U CIT. AU ¥* SIÈCLE. II
traditions de la Thébaïde, puis dans l'île Barbe, près de Lyon, tandis que Vitricius peuplait de moines les dunes et les sables de la Flandre. Dès le commencement du cinquième siècle, je vois toutes les frontières que les milices romaines avaient abandonnées, et que menaçait la barbarie, je les vois gardées par les colonies d'une autre milice, d'une autre Rome, par des colonies qui arrêteront les barbares, les retiendront, les fixeront, et c'était beaucoup pour commencer à les civiliser.
Je finis en constatant que ce qui sépare le monachisme du monde romain, cette société nouvelle de la société ancienne, ce sont ces trois choses : la pauvreté, au milieu d*une société qui meurt de son opulence ; la chasteté, au milieu d'une société qui expire d'orgies; l'obéissance, au milieu d'une société qui périt de désordre. Voilà ce qui fait la puissance du monachisme vis-à-vis de la société romaine.
Ce qui fait la différence de l'ascétisme chrétien avec l'ascétisme indien, c'est quelque chose de plus profond. Les ascètes païens étaient chastes, pauvres, disciplinés; mais il y a deux choses qu'ils ne connaissaient pas et que les ascètes chrétiens connaissent : le travail et la prière. Le travail, car les ascètes de l'Inde ne travaillent pas, ils demeurent immobiles; s'ils occupaient leurs mains, ils troubleraient leur contemplation. Au contraire, les ascètes chrétiens travaillent dès mains ou de l'esprit : dans les solitudes de la Thébaïde, il y avait des forgerons, des charpentiers, des corroyeurs et même
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des coDStracteurs de navires; dans les monastères d'Occident, c'est le travail d'esprit qui domine. Saint Augustin l'établit en Afrique, il fleurit à Ligugé, Vérins, et il s'étend partout : c'est dans ces monastères <}ue les lettres ont un sûr asile. Travailler, non pour soimême, ni pour ses enfants, ni pour sa femme, mais travailler d'un travail persévérant pour une communauté, c'est un effort qu'on ne peut demander facilement à la nature humaine. Les fondateurs de la vie spirituelle n'avaient demandé ces grands sacrifices, cette abnégation de tous les jours, qu'au nom de l'amour. Ils n'avaient jamais cru qu'on pût réunir des hommes nuit et jour dans la gêne perpétuelle d'uil voisinage qui sans cesse froisse et mortifie, qu'on pût les forcer à s'oublier eux-mêmes ; ils n'avaient pas cru que ce prodige pût se faire au nom de l'orgueil qui veut commander, ni avec le sensualisme qui veut jouir. 11 faut pour cela un degré d'abnégation auquel on ne peut arriver que par l'humilité et par la charité, et voilà ce que les ascètes chrétiens trouvaient dans la prière. Les Indiens, les sages du paganisme ne priaient pas; les anachorètes de l'Inde ne prient pas, ils contemplent, ils sont absorbés; ils ont Dieu en eux, ils sont dieux eux-mêmes, pourquoi donc prieraient-ils? L'anachorète chrétien prie parce qu'il reconnaît quelque chose de plus grand, de plus fort que lui ; il prie parce qu'il aime, parce qu'il aspire à une vie meilleure, parce qu'il aspire à Dieu. L'anachorète chrétien ne méprise pas ses semblables, il les aime passionnément
Vous ayez cru qu'au moment où il laissait derrière lui son vieux père, sa vieille mère en pleurs, vous avez cru qu'il allait les oublier, qu'il allait oublier tous les hommes : non, il retrouvera son père, sa mère, tous les hommes, il les retrouvera à toutes les heures, tous les jours et toutes les nuits dans la contemplation, dans Tamour, dans l'entretien de ce Dieu auquel il va, et la prière même ne sera qu'une autre manière de servir les hommes et de coopérer à l'œuvre de purification et de sanctification de l'Église.
EXTRAITS DES NOTES DE LA LEÇON
Le concile s'ouvre le 8 août 451 sous de fâcheux auspices ; Dioscore le préside. Il y conduit ses partisans. Les évêques accusateurs d'Eulychès ne siègent pas comme juges. On ne compte que cent trente votants. — Le moine Barsumas. — Au lieu des lettres du pape^ on lit celles de l'empereur qui appellent une répression sévère contre les nestoriens cachés. — Eutychès est introduit, et présente son apologie. On n'accorde pas la
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parole à son accusateur principal, et les eutychéens veulent le jeter au feu. Eutychès est absous au bruit (les soldats et des moines qui environnent l'église. — Dioscore propose la déposition de Flavien. Onésiphore, évêque d'Icône, et plusieurs autres embrassent les genoux du patriarche. Il se lève de son trône, protestant qu'il ne cédera pas : a Qu'on fasse entrer les comtes, » dit-il, et avec eux entrèrent les soldats avec des épées et des chaînes. Alors les évêques donnèrent leurs blancs seings; un petit nombre refusèrent et furent exilés. Flavien en appela. Les légats protestèrent, et bientôt après Léon et le concile de Rome anathématisaient le brigandage d'Éphèse.