LE CALENDRIER DES ANGLO-SAXONS
FRAGMENT d'uN TRAITÉ DE BEDE SUR LE CALCUL DES TEMPS (i).
« Les anciens Anglo-Saxons (car il ne me semble point convenable de faire connaître le calendrier des autres peuples, et de passer sous silence celui de ma nation) mesuraient leurs mois sur le cours de la l'une ; d'où vient que, chez eux, la lune nommait le mois, comme chez les Hébreux et les Grecs. En effet, dans leur langue la lune est appelée mowa, et le mois monath. Et leur premier mois, celui que les Latins nomment janvier, s'appelle guili ; février, sol monath; mars, rhed monath; avril, eostur monath; mai, trimilchi; juin, lida; juillet, lida; août, weid monath; septembre, haleg monath; octohre, wuyntyt fyllyth; novembre, blot monath; décembre, guiliy du même nom que janvier. Or iK commençaient Fannée'Té huitième jour avant les calendes, où nous célébrons maintenant la Nativité du Seigneur ; et la même nuit, qui est sainte pour nous, était appelée d'un nom païen msddrenech, c'est-à-dire la mère des nuits, probablement à cause des cérémonies qu'on y célébrait pendant la veille sacrée. Et, toutes les fois que Tannée était commune, ils donnaient à chaque saison trois mois. Mais quand il y avait lieu à rintercalation, c'est-à-dire à une année de treize mois lunaires, ils ajoutaient le mois excédant à Tété; en sorte qu'alors trois prenaient le nom de lida, et, par cette raison, Tannée s'appelait trilidi, avec quatre mois d'été et trois mois pour chacune des autres saisons. Ils faisaient aussi deux grandes divisions de
(i) Beda praesbyter, de Ratione temponim, cap. 13.
toute rannée entre Thiver et ]*été, attribuant à Tété les six mois où les jours sont plus longs que les nuits, et les six autres à rhiver ; d'où vient que le mois où commençait le temps d'hiver était appelé umyntyr fyllyth, d'un nom composé de celui de Thiver et de celui de la pleine lune, parce que Thiver commençait à la pleine lune de ce mois. Il n*est pas non plus hors de propos . d'expliquer la signification des noms qu'on donnait aux autres mois. Les deux appelés guili tirent leur nom du retour du soleil et de la croissance des jours, que l'un de ces mois précède, et que l'autre suit. Sol nwnath peut se traduire le mois des gâteaux sacrés, parce qu'alors ils en offraient à leurs dieux. Rhed nwnath était le nom de leur déesse Rheda, à qui ils faisaient alors des sacrifices. Eostur monath, qu'on appelle aujourd'hui le mois pascal, était ainsi nommé de leur déesse Êostre, dont ils célébraient alors la fête. Ils ont conservé la même dénomination au temps de Pâques, désignant ainsi par le nom d'une observance antique les joies d'une solennité nouvelle. Trimilchi se nommait ainsi parce que dans ce mois on avait coutume de traire les troupeaux trois fois par jour; car telle était autrefois la fécondité des pâturages en Bretagne ou en Germanie, d'où sortit le peuple des Anglo-Saxons. Lida signifie clément ou navigable, parce que dans ces deux mois le ciel est clément et serein, et que c'est le temps ordinaire de la navigation. Weid monath est le mois de l'ivraie, parce que c'est alors surtout qu'elle foisonne. Haleg monath était le mois des cérémonies sacrées. Wuyntyr fyUyth désignait, d'un nom composé, la pleine lune et l'hiver. Blot monath signifiait le mois des immolations, parce qu'alors ils égorgeaient les victimes vouées à leurs dieux. Grâces vous soient rendues, d bon Jésus, qui, nous retirant de ces vaines superstitions, nous avez donné de vous offrir des sacrifices de louanges! »
ALPHABET RUiNlQUE SCANDINAVE.
Rien ne prouve mieux la communauté des traditions du Nord que la comparaison du poëme anglo-saxon sur Talphabet runique, dont j'ai donné la traduction, avec le chant Scandinave qu'on va lire, où les mêmes lettres se reproduisent dans le même ordre, accompagnées des mêmes interprétations et souvent des mêmes sentences. Seulement chaque strophe se compose ici de deux vers rimes, liés entre eux par la consonance et non par le sens. Les retouches chrétiennes s'y font mieux sentir, sans effacer cependant les allusions mythologiques obscures maintenant, mais qui avaient alors leur commentaire dans la tradition.
P. Fe, l'argent . L'argent allume la discorde entre les hommes
du même sang. — Le loup se nourrit dans les bois.
V. r/r, Tétincelle. L'étincelle jaillit du fer embrasé. — Souvent le patin se hâte sur la neige durcie.
Th. ThusSy géant. Le géant fait la terreur des femmes. — Per-
sonne ne se réjouit de Tiniinitié.
0. Os y rentrée. L'entrée du port pour les Toyageurs ; — Tenlrée
du fourreau pour Tépée.
B./{ûfr, la chevauchée. La chevauchée est le pire moment des chevaux.
— Bflgfn est le plus prompt des glaives.
K. Kaun, la peste. La peste prend le frère avec la sœur. — Le malheur met le plus fort au tombeau.
H. Hagl, la grêle. La grêle est la plus froide des graines. — Le Christ créa le vieux monde.
N. Naudj pauvreté. Pauvreté fait maigre chère. — Celui qui est nu a froid au temps de la gelée.
L Is, la glace. La glace est le plus large des ponts. — L'aveu-
gle a besoin d'être conduit.
A. Ar, Tannée. L'année abondante est le bonheur des hommes.
— J'entends dire que le roi Frode était libéral. L 28
45é NOTES
S. Sol y le soleil. Le soleil est le flambeau de la terre. — Je me
soiimet'i à Toracle saint.
T . Tt/r, le dieu Tyr. Tyr est le dieu manchot panni les Ases. — Le forgeron commence ordinairement par souffler.
B.BwtrA'flM, le bouleau. Le bouleau est Tarbre à la feuille verte. — Loki
porta le mensonge au milieu du bonheur des
dieux.
L. Laiigr, Teau. L'eau t(»mbe des montagnes. — L'or est un bien
précieux.
, M. Madr, Thomme. L'homme est Taccroissement de la teiTe. —
Grande est la serre de réperrier.
Y. Yr, Tare. L'arc est aussi flexible en été qu'«n hiver. — Oh
la maison brûle, là est le deuil.