champs, l'agrément du paysage, et tout cé qui plaît aux yeux, n'avaient plus de prise sur son âme. Il s'étonnait d'un tel changement, et, dès ce jour, il devint méprisable à ses propres yelix, et commença à prendre en dédain tout ce qu'il avait admiré parmi les hommes (1). Il éprouvait cet inexplicable ennui qui précède l'éclat des grandes passions. Vainement le jeune homme s'efforçait d'y échapper en se réfugiant dans la société bruyante de ses amis, dans ses projets de guerres et' d'aventures. Les songes de ses nuits l'appelaient à un autre genre de vie qu'il ne comprenait pas; un instinct puissant le |)oussait dans là solitudes Souvent il prenait le chemin d'une caverne voisine, et, laissant ses compagnons à rentrée, il y pénétrait seul, sous prétexte d'y chercher un trésor. Là, il passait de longues heures dans une agonie d'esprit qu'il ne pouvait exprimer, troublé de pensées tumultueuses, de craintes et de remords. Son éteur sentait qu'il ne trouverait pas de repos avant d'avoiraccomplî quelque chose d'inconnu, mais déplus
qu^humàin. Alors il priait Dieu de lui montrer la voie,
(1) Thomas de Celano, I : « Gumque jatn paululum respirasset, et, baculo susteotatus, causa recupcranda? sanitatis, cœpisset hue atque illuc pcr domicilium ambulare, die quodam foras cxÎTit, et circa adjaccntcni planitiem cœpit curiosius intueri; sed pulchritudo agrorum, amœnitas, et quidquid visu pulcbruin est in vallo, non potuit cum dclectarc. »
et il sortait de cette prière si brisé de fatigue, que ses compagnons, en le revoyant, T eussent pris pour un autre homme. Or, un jour qu'il persévérait ainsi dans l'oraison, il crut voir devaût lui la croix du Calvaire et le Sauveur attaché au bois; et à cette vue, dit Thistorien de sa vie, son âme sembla se fondre en lui, et la Passion du Christ s'imprimer si profondément dans ses entrailles et dans la moelle de ses os, qu'il ne pouvait plus y arrêter sa pensée sans être inondé de douleur. On le rencontrait errant dans la campagne, donnant un libre cours à ses larmes et à ses sanglots; et quand on lui demandait s'il souffrait quelque mal * « Ah! s'écriait-il, je pleure la Passion do Jésus-Christ, mon Maître, pour laquelle je ne devrais pas avoir honte d'aller pleurant par tout le monde (!)• » Voilà l'amour qui remplit la vie de saint François, Tétincelle que son génie attendait. Plusieurs douteront peut-être qu'un tel amour, bon pour former des solitaires et remplir des couvents, ail la puissance de susciter des poètes. Il est vrai que l'antiquité païenne ne connut rien de pareil. L'antiquité put connaître Dieu : elle.ne Ta jamais aimé. Mais regardez les temps chrétiens, et vous verrez que cet amour y devient le maître du monde. C'est lui qui a vaincu le paganisme dans les amphithéâtres et sur les bûchers; c'est lui qui a civilisé les peuples nouveaux, qui les a menés aux croisades, et qui a fait des
(1) Vita a tribus sociis, I : « Plango Passionem Domini mei Jesu Christi, pro quo non deberem verecundari alla voce ire plangendo per totum inundum. » Cf. Saint Bonaventure, IX.
héros plus grands que toutes les épopées. C'est le flambeau des écoles où les lettres revécurent pendant les siècles barbares : et qui peut douter de son pouvoir sur les esprits, s'il inspira tout ce qu'il y eut d'hommes éloquents depuis saint Paul et saint Augustin jusqu'à Bossuet; s'il a dicté les Psaumes de David et les hymnes de l'Église, c'est-à-dire les chants les plus sublimes qui aient consolé l'ennui de la terre?
En même temps que le pénitent d'Assise, dans la contemplation de la croix, apprenait à aimer Dieu, il commençait à aimer aussi l'humanité, l'humanité crucifiée, dénuée, souffrante; et c'est pourquoi il se sentait poussé vers les lépreux, vers les misérables, vers tous ceux que le monde repousse. Dès lors il n'eut plus de paix jusqu'au jour où, en présence de son évêque, il se dépouilla publiquement des habits de sa condition pour prendre un manteau de mendiant. Les premiers qui le virent passer demi-nu, déchaussé, sur les places de cette ville dont il avait été l'ornement et l'orgueil, le réputaient pour un insensé, et lui jetaient de la boue et des pierres. Et cependant, en se faisant pauvre, en fondant un Ordre nouveau de pauvres comme lui, il honorait la pauvreté, c'est-à-dire la plus méprisée et la plus générale des conditions humaines. Il montrait qu'on y peut trouver la paix, la dignité, le bonheur. Il calmait ainsi les ressentiments des classes indigentes^ il les réconciliait avec les riches, qu'elles apprenaient à ne plus envier. Il apaisait cette vieille guerre de ceux qui ne possèdent pas contre ceux qui possèdent, et raf-
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fennissait les liens déjà relâchés de la société chrétienne. En sorte qu'il n'y eut pas de politique plus pro«fonde que celle de cet insensé, et qu'il avait eu raison de prédire qu'il deviendrait un grand prince : icar, tandis que Platon ne trouva jamais cinquante familles poar réaliser sa république idéale, le serviteur de Dieu, au bout de onze ans^ comptait un peuple de cinq mille hommes, engagés à sa suite dans une vie d'héroïsme et de combats. Mais cette vie, la plus dure qu'on pût concevoir, était aussi la plus libre et par conséquent la plus poétique. En effet, une seule chose enchaîne la liberté humaine : c'est la crainte, et, toute crainte se réduisant à celle de souffrir, rien n'arrêtait plus celui qui s'était fait de la souffrance une joie et une gloire. Affranchi de tontes les servitudes, de toutes lés préoccupations triviales, François vivait dans la contemplation des idées éternelles, dans l'habitude du dévouement qui exalte toutes les facultés, dans un commerce familier avec la création, qui a des charmes plus vifs pour les simples et les petits. Il errait, il mendiait, il mangeait le pain d'autrui,' comme Homère, comme Dante, comme le Tasse et Gamoëns, comme tous ces pauvres glorieux à qui Dieu n'a donné ni toit ni repos dans ce monde, et qu'il a voulu garder à son service, errants et voyageurs, pour visiter les peuples, les délasser, et souvent les instruire (1).
Le dernier trait de ressemblance, et pour ainsi dire
(1) Saint BonaTcnldre, VII, VIIF.
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de parenté, entre saint François et ces grands esprits, c'était sa passion pour la nature. L'amour de la nature est le lieu commun de toutes les poésies. Il n'y a pas de troubadour qui ne célèbre de son mieux 1q joli mois de mai, le retour des fleurs, les doux concerts des oiseaux, et le murmure des ruisseaux dans les bois- Mais à voir revenir les mêmes images dans le même ordre et les mêmes termes, on reconnaît trop souvent qu'il s'agit moins d'exprimer un sentiment que de satisfaire une convenance littéraire. C'est qu'il n'est pas si commun, si facile qu'on le pense d'aimer la nature, c'est-à-dire de sortir de soi, de considérer le monde extérieur ^vec désintéressement et respect, d'y chercher non des plaisirs, mais des leçons. Aussi le christianisme, si souvent accusé de fouler aux pieds la nature, a-t-il seul appris à l'homme à la respecteir, . à l'aimer véritablement, en faisant paraître le plan divin qui la soutient, réclaire et la sanctifie. C'était à cette clarté que François considérait la création; il en parcourait tous les degrés pour y chercher les vestiges de son Dieu ; il retrouvait celui qui est souverainement beau dans les créatures belles ; il ne dédaignait pas les plus petites, les plus méprisées, et, se souvenant de leur commune origine, il les nommait ses frères et ses sœurs. En paix avec toutes choses, et revenu en quelque sorte à la primitive innocence, son cœur débordait d'amour nonseulement pour les hommes, mais pour tous les animaux qui broutent, qui volent et qui rampent; il aimait les rochers et les forêts, les moissons et les vignes, la beauté
des champs, la fraîcheur des fontaines, la verdure des jardins, et la terre et le feu, et Tair et les vents, et il les exhortait à rester purs, à honorer Dieu, à le servir. Là où d'autres yeux n'apercevaient que des beautés |)érissables, il découvrait comme d'une seconde vue les rapports éternels qui lient l'ordre physique avec Tordre moral, et les mystères de la nature avec ceux de la foi. C'est ainsi qu'il ne se lassait pas d'admirer la grâce des fleurs et de respirer leurs parfums, en songeant h la fleur mystique qui sortit de la tige de Jessé; et quand il en trouvait beaucoup ensemble, il les prêchait comme si elles eussent été douées de raison. Ses heures se passaient quelquefois à louer l'industrie des abeilles; et lui, qui manquait de tout, leur faisait donner en hiver du miel et du vin, afin qu'elles ne périssent pas de froid. Il proposait pour modèle à ses disciples la diligence des alouettes, l'innocence des tourterelles. Mais rien n'égalait sa tendresse pour les agneaux, qui lui rappelaient l'humilité du Sauveur et sa mansuétude. La légende rapporte que, voyageant en compagnie d'un Frère dans la Marche d'Ancône, il rencontra un homme qui portait sur son épaule, suspendus à une corde, deux petits agneaux. Et comme le bienheureux François entendit leurs bêlements, ses entrailles furent émues; et, s'approchant, il dit à l'homme • « Pourquoi tourmentestu mes frères les agneaux en les portant ainsi liés et suspendus? » L'autre répondit qu'étant pressé d'argent, il les portait au marché voisin pour les vendre aux bouchers, qui les tueraient. « A Dieu ne plaise ! s'é-
cria le saint; mais prends plutôt le manteau que je porte, et fais-moi présent de ces agneaux. » L'autre, ne demandant pas mieux, les donna, et prit en retour le manteau, qui était d'un bien plus grand prix, et qu'un chrétien fidèle avait prêté au saint le matin même, à cause du froid. Or François tenait les agneaux dans ses bras, ne sachant qu'en faire; et, après en avoir délibéré avec sou compagnon, il les rendit à leur premier maître, lui faisant une obligation de ne jamais les vendre et de ne leur causer aucun mal, mais de les conserver, de les nourrir et d'en prendre grand soin. Tout est charmant dans ce récit, et Ton ne sait qu'y admirer le plus, ou de la tendre faiblesse du saint pour les petits agneaux, ou de sa candide confiance en leur maître (1). Si François, par son innocence et sa simplicité, était revenu pour ainsi dire à la condition d'Adam, lorsque ce premier père voyait toutes les créatures dans une lumière divine et les aimait d'une fraternelle charité ; les créatures, à leur tour, lui rendaient la même obéissance qu'au premier homme, et rentraient pour lui dans Tordre détruit par le péché. C'est un trait remar-
(1) Thomas de Celano, IX ; saint Bonayenture, YIII : t Gonsideratione quoque prim» originis, omnium abundantiori pietatc repletus, creaturas quantamlibet parvas fratris Tel sororis appellabat nominibus. » Id,, IX : « Exultabat in cunctis operibus manuum Domini, et per jucunditatis spécula in TÎTificam consurgebat rationem et causam. Gontemplabatur in puldiris pulcherrimum, et per impressa rébus Testigia proseqiiebatur ubiquc dilectum, de omnibus sibi scalam facîens in cum qui est desiderabilis totus... Pietas... quae ipsumpcr deTotîonem sursum agebat in Deum, per compassionâm transformabat in Cbristum, per condescensionem inclindiat ad proximum, et per uniTersalem conciliationem ad singula refigiirabat ^ innocentiœ statum. »
LES POÈTES FBA5C. 5
6i SAINT FnANÇOIS.
que chez plusieurs saints, que ces âmes régénérées avaient ressaisi Tancicn empire de l'homme sur )a nature. Les Pères de la Thébaïde étaient servis par les corbeaux et les lions; saint Gall commandait aux ours des Alpes; quand saint Colomban traversait la forêt de Luxeuil, les oiseaux qu'il appelait venaient se joœr avec lui, et les 03ure ils descendaient des arbres pour se poser sur sa main. La vie de saint François est pleine de semblables faits attestés par témoins oculaires, et qu'il faut bien admettre, soit qu'on les explique par cette puissance de l'amour qui tôt ou tai*d commande et obtient l'amour^ soit plutôt qu'en présence des serviteurs de Dieu les animaux n'éprouvent plus cette horreur instinctive que notre corruption et notre dureté leur inspirent. Lorsque le pénitent d'Assise, tout abîmé de jeûnes et de veilles, quittait sa cellule et se montrait dans les campagnes de l'Ombrie, il semble que sur cette figure amaigrie, où il n'y avait presque plus rien de terrestre, les animaux ne voyaient plus que l'empreinte divine, el ils entouraient le saint pour l'admirer et le servir. Les lièvres et les faisans se réfugiaient dans les plis de sa robe. S'il passait près d'un pâturage, et que, suivant sa coutume, il saluât les brebis du nom de sœurs, on dit qu'elles levaient la tête et couraient après lui, laissant les bergers stupéfaits. Lui-même, sevré depuis si longtemps des jouissances des hommes, prenait un doux plaisir à ces fêtes que lui faisaient les bêtes des champs. Un jour qu'il était monté au mont Alvernia pour y prier, un grand nombre d'oi-
seaux Tenvironnèrent avec des cris joyeux, et ballant des ailes comme pour le féliciter de sa venue. x\lors le saint dit à son compagnon : « Je vois qu'il est de la volonté divine que nous séjournions ici quelque peu^ tant nos frères les petits oiseaux semblent consolés de noîre présence. » Je ne finirais pas, si je voulais répéter d'un bout à Fautre les naïfs récits des contemporains; mais je ne puis me défendre de citer un dernier exemple, où éclate particulièrement cette faculté poétique qu'avait saint François d'animer, de transfigurer toutes choses, et de les mettre en scène. Comme il commençait le cours de ses prédications, il arriva qu'en traversant la vallée de Spolète, non loin de Bevagna, il passa par un lieu où il y avait une grande multitude d'oiseaux, et surtout de moineaux, de corneilles et de colombes. Ce qu'ayant vu le bienheureux serviteur do Dieu^ à cause de l'amour qu'il portait même aux créatures dépourvues de raison, il courut à cet endroit, laissant pour un moment ses compagnons sur le chemin. Or, à mesure qu'il s'approchait, il vit que les oiseaux l'attendaient, et il les salua, selon son usage. Mais, admirant qu'ils ne se fussent point enfuis à sa vue, il fut rempli de joie, et les pria humblement d'écouter la parole de Dieu. Et il leur dit : c< Mes frères les pelits oiseaux, vous devez singulièrement louer volrc Créateur et l'aimer toujours; car il vous a donné des plumes pour vous couyrir, des ailes pour voler, et tout ce qui vous est nécessaire. Il vous a faits nobles entre tous les ouvrages de ses mains, et vous a choisi une
demeure dans la pure région de l'air. Et sans que vous ayez besoin de semer ni de moissonner, sans vous laisser aucune sollicitude, il vous nourrit et vous gouverne. » A ces motS; selon ce qu'il rapporta lui-même et ce qu'affirmèrent ses compagnons, les oiseaux, se redressant à leur manière, commencèrent à battre des ailes. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait et venait, et les effleurait du bord de sa robe. Enfin il les bénit, et, faisant sur eux le signe de la croix, il leur permit de s'envoler. Après quoi le bienheureux Père s'en alla avec ses disciples, pénétré de consolation. Mais, comme il était parfaitement simple, par l'effet, non de la nature, mais de la grâce, il commença à s'accuser de négligence pour n'avoir pas prêché aux oiseaux jusqu'à ce jour, puisqu'ils écoutaient la parole de Dieu avec tant de respect (1).
Il ne faut pas trop mépriser ce qu'on peut trouver de puéril dans celle amitié de saint François pour les agneaux et les colombes : on y reconnaît la même passion qui le porlait vers tout ce qui était pauvre, faible et petit. D'ailleurs cet excès d'amour avait son utilité, dans un pays où l'on ne sut pas assez aimer, dans cette Italie du moyen âge qui pécha, qui se perdit par l'excès, par l'opinâlreté des haines, par la guerre de tous
(1) Saint Bonavcnture, VU, VIII, IX, XII; Thomas de Celano, VU : « Cum csset autem simples gratia, non natura, cœpit se ncgligenti» încusare, quod ohm non prœdicaTcrit avibus, postquam audierant cum tanti revercnlia verbum Dei. » Cf. Vita sancti Galliy Vita sancti Columhanit auctcrc Jona Bobbiensi, apud Pertz, Monumenta Germanise historica, lom. n.
contre tous. Rien n'était d'un plus grand exemple que cette horreur de la destruction, poussée jusqu'à écarter les i^ers du chemin, jusqu'à sauver les brebis de la boucherie, dans un temps qui supportait les cruautés de Frédéric II et de son lieutenant Eccelin le Féroce, qui devait voir le supplice dTgolin et les Vêpres siciliennes. Cet homme, assez simple pour prêcher aux fleurs et aux oiseaux, évangélisait aussi les villes guelfes et gibelines ; il convoquait les citoyens sur les places publiques de Padoue, de Brescia, de Crémone, de Bologne, et commençait son discours en leur souhaitant la paix. Puis il les exhortait à éteindre les inimitiés, à conclure des traités de réconciliation. Et, selon le témoignage des chroniques du temps, beaucoup de ceux qui avaient eu la paix en horreur s'embrassaient en détestant le sang versé. C'est ainsi que saint François d'Assise paraît comme l'Orphée du moyen âge , domptant la férocité des bêtes et la dureté des hommes ; et je ne m'étonne pas que sa voix ait touché les loups de l'Apennin, si elle désarma les vengeances italiennes, qui ne pardonnèrent jamais.
Un cœur si passionné ne se déchargeait pas assez par la prédication. La prédication ne sort pas de la proise, et l'a prose, si éloquente qu'elle devienne, n'est, après tout, que le langage de la raison. Quand la raison a produit sous une forme exacte et lumineuse la vérité qu'elle conçoit, elle demeuré satisfaite; mais l'amour ne se contente pas si facilement : il faui qu'il reproduise les beautés dont il est touché, dans un langage
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qui émeute et qui ravisse. L'amour est inquiet : rien ne le satisfait; mois aussi ri^i ne lui coûte. Il ajoute à la parole, il lui donne» l'essor poétique, il lui prête le rhjthmc et le chant, comme deux ailes. Saint François voyait la poésie honorée par l'Ëglise, qui lui donne la première place dans son culte, dans le chœur même de ses basiliques et au pied de Tautel, tandis que l'éloquence reste dans la chaire, plus près de la pwte et de la foule. Lui-même éprouvait l'impuissance de la parole ordinaire pour rendre tout ce qui remuait son âme. Quand le nom du Sauveur Jésus venait sur ses lèvres, il ne pouvait passer outre, et sa voix s'altérait, . selon Tadmirable expression de saint Bonaventure^ comme s'il eût entendu une mélodie intérieure dont il aurait voulu ressaisir les notes. Il fallait cependant qae cette mélodie dont il était poursuivi finit par éclater dans un chant nouveau, et voici en effet ce que rapportent les historiens :
£n la dix-huitième année de sa pénitence, le serviteur de Dieu, ayant passé quarante nuits dans les veilles, eut une extase, à la suite de laquelle il ordonna à Frère Léonard de prendre une plume. et d'écrire. Alors il entonna le Cantique du Soleil. Et, après qu'il l'eut improvisé, il chargea le Frère Pacifique, qui dans le siècle avait été poète, de réduire les paroles à un rhythme plus exact, et il ordonna que les Frères les apprissent par cœur pour les réciter chaque jour (1). Les paroles du cantique étaient celles-ci :
(1) Wadding, Annales, ad annum 1224 ; Bartholomanis Fisisiiitts, Utèr
« Très-haut, tout-puissant et bon Seigneur, à vous « appartiennent les louanges, la gloire et toute bénéce diction. On ne les doit qu'à vous, et nul homme n'est « digne de vous nommer.
« Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes « les créatures,; et singulièrement pour notre frère « messire le soleil, qui nous donne le jour et la lumière ! a 11 est beau et rayonnant d'une grande splendeur, et il « rend témoignage de vous, ô mon Dieu I
a fx)ué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre sœur ce la lune et pour les étoiles! Vous les avez formées a dans les cieux, claires et belles.
« Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour mon frère « le vent, pour l'air et le nuage, et la sérénité et tous u les temps, quels qu'ils soient ! car c^est par eux que a vous soutenez toutes les créatures.
« Loué soit mon Seigneur pour noire sœur l'eau, qui <( est très-utile, humble, précieuse et chasle 1
c< Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre frère « le feu ! Par lui vous illuminez la nuit; il est beau et « agréable à voir, indomptable et fort.
ce Loué soit mon Seigneur, pour notre mère la terre, (c qui nous soutient, nous nourrit, et qui produit toute c< sorle de fruits, les fleurs diaprées et les herbes ! »
Peu de jours après, une grande dispute s'éleva entre
lonformitaturriy pars U, fol. 2; édition de Milan, 15i0. Il y a sur Tauthenticité des poésies de saint François une dissertation du P. Aflb, citcc par Tiraboschii mais qu'ail m'a été impossible de consulter.
l'évêque d'Assise et les magistrats de la cite. L'évéque fulmina l'interdit^ les magistrats mirent le prélat hors la loi; et défendirent tout commerce avec lui et les siens. Le saint, afQigé d'une telle discorde, se plaignait de ne voir personne qui s'entremit pour rétablir la paix. Il ajouta donc a son cantique le verset suivant :
a Loué soyez-vous, mon Seigneur, à cause de ceux a qui pardonnent pour Famour de vous, et qui soua tiennent patiemment l'infirmité et la tribulation ! a Heureux ceux qui persévéreront dans la paix ! car
« c'est le Très-Haut qui les couronnera. »
Puis il ordonna que ses disciples iraient hardiment trouver les principaux de la ville, qu'ils les prieraient de se rendre devant l'évêque, et qu'arrivés là ils chanteraient à deux chœurs le verset nouveau. Les disciples obéirent, et au chant de ces paroles, auxquelles Dieu semblait prêter une vertu secrète, les adversaires s'embrassèrent avec repentir, et se demandèrent pardon.
Ensuite, ayant été conduit à Foligno pour y rétablir par le changement d'air sa santé altérée, il éprouva quelque adoucissement de ses douleurs. Mais bientôt il apprit par révélation qu'il souffrirait encore deux ans, après quoi il entrerait en possession du repos éternel; et, ravi de joie, il composa le verset suivant, par lequel il termina le cantique :
a Soyez loué^ mon Seigneur, à cause de notre sœur
« la mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut « échapper ! Malheur h celui qui meurt en péché morte tel ! Heureux ceux qui à l'heure de la mort se trou- « vent conformes à vos très-saintes volontés! car la « seconde mort ne pourra leur nuire.
« Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâces, « et servez-le avec une grande humilité (1). »
Le Cantique du Soleil est cité pour la première fois par Barthélémy de Pise, dans un livre écrit en 1585, cent soixante ans après la mort du saint, et cependant on ne peut en contester Tauthenticité. Cette façon de composer peu à peu, selon l'inspiration du cœur et le besoin du moment, rapelle tout a fait la manière des grands poètes, comme Dante, comme Camoëns, portant dans leurs voyages et leurs exils l'œuvre qu'ils avaient conçue, et y ajoutant au jour le jour l'expression toute brûlante de leurs douleurs ou de leurs espérances. Le poëme de saint François est bien court, et cependant on y trouve toute son âme : sa fraternelle amitié pour les créatures; la charité qui poussait cet homme humble et timide à travers les querelles publiques; cet amour infini qui, après avoir cherché Dieu dans la na-
(1) Le texte da poëme présente une sorte de prose rimée qu'on peut écrire ainsi :
Altissimo, omnipolente, bon Signore :
Tue son le laude, la gloria, lo honore;
B ogni benedidione...
Laudato sia mio Signore pcr 8uora luna, e per le stclle,
11 quale in cielo le bai formate chiare c belle...
lure et l'avoir servi dans Thunianité souffrante, n'aspirait plus qu'à le trouver clans la mort. On y sent comme un souille de ce paradis terrestre de TOmbrie, où le ciel est si doré et la terre si chargée de fleurs. Le langage a toute la naïveté d'un idiome naissant; le rhytlimé, toute l'inexpérience d'une poésie peu exercée, et qui contente à peu de frais des oreilles encore indulgentes. Quelquefois la rime est remplacée par l'assonance, quelquefois elle ne se montre qu'au milieu et à la fin du verset. Les délicats auront quelque peine à y^reconnaitre les conditions régulières d'une compo* sition lyrique. Ce n'est qu'un cri; mais c'est le premier, cri d'une poésie naissante, qui grandira et qui saura se faire entendre de toute la terre.
Tel n'est plus le caractère d'un autre poëme cité par saint Bernardin de Sienne, et qu'il attribue à saint François. Bernardin, postérieur d'un siècle au saint fondateur, mais enrôlé dès sa jeunesse dans la famille franciscaine, peut être reçu comme un fidèle interprète des traditions qu'elle avait conservées. Cet ouvrage, divisé en dix strophes de sept vers chacune, d'une construction très-simple, avec un nombre régulier de syllabes et de rimes généralement correctes, trahit bien le travail d'une main habile, peut-être d'un disciple chargé de retoucher l'improvisation du maître. Mais au fond on y retrouve encore toute la hardiesse du génie de saint François, toute la précision de son langage, enfin toute l'impression du grand événement qui marqua sa personne du sceau miraculeux. Je veux parler
lie cette extase où le serviteur de Dieu, en prières sur le mont Âlvernia, vit yenir à lui du haut du ciel une figure ailée de six ailes et attachée à une croix. Et, comme dans cette contemplation il ressentait une consolation inexprimable, mêlée d'une douleur extrême, il se trouva que ses mains et ses pieds étaient percés de clous, dont on touchait la tête ronde et noire et la pointe recourbée. Ceux qui n'admettent rien de surnaturel dans l'histoire peuvent nier ce fait; ils ne peuvent effacer les dépositions des témoins innombrables qui l'attestèrent juridiquement, ni briser les tableaux de Giotto qui en conservent le souvenir, ni déchirer le poëme qu'on va lire, et qui semble écrit dans le feu des ravissements divins (1).
« L'amour m'a mis dans la fournaise, l'amour m'a <c mis dans la fournaise; il m'a mis dans une fournaise « d'amour.
« Mon nouvel époux, Famoureux Agneau, m'a remis a l'anneau nuptial; puis, m' ayant jeté en prison, il « m'a frappé d'une lame, il m'a fendu tout le cœur.
« Il m'a fendu le cœur, et mon corps est tombé à « terre. Ces flèches que décoche l'arbalète de l'amour « m'ont frappé en m'embrasant. De la paix il a fait la « guerre; je me meurs de douceur.
c< Je me meurs de douceur. Ne vous en étonnez pas.
(1) Saint Bernardin, OpcrUy t. IV, sermon 4. Cf. Boîlând, t. II, oct., p. 1005.
76 SAI5T FRAZJÇOI?.
c< Ces coups me sont portés par une lance amooreose. a Le fer est long et large de cent brasses, sachez-le : a il m'a traversé de part en part.
<i Puis les traits pleuvaient si serrés que j'en étais c< tout agonisant. Alors je pris un bouclier; mais les a coups se pressèrent si bien, qu'il ne me protégea « plus; ils me brisèrent tout le corps, si fort était le c< bras qui les dardait.
« Il les dardait si forlement, que je désespérai de les a parer; et pour échapper à la mort je criai de toute « ma force : a Tu forfais aux lois du champ clos. »Mais a lui dressa une machine de guerre qui m'accabla de a nouveaux coups.
« Les traits qu'il lançait étaient des pierres garnies « de plomb; dont chacune pesait bien mille livres; il c( les lançait en grêle si épaisse, que je ne pouvais les a compter. Aucune d'elles ne me manquait.
a Jamais il ne m'eût manqué^ tant il savait tirer c< juste. J'étais couché à terre, sans pouvoir m'aider de « mes membres. J'avais le corps tout rompu, et sans « plus de sentiment qu'un homme trépassé,
« Trépassé, non par mort véritable, mais par excès « de joie. Puiis, reprenant possession de mon corps, « je me sentis si fort, que je pus suivre les guides qui « me conduisaient à la cour du ciel.
<c Après être revenu à moi, aussitôt je m'armai: je « fis la guerre au Chrîsi; je chevauchai sur son terrain, « et l'ayant rencontré, j'en vins aux mains sans re- « tard, et je me vengeai de lui.
ce Quand je fus vengé, je fis avec lui un pacte; car « dès le commencement le Christ m'avait aimé d'un « amour véritable. Maintenant mon cœur est devenu « capable des consolations du Christ.
« L'amour m'a mis dans la fournaise, l'amour m'a c< mis dans la fournaise; il m'a mis dans la fournaise « d'amour (1). »
Assurément, ce qui se passa entre Dieu et saint François sur le mont Alvernia ne pouvait pas se traduire dans le langage des hommes. Mais quand le saint, descendant de ce nouveau Sinaï, laissait éclater ses transports dans un chant lyrique, il ne faut pas s'étonner d'y revoir le tour habituel de son esprit et les riches couleurs de son imagination. On reconnaît l'aventureux jeune homme d'Assise, celui qui renonça au service de Gauthier de Brienne pour devenir le chevalier errant de l'amour divin ; on le reconnaît bien quand il représente son extase comme un assaut d'armes, et ses élans vers le ciel comme une chevauchée sur la terre du Christ.
Saint Bernardin de Sienne cite un dernier cantique bien plus considérable, et composé de trois cent soixantedeux vers, mais qui se divise en strophes de dix vers chacune, avec des rimes industrieusement combinées.
[1] In foco Tamor mi mise.
On trouve ce poëme parmi les œuvres de Jacopone de Todi (lib. VII, c. vi) ; mais je ne vois pas, dans le texte même, de motifs suffisants pour contredire la tradition qui Fattribue à saint François.
Ce sont déjà les indices d'une origine plus modernO; e( je trouve, en effet, le même poëme attribué au bienheureux Jacopone de Todi, mort en 1306, au moment où la poésie italienne, échauffée au soleil du treizième siècle, avait déjà des fruits mûrs. D'ailleurs, je ne remarque plus ici la brièveté et la simplicité qui font le cachet des œuvres de saint François. Seulement, pour concilier toutes les traditions, on peut admettre que le bienheureux pénitent de Todi paraphrasa, avec son abondance naturelle et avec la subtilité de son temps, une pensée simple et grande qu*il empruntait à quelque vieux cantique de saint François, comme les disciples d'un musicien reproduisent dans une suite de variations le motif donné par le maili'e. En poussant plus loin cette conjecture, on pourrait retrouver le thème primitif dans le dialogue suivant, que je détache du poëme (1).
L'Ame ou François .
ft Que nul donc ne me reprenne, si l'amour me fait « aller semblable à un fou ! Il n'y a plus de cœur qui « se défende, qui échappe à un tel amour... Car le ciel « et la terre me crient et me répètent hautement, et
(1) Saint Bernardin, Opéra, t. IV, sennon 16. Jacopone, 1. VI, c. xvi. Il s'agit du cantique qui commence criées termes :
Amor de cantate Perché m' bai si l'criio?
Lo cor tulle parlito, E arde per amore.
SAINT FRANÇOIS. n
« tous les êtres que je dois aimer me disent : Aimi^ « Famour, qui nous a faits pour t'attîrer à lui...»