‹ La civilisation chrâetienne (volume 2)Chapitre 34 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les sciences mathématiques et les sciences expérimentales.

L'Eglise se livre avant tout à l'étude de la théologie et de la philosophie. Elle préfère les sommets qui la rapprochent du ciel, la véritable patrie des âmes ; mais elle a montré aussi, à toutes les époques, une prédilection marquée pour l'étude des mathématiques. Il est facile d'en saisir les raisons. Les mathématiques avec leurs axiomes fondamentaux, avec leur méthode à la fois déductive et inductive, avec leurs procédés rigoureux, se lient étroitement à la philosophie, et, suivant la pensée d'un écrivain moderne, « sans les mathématiques, on ne pénètre point au fond de la philosophie ; sans la philosophie on ne pénètre point au fond des mathématiques ; sans les deux, on ne pénètre au fond de rien (1). »

De plus les mathématiques initient à la connaissance du plan divin où tout est calculé avec « poids » et « mesure », où tout est exécuté d'après les formes immuables de l'intelligence créatrice. C'est ce qui faisait dire à Kepler : « La géométrie, antérieure au

(1) Bordas-Dumoulin.

SCIENCES MATHÉMATIQUES ET SCIENCES EXPÉRIMENTALES Oi>

monde, coéternelle à Dieu, a donné les formes de toute la création et a passé dans l'homme avec l'image de Dieu. »

Aussi, depuis l'origine du Christianisme, des savants distingués qui comptent à leur tête Boèce, Gerbert, Albert le Grand, Roger Bacon, Stoeffler (1) et tant d'autres, ont consacré une part notable de leur existence à L'étude des sciences exactes ; encouragés, soutenus par les papes, les Clément IV, les Pie II, les Paul II, les Sixte IV, attirés à la cour des empereurs et des rois chrétiens, ils ont composé des ouvrages précieux qui attestent et rétendue de leur savoir et la perspicacité de leur esprit. Leurs patientes investigations sur le cycle liturgique ont permis à Grégoire XIII de donner au grand Calendrier romain sa forme à peu près définitive; leurs systèmes planétaires, souvent conçus avec hardiesse, ont servi de guides à Copernic, à Tycho- Brahé, à Kepler et à Newton. Si plusieurs maîtres enseignent, après Ptolémée, que la terre demeure immobile au centre des mondes ; d'autres, frayant la voie à Galilée, attribuent à notre planète un mouvement rotatoire autour du soleil. Les grands problèmes que soulève l'application des mathématiques à l'évolution et à l'influence des astres, sont presque tous agités, sinon résolus, et les chercheurs infatigables dont s'honorent toujours les centres intellectuels de l'Europe ne sont point de vulgaires « astrologues », comme l'ignorance et la passion s'obstinent à le répéter. L'astrologie est une importation mahométane et juive.

Le progrès des sciences exactes se révèle plus encore dans l'art de construire. Nos édifices religieux, ces précieux joyaux de la civilisation chrétienne, ne sont-ils pas des défis jetés aux

(1) Stoeffler, astronome wurtemburgeois, vécut de 1452 a 1531.

94 l'église et le progrès scientifique

plus habiles calculateurs et ne témoignent-ils pas hautement en faveur des architectes dont le savoir n'est surpassé que par la modestie? « Si quelqu'un, dit Paul Lacroix (1), mettait en doute le degré d'avancement que les sciences exactes avaient atteint au Moyen Age, il suffirait de lui montrer une basilique romane ou une cathédrale gothique. En effet, quelle immensité, quelle profondeur de calcul mathématique, quelles connaissances en géométrie, en statique et en optique, quelle expérience et quelle habileté dans l'exécution il a fallu aux architectes et aux conducteurs des travaux, pour tailler, découper, ajuster les pierres, pour les élever à des hauteurs considérables, pour construire des tours énormes et des clochers gigantesques, pour multiplier les voûtes, les unes lourdes et massives, les autres légères et hardies, pour combiner et neutraliser la poussée de ces voûtes qui s'entre-croisent et qui se cachent sous les arceaux jusqu'au sommet de l'édifice, où la science la plus compliquée semble avoir voulu se mettre humblement au service de l'art, sans gêner son essor, sans lui imposer aucun obstacle ! »

Dans les temps modernes, l'Eglise a favorisé avec le même .zèle l'étude des sciences exactes, et partout, sur la surface du globe, elle a compté et compte toujours des savants de premier ordre, qui, en gagnant de nouvelles provinces à Jésus- Christ, étendent les limites de la civilisation. Le P. Secchi, armé du spectroscope, analyse la composition de trois mille étoiles pour appuyer sa théorie sur l'unité de la matière cosmique. En ce moment, Léon XIII, marchant sur les traces glorieuses de ses prédécesseurs, complète l'observatoire grégorien du Vatican et y fait installer un « instrument équatorial

(1) Sciences et Lettres au Moyen Age; édit. 1877, p. 87.

pour recevoir les images photographiques des astres. » Il charge, en même temps, une société d'hommes « experts et compétents » de travailler à l'exécution de son entreprise, sous la direction du célèbre barnabite, le P. François Denza (1). Ces faits, dont nous sommes témoins, sont trop évidents pour qu'il soit utile d'insister. Ajoutons cependant une réflexion.

Au point de vue du vrai progrès, aucune comparaison sérieuse ne peut s'établir entre le savant impie et l'homme religieux ; par exemple entre Lalande et Kepler. L'un, aux goûts bizarres, aux conceptions étroites, ne voit dans la mécanique céleste qu'un assemblage d'êtres matériels combinés suivant des lois dont l'auteur est inconnu; l'autre, aux aspirations plus élevées, aux horizons plus vastes, découvre dans l'agencement des nombres et des figures une intelligence infinie dont les perfections se ramènent à une parfaite unité et dont la beauté dépasse toute la délicatesse des lignes, toute la finesse des contours et tout l'éclat des formes les plus riches et les plus variées. Celui-là se glorifie devant Napoléon de son vulgaire athéisme et se permet des plaisanteries bouffonnes sur les vérités religieuses ; celui-ci rend grâces à Dieu des joies qu'il a souvent éprouvées dans les extases où l'a plongé la contemplation de l'univers (2).

Voici comment l'illustre Kepler termine son Harmonique du monde : « En quittant cette table, sur laquelle je viens de terminer mes démonstrations, je n'ai plus qu'à élever mes yeux et mes mains vers le ciel, pour adresser humblement au Père de toute lumière ma fervente prière :

« 0 vous donc, qui avez répandu sur la nature une lumière

(1) Motit proprio du 14 mars 1891.

(2) Kepler, Prodromus seu mysterium cosmographicum.

90 l'église et le progrès scientifique

éclatante, afin d'exciter en nous le désir de voir briller la lumière de votre grâce, pour parvenir ensuite aux splendeurs de la gloire, Seigneur, Dieu créateur, je vous rends grâces des joies que j'ai ressenties dans la contemplation de ce que vous avez fait, et des ravissements que m'ont procurés les œuvres de vos mains.

« Voilà que j'ai terminé cet ouvrage, auquel je me suis appliqué avec toutes les forces que vous avez données à mon intelligence. Je me suis efforcé de manifester la grandeur de vos œuvres à ceux qui me liront; et je l'ai fait dans la mesure où mon esprit borné pouvait embrasser l'infini de votre toutepuissance. J'ai pris soin de baser toutes mes démonstrations sur les principes les plus corrects de la philosophie ; mais, cependant, pauvre petit vermisseau que je suis, misérable créature conçue et nourrie dans les souillures du péché, s'il m'était arrivé de mal exposer les vérités que vous voulez porter à la connaissance de l'homme, et d'écrire quelque chose qui fût indigne de vous, ah! faites-le-moi connaître, afin que je puisse le corriger.

« Dans mon admiration pour la beauté de vos œuvres, peutêtre ai-je cédé aux entraînements d'une vaine présomption; avec la pensée d'élever un monument à votre gloire, peut-être ai-je recherché ma propre gloire dans l'estime des hommes. S'il en était ainsi, je vous en conjure, par votre douceur et votre miséricorde, pardonnez-moi!

« Enfin, mon Dieu, ne permettez pas que ce livre devienne jamais nuisible en aucune manière ; mais, au contraire, faites qu'il contribue à votre gloire et qu'il soit profitable au salut des âmes. » Que ce langage est noble, surtout si on le compare aux négations de l'athée !

L'Eglise attache une importance secondaire aux sciences de la

matière; niais les faits que nous venons de rapporter montrent qu'elle est loin de les mépriser. Il est faux que Jésus-Christ et ses disciples nous enseignent à mépriser le progrès matériel ; il est faux que le pontife romain soit l'ennemi de cette civilisation qui procure tant de bien-être à la société moderne. Voici, d'ailleurs, sur ce point, le témoignage le plus authentique et le plus solennel que nous puissions désirer. Léon XIII écrivait, à la veille de monter sur le siège de Pierre : « Galilée, à qui la philosophie expérimentale doit les plus grands progrès, arrive, à force d'études, à cette conclusion, que l'Ecriture sainte et la nature procèdent également de Dieu, celle-ci comme étant dictée par le Saint-Esprit, celle-là comme parfaite exécutrice de ses lois (1). »

Linnée s'exaltait tellement par l'étude de la nature, que les paroles sortaient de sa bouche sous la forme d'un hymne : « Le Dieu éternel, s'écrie-t-il, Dieu immense, omniscient, tout-puissant, s'est en quelque sorte manifesté à moi dans les œuvres de la création, et je suis demeuré saisi de stupeur. Dans toutes les productions de sa main, même dans les moindres, dans celles qui semblent comme nulles, quelle puissance, quelle sagesse et quelle inénarrable perfection ! Les services que ces œuvres nous rendent attestent la bonté de Celui qui les a faites; leur beauté et leur harmonie démontrent sa sagesse ; leur conservation et leur inépuisable fécondité proclament sa puissance (2). »

Fontenelle, en qui semblait s'être incarnée la science de son temps, ne pouvait s'empêcher de dire, au sein de cette France du xvmc siècle, déjà empoisonnée par le souffle de l'incrédulité : « L'importance de l'étude de la physique consiste moins à satisfaire notre curiosité, qu'à nous élever à une idée moins

(1) Galilée, Opère, t. XXIX.

(2) Linnée, Systema naturœ.

Ciyius. chrét. — *

98 l'église et le progrès scientifique

imparfaite de l'auteur de l'univers, et à raviver en notre esprit les sentiments d'admiration et de vénération qui lui sont dus. » Alexandre Volta, l'illustre inventeur de la pile, était sincèrement catholique, et, en des temps peu favorables à la foi, il se glorifiait de ne pas rougir de l'Evangile.

Faraday, le célèbre chimiste, trouvait dans la science, dont il était l'ardent propagateur, un véhicule pour arriver à Dieu ; les impies lui étaient insupportables (1). On pourrait facilement en compter bon nombre d'autres, tous semblables pour leurs sentiments religieux; mais cette énumération nous mènerait trop loin.

« Voilà donc ce que la science vraie et solide, d'où l'on tire ensuite tant d'utiles applications aux arts et à l'industrie, produit dans les âmes droites. Voilà aussi pourquoi aucun de ceux qui réfléchissent ne se laissera entraîner par des accusations lancées en l'air, et n'en viendra à croire que FEglise regarde avec suspicion l'étude de la nature, méprise ou hait les heureux résultats que le bien-être public retire de cette étude ; bien-être qui, sans constituer la partie principale de la civilisation, en est cependant un côté dont il faut grandement tenir compte. Non, vous le voyez, il n'y a aucun motif d'entreprendre une guerre contre la sainte Eglise, pour promouvoir les progrès de la civilisation ; celle-ci, au contraire, serait bien heureuse et en progrès continuel, si on ne cherchait pas à l'enlever des mains de cette bonne et tendre mère, pour la faire passer entre celles des hommes inhabiles qui la gouvernent assez mal pour soulever d'indignation tout cœur honnête (2). »

(1) Voir Eugène Alberi, il Prob. del dest. uni., appendice au liv. Ier.

(2) Cardinal Pecci, L'Eglise et la civilisation, 1877-1878. — Léon XIII a fait parvenir à S. Em. le cardinal Goossens, archevêque de Malines, une somme de 150.000 francs et il a accompagné cet envoi d'une lettre de laquelle nous extrayons ces belles paroles, nouvel encouragement pour toutes les entreprises de haut enseignement chrétien :

Le concile du Vatican souhaite, à son tour, que toutes les sciences fassent de merveilleux progrès, en chacun et en tous, durant le cours des âges et des siècles, pourvu qu'elles ne franchissent pas leurs limites respectives pour envahir et troubler le domaine de la foi (1). »

Il est faux également que l'on ait ignoré ou dédaigné la méthode inductive, avant la publication des ouvrages du chancelier Bacon ; il est faux que l'on se soit obstinément servi de la méthode a priori, même dans les sciences physiques et naturelles. Ce vieux mensonge historique ne trompe plus que les ignorants.

Saint Thomas, qui résume l'enseignement du Moyen Age, décrit avec précision les divers procédés de l'induction proprement dite. Il veut, par exemple, que, dans la botanique appliquée à la médecine, on multiplie les expériences avant de se prononcer sur la vertu curative de telle ou telle espèce de plante : « Un médecin, dit-il, a longtemps observé qu'une herbe a guéri de la fièvre, et Socrate, et Platon et beaucoup d'autres hommes; il en conclut, à la fin, que cette herbe a la propriété de guérir la fièvre, et il tire de là une règle générale pour la médecine (2). » Roger Bacon nous apprend, de son côté, qu'il y avait de son temps des hommes très versés dans l'art d'expérimenter. Ainsi

«• Il faut, dit Sa Sainteté, employer tous les moyens pour inculquer à l'esprit des jeunes gens les principes d'une saine philosophie et d'une science solide en vue d'éviter qu'ils ne soient entraînés par la contagion de l'erreur de toute part répandue. L'Eglise est faussement accusée aujourd'hui d'exécrer les clartés de la science et de propager les ténèbres de l'ignorance ; il est nécessaire, par conséquent, que les catholiques se fassent gloire de ne pas répudier les splendeurs du savoir véritable, mais de les rechercher. Loin de renverser les dogmes sacrés, elles leur accordent un merveilleux accroissement de lumière, puisque les unes et les autres dérivent du même Dieu auteur de la révélation et cause de l'Univers. »

(1) Constitution dogmatique, ch. ix.

(2) Post. Anal., 1. II, lect. 20.

100 l'église et le progrès scientifique

son précepteur « Maître Pierre » se plaisait dans la solitude, où il observait les phénomènes célestes et en recherchait les causes ; il inventait divers instruments, en particulier des armes et des machines de guerre ; il empruntait des observations utiles et des expériences ingénieuses à l'astrologie, à l'alchimie, aux sciences occultes ; enfin il occupait ses loisirs aux travaux d'arpentage, d'architecture et d'agronomie (1).

Ce maître fut dépassé par son disciple, Roger Bacon, surnommé le Docteur admirable à cause de sa science prodigieuse et de ses rares aptitudes. Celui-ci accordait à l'induction une large part dans la méthode, et, grâce à la sagesse de sa théorie et à la perspicacité de son intelligence, il a entrevu plusieurs des grandes découvertes modernes : « On peut, dit-il, faire jaillir du bronze des foudres plus redoutables que ceux de la nature ; une faible quantité de matière préparée produit une horrible explosion accompagnée d'une vive lumière. On peut multiplier ce phénomène jusqu'à détruire une ville et une armée. L'art peut construire des instruments tels, que les plus grands vaisseaux, gouvernés par un seul homme, parcourront les fleuves et les mers avec plus de rapidité que s'ils étaient remplis de rameurs. On peut aussi faire des chars qui, sans le secours d'aucun animal, courront avec une incommensurable vitesse (2). » En un mot, on peut dire aux détracteurs du Moyen Age ce que Thomas Bodley écrivait à François Bacon : « Permettez-moi de vous parler franchement : je ne puis comprendre vos plaintes. Vous reprochez à vos adversaires de négliger « lesexpériences », et partout, sur le globe entier, ils ne font que: des expériences (3). »

(1) Roger Bacon, Opus tertium et Opus minus.

(2) De secretis artis et naturœ. Ozanam, Dante et la philos., p., I, ch. il.

(3) Lettre du 17 févr. 1607.

Il n'est pas moins évident que les savants chrétiens ont, en général, une idée plus profonde et un sentiment plus vrai de l'univers que les savants incrédules. Les données que leur fournissent la foi et la raison affermissent et rectifient leur regard ; •elles leur permettent de saisir avec sûreté la nature et la portée des lois qui régissent la matière, d'écarter les hypothèses gratuites ou dangereuses dont l'athéisme se déclare l'ardent défenseur, de maintenir l'harmonie entre toutes les branches des connaissances humaines et d'éviter les empiétements qui se produisent toujours au détriment du progrès et de la civilisation. C'est là un point d'une extrême importance qu'il importe d'approfondir.

L'homme qui se soustrait volontairement à l'influence de la Révélation est toujours exclusif et borné dans ses aspirations et ses goûts ; la sphère où il se meut devient pour lui très étroite, parce que les sciences supérieures n'y projettent pas leur lumière et n'en reculent pas les horizons. C'est pourquoi le positiviste mérite à peine le nom de savant. Ses connaissances parfois très variées ne se rattachent à aucun principe rigoureux, ne s'enchaînent par aucun lien solide, n'aboutissent à aucune conclusion définitive ; il tombe de contradiction en contradiction ; ne voulant pas reconnaître l'action d'une cause première, éternelle, immuable, il professe hautement que tous les êtres sont soumis à une évolution inconsciente et spontanée; ne voulant pas, non plus, réduire le positivisme aux proportions mesquines d'une simple nomenclature de faits ou d'observations, il affirme que des « moteurs nécessaires et immobiles » régissent l'univers. Gardez-vous de lui demander quels sont ces moteurs ; il ne vous répondrait pas.

Le génie éclairé par les lumières de la révélation divine et

guidé par la saine raison pénètre plus avant dans les mystères de la nature. Personne n'a mieux saisi les lois de l'univers que saint Thomas d'Aquin. Ce modeste religieux, à la fois grand théologien et grand philosophe, a déduit du dogme de la création et de la théorie des idées une série de propositions qui servent de base à toutes les sciences physiques et naturelles. « Dieu, dit-il, a créé toutes choses d'après des types éternels et invariables ; c'est pourquoi les êtres demeurent stables dans leurs espèces, et, s'ils ne rencontrent des obstacles, ils agissent toujours suivant des modes uniformes (1). »

Pascal, « cet effrayant génie », comme parle Chateaubriand, fut vraiment un prodige, tant que sa foi ne sentit pas les atteintes de. l'hérésie malsaine et délétère du jansénisme. Jeune encore, sans le secours d'aucun livre, sans l'aide d'aucun maître, il reconstruisit l'œuvre d'Euclide et inventa la géométrie ; il démontra la pesanteur de l'air et devint avec Torricelli l'un des créateurs de la physique moderne.

Si les savants de notre époque avaient marché sur les traces de ces beaux modèles, au lieu de rompre avec les traditions du passé ; s'ils s'étaient efforcés de consommer l'alliance entre la foi et la raison, le progrès des sciences expérimentales aurait suivi son cours, nous serions en possession des mêmes découvertes et l'anarchie ne régnerait pas au sein du monde intellectuel.

Du reste, l'honneur de ces étonnantes découvertes, dont nous sommes si justement fiers, ne revient-il pas en bonne partie à la société chrétienne? A toutes les grandes époques de notre ère, ne voyons-nous pas dans nos rangs des inventeurs ingé-

(1) Somme théologique, p. I, q. xix, a. 4; et q. xli, a. 2.

Dieux qui s'occupent à fabriquer des instruments pour permettre à l'homme d'explorer plus facilement son domaine et d'en prendre possession, ou de violenter la nature et de lui ravir ses secrets? Ne trouvons-nous pas, de distance en distance, de ces génies puissants, de la race des Copernic et des Pascal, qui attachent à leur nom une gloire immortelle, soit en découvrant une loi demeurée inconnue, soit en imprimant à la science une nouvelle impulsion?

Dès les premiers âges de l'astronomie chrétienne, on se servait de figures symboliques pour représenter les diverses constellations et marquer leur place dans le système du monde ; le maître de Roger Bacon possédait une sphère mobile sur laquelle il étudiait le mouvement des astres, préludant ainsi aux grandes découvertes de Kepler et de Newton sur l'évolution des planètes et sur la gravitation universelle ; un des premiers mathématiciens du xve siècle, le cardinal Nicolas de Gusa, l'émule de Pie II, énonçait en termes formels l'hypothèse de la pluralité des mondes que Galilée devait soutenir deux siècles

plus tard.

Les propriétés, sinon la composition exacte de la poudre, étaient connues d'Albert le Grand, le maître de saint Thomas, et du moine franciscain Roger Bacon. Ce dernier avait inventé les verres grossissants et conçu l'idée du grand télescope ; il avait également entrevu l'usage de la vapeur pour la locomotive. Aussi pouvons-nous le regarder comme le précurseur d'Herschell et de Grégory, de Salomon de Caus, de Papin et de Robert Stephenson.

Le moine Berthold Schwartz passe généralement pour avoir trouvé la vraie composition de la poudre dont les fulminates modernes ne sont que des imitations. Un évêque de Munster

104 l'église et le progrès scientifique

inventa les bombes. L'abbé Nollet, issu d'une famille peu favorisée des dons de la fortune, obtint par ses rares mérités d'occuper les premières chaires de physique en France et à l'étranger. Ses habiles expériences et ses délicates observations sur l'électricité lui ont valu Finsigne honneur d'être le devancier de Volta, de Faraday et d'Ampère ; honneur qu'il a partagé avec deux modestes religieux : Lana et Beccaria.

D'autres religieux, en nombre considérable, ont enrichi la science de découvertes et d'inventions non moins utiles. Alberll le Grand a trouvé la boussole et Jacques de Vitry en a fait l'application à la conduite des bateaux. Les lunettes simples sont dues à Despina. Magnan a inventé le microscope ; Barranti, le frein des locomotives ; Albert le Saxon, les aérostats ; Secchi, le météorographe. Nous sommes redevables aux Jésuites de la découverte du gaz, de la construction d'un grand nombre d'observatoires et de la création de plusieurs cabinets de physique, soit en France, soit à l'étranger.

L'une des sciences les plus ingénieuses et les plus intéressantes, la cristallographie, a eu pour maître et pour législateur l'abbé Haùy, qui, après avoir été petit enfant de choeur dans une église de Paris, occupa un siège à l'Académie des sciences et fut nommé professeur de minéralogie au Muséum d'histoire naturelle.

La géologie n'est pas cultivée avec moins de succès dans l'Eglise, comme le prouvent les récents travaux de l'Institut catholique- de Paris (1). Lavoisier, qui, par ses recherches sur la combustion, opéra une véritable révolution dans la chimie, dut en bonne partie son éducation scientifique à l'abbé de la Caille.

1) Traité de géologie, par M. de Lapparem, professeur à l'Institut catholique de Paris.

Gcrbert, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II, fabriqua la première horloge à roues et se rendit si fameux par ses inventions qu'on le regarda comme sorcier. La mécanique ne lui ^st pas seule redevable. Il fut l'un des plus ardents propagateurs des sciences naturelles. Après lui, des chercheurs infatigables, parmi lesquels figurèrent Othon de Crémone, Jean de Milan, J'abbesse Hildegarde, Alain de Lille appelé le Docteur universel, Barthélémy de Glanville, le cardinal de Châtillon, Conrad Gesner, Rondelet, Hernandez, Théodore de Brey et tant d'autres •composèrent de volumineux traités, ou essayèrent des classifications logiques, préparant ainsi la voie à Jussieu, à Linnée -et à Cuvier.

La médecine, la chirurgie et la pharmacie, dont les progrès sont si rapides depuis un demi-siècle, sont sorties des grandes écoles fondées ou soutenues par les souverains pontifes. Citons en particulier celles de Naples, du Mont-Cassin, de Salerne, de Bologne, de Padoue, de Montpellier et de Paris. Récemment •encore, Léon XIII ajoutait aux facultés de Lille une école de médecine, dont les résultats sont déjà très satisfaisants. Un •autre pape, Jean XXI, écrivit lui-même, avant d'occuper le siège pontifical, un manuel sur l'art de guérir.

Partout et toujours les sciences ont été encouragées par l'Eglise. C'est un fait évident pour tout esprit sérieux et impartial.

Dans cet immense mouvement des esprits à travers dix-huit siècles, il y a, d'abord, une longue période d'élaboration spontanée. Toute une race de travailleurs, avides de pénétrer les secrets de la nature, se met à l'œuvre avec l'ardeur et la fougue de la jeunesse. La marche régulière des astres qui brillent au firmament, dans le silence des nuits; les plantes et les animaux dont l'étonnante variété, unie à une étroite dépendance, ravit

106 l'église et le progrès scientifique

l'imagination du poète et captive l'esprit du savant; les richesses enfouies au sein de la terre ; les éléments qui s'agitent dans un perpétuel conflit, se heurtent parfois avec fureur et produisent des cataclysmes ; la périodicité des saisons qui se succèdent sans interruption et produisent un rythme d'une harmonieuse heauté : tout est soumis à l'observation et à l'étude d'une génération d'hommes qui veulent se servir du monde visible pour pénétrer dans le monde invisible.

Peu à peu, tous les problèmes sont soulevés et étudiés. Chacun émet son opinion, hasarde sa théorie ; certaines consciences s'alarment. Des luttes acharnées s'engagent entre les maîtres et se propagent parmi les disciples. Les Albert le Grand, les Duns Scot et les Raymond Lulle passent d'Allemagne, d'Angleterre et d'Espagne en France, se présentent devant leurs rivaux et les provoquent au combat. Ce sont de véritables tournois. Des souverains renouvellent les générosités d'Alexandre, envoient des députations en Orient pour recueillir les richesses qui nous manquent sous notre ciel d'Occident. Les papes et les rois, surtout au xme siècle, chargent les religieux mendiants des intérêts de la civilisation et les envoient jusqu'au fond de la Mongolie et de la Tartarie. C'est la vie dans toute son efflorescence. L'Eglise ne se contente pas de favoriser ce mouvement ; elle le dirige. Elle tempère l'ardeur trop bouillante et apaise les querelles ; elle prend sous sa tutelle les savants qui sont injustement persécutés; elle blâme l'esprit étroit des Arabes dont la religion prohibe l'exercice de la chirurgie ; elle condamne les abus criminels de l'astrologie , de l'alchimie et des sciences occultes ; elle édicté même les peines les plus sévères contre les grands seigneurs qui, à l'exemple des Gilles de Rays, s'adonnent aux pratiques superstitieuses de la magie ; elle se montre, en un

mot, l'ennemie de toutes les ignorances, l'amie de tous les (progrès.

Ses efforts constants amènent d'heureux résultats. Des éléments nombreux entrent dans le cadre des sciences expérimentales ; mais ils ne sont ni suffisamment élaborés, ni rigoureusement agencés. Les lois générales sont plutôt entrevues que nettement définies. L'imperfection des instruments ne permet pas de sonder l'étendue des cieux et de pénétrer la constitution intime des êtres matériels. Les génies qui s'appellent Boèce, Gerbert, Albert le Grand, Roger Bacon, Raymond Lulle, embrassent des horizons trop indéfinis ; leurs ouvrages sont des encyclopédies plutôt que des traités spéciaux sur un point déterminé. Ils jettent la semence à pleines mains et laissent à d'autres le soin de cueillir la moisson.

Dans une période postérieure, des hommes de génie, versés à la fois dans les sciences rationnelles et les sciences expérimentales, tous imprégnés de christianisme, sinon tous attachés à la saine orthodoxie, ayant à leur tête Copernic, Kepler, Tycho-Brahé, Galilée, Newton, Euler, Leibnitz, Descartes, Pascal, Jussieu, Haller et Linnée, ont exprimé sous la forme de thèses ou ^hypothèses générales les lois qui gouvernent le monde matériel, ou les principes qui président à la composition des corps. Ils sont comme les législateurs des sciences astronomiques, naturelles et physiques.

Ces génies de trempe différente poursuivent le même but par des voies souvent opposées ; ils cherchent à saisir dans ses grandes lignes le plan harmonieux que le Créateur a réalisé dans la formation de l'univers. Ils hésitent encore et tâtonnent, cherchant des appuis soit dans les travaux de leurs devanciers, soit dans l'Ecriture inspirée et dans la tradition

108 l'église et le progrès scientifique

divine, soit dans le symbolisme et dans la symétrie des nombres, soit dans les systèmes des principaux philosophes, soit enfin dans les observations personnelles longtemps réitérées. Comme nos contemporains, ils expérimentent sans cesse ; mais, au lieu de poursuivre avant tout de nouvelles découvertes dans Tordre purement matériel, ils s'efforcent de s'élever du phénomène sensible aux causes les plus universelles et les plus cachées.

Les formules dont ils se servent sont en rapport avec la nature et les tendances de leur esprit : elles ont souvent quelque chose de trop absolu, ou de trop exclusif. Pour les uns, le monde est une immense anarchie sans mouvement et sans vie, tenant toutes ses fonctions du premier Moteur; d'autres ne voient partout que des forces harmonisées, à l'origine, •avec un art merveilleux et échelonnées dans un ordre si •étroit, suivant la loi de la continuité, qu'il existe de simples «nuances entre les êtres d'espèces différentes.

Newton, plus sage que ses rivaux, sans avoir peut-être plus d'intuition, combine habilement l'étendue et la force, l'attraction •et la résistance, et il parvient, après de longs calculs, à énoncer les lois de la gravitation universelle.

Linnée, de son côté, se montre très prudent et très réservé -dans l'étude de la nature, et, partant de l'immutabilité des genres et des espèces, il arrête des classifications qui semblent définitives. Cette phase a je ne sais quoi de grandiose qui étonne ; mais il lui manque encore deux choses : la finesse d'analyse dans l'art d'expérimenter et l'unité dans la direction des esprits.

Nous trouvons cette finesse d'analyse dans la troisième période que nous traversons. Cuvier, Ampère, Biot, le P. Sec- •chi, Moigno, Blainville, Flourens, Récamier, J.-B. Dumas,

Pasteur, Edison (I) utilisent les richesses amassées depuis de longs siècles, prennent pour règles les lois découvertes dansles âges précédents et s'aident des instruments perfectionnés dont la science dispose à notre époque. Grâce à tous ces moyens, ils pénètrent des secrets que la nature semblait nous cacher pour toujours ; dans leurs patientes investigations et dans leurs observations méthodiques, ils découvrent soit à travers les espaces, soit au plus intime des êtres matériels, des merveilles que l'homme ne soupçonnait pas.

Ceux-ci soumettent à l'analyse spectrale les nouveaux astres qui viennent à peine de nous envoyer leur lumière ; ceux-là concentrent la vapeur ou asservissent l'électricité, pour en faire des agents dociles ; d'autres décomposent l'eau ou distinguent les éléments de l'air; plusieurs, à l'exemple d'Orflla, appliquent la chimie à la médecine légale et à la toxicologie ; les disciples de Claude Bernard et de Pasteur étudient les fonctions glycogéniques du foie et l'action des microbes dans les affections morbides ; les successeurs d'Haùy nous font admirer la symétrie et la variété des cristaux ; les chirurgiens ont recours pour endormirla douleur aux propriétés anesthésiques du chloroforme.

Il faudrait un ouvrage entier pour énumérer tous les progrèsdes sciences modernes. Mais l'usage trop exclusif de la méthode expérimentale et l'abus des hypothèses favorables au matérialisme et au scepticisme arrêtent l'esprit humain dans son essor, ou l'orientent dans une fausse direction.

La science est trop neutre, ou trop agressive. Les savantschrétiens sont souvent victimes de la crainte ou de l'indifférence, ils redoutent les attaques de leurs adversaires, et, pour les pré-

(1) Edison, « le Napoléon de la science », se plait, du sommet de la tour Eiffel, à rendre hommage « au bon Dieu, le plus grand ingénieur de l'univers. »

110 l'église et le progrès scientifique

venir, ils achètent la paix au prix de concessions fâcheuses, ou ils se réfugient sur le terrain de la neutralité ; les savants incrédules chantent victoire, à la moindre découverte, et affectent de se persuader que le progrès doit amener la décadence de la société religieuse, comme si l'Eglise redoutait la lumière. En d'autres termes, nous ne sommes pas encore arrivés à cette harmonie complète des sciences humaines qui sera le couronnement de la civilisation chrétienne, mais nous y tendons.

Oui, le progrès actuel, que nous constatons avec bonheur, prépare une quatrième période où les sciences expérimentales feront alliance avec la philosophie et la théologie ; ce sera la période de la synthèse définitive. Alors des génies, que Dieu suscitera, élimineront les hypothèses fausses et dangereuses, inventées dans le but de chasser Dieu de la création et de soustraire l'homme à Faction de la Providence ; les termes vagues d'évolution perpétuelle, de génération spontanée, de fluide universel, d'éther impondérable seront bannis de la langue scientifique comme des expressions surannées, bonnes tout au plus à déguiser l'ignorance. Les vérités clairement démontrées grâce à de longues expériences, et sérieusement contrôlées par une saine critique, seront traduites en des formules nettes et précises ; on les classera dans un ordre logique pour former un corps complet de doctrine. A partir de cette époque, les sciences expérimentales seront faites. Puis, elles prendront leur place dans l'harmonie des connaissances humaines, semblables au prodigue longtemps égaré qui retourne enfin à la maison paternelle.

Gomme l'unité domine partout, dans les oeuvres de la création, l'astronomie, l'histoire naturelle, la physique et la chimie, malgré la diversité d'objet et de méthode, s'appuieront sur un

seul et même principe : le Créateur incréé, Je Moteur immobile, l'Intelligence , l'Amour et la Puissance sans commencement, sans succession et sans fin (1). Dans toute la série des êtres qui se succèdent dans le temps et coexistent dans l'espace, on reconnaîtra : le principe matériel, un et indéterminé, mais susceptible de toutes les combinaisons; le principe formel, qui est réalisé d'après des types multiples, mais invariables dans leurs espèces ; la quantité et la qualité qui déterminent le degré d'étendue et de force des êtres individuels ; la relation qui existe entre les corps dont se compose le système de l'univers. On s'arrêtera, pensons-nous, à des formules semblables aux suivantes, qui donnent la raison des principaux phénomènes de Tordre sensible :

Tout être exerce dans sa sphère une activité en rapport avec la force spécifique dont il est doué par l'Auteur même de la nature ; de l'action mutuelle des corps combinée avec leur étendue résultent l'attraction et la résistance que Newton a découvertes sans les définir. Dieu est la cause première ; la force inhérente à la substance est la cause seconde ; l'étendue est le point d'appui de l'attraction et de la résistance.

Tous les effets de la chaleur, de la lumière, du magnétisme, de l'électricité sont de simples variétés dans les espèces innombrables de phénomènes qui émanent de l'attraction et de la résistance. Pour les expliquer nous n'avons pas besoin de recourir à des fluides « positifs et négatifs », qui ne servent à rien, sinon à repaître l'imagination.

La nature, dans son flux et reflux de tous les jours, ressemble

(1) Biot disait, un jour, à un étudiant : « Prenez-y garde : il faut beaucoup étudier pour comprendre et admirer la matière, mais bien plus étudier pour arriver à découvrir qu'elle n'est rien par elle-même et que, derrière ses lois, se cache un législateur sans lequel on n'explique rien. »

112 l'église et le progrès scientifique

à Thomme : elle détruit sans cesse ce qu'elle a fait, et refait sans cesse ce qu'elle a détruit.

L'Eglise voit de haut cette agitation inquiète des êtres qui se meuvent hors de Dieu et proclament l'instabilité de toutes les créatures ; elle en tire des conséquences salutaires, et, ne perdant jamais de vue le progrès moral, qui est le progrès par excellence, elle invite les savants à poursuivre leur propre perfection et à chercher dans la science même un moyen d'y atteindre.

Sa parole était écoutée dans les siècles de foi, et le savoir se trouvait souvent uni à la vertu, au moins dans l'estime des hommes. Ainsi, par exemple, Gui de Chauliac, médecin des papes Clément VI, Innocent VI et Urbain V, veut que le chirurgien soit « lettré, ingénieux et bien morigéné, hardi en choses sûres, craintif en danger, gracieux aux malades, bienveillant à ses compagnons, sage en ses prédictions, chaste, sobre, pitoyable, compatissant et miséricordieux; non convoiteux ni extorsionnaire d'argent, mais qu'il reçoive modérément salaire selon son travail, selon les facultés du malade, la qualité de l'issue ou événement, et sa propre dignité (1). » Ce trait et mille autres semblables nous montrent comment l'Eglise sait élever et ennoblir les sciences même les plus utilitaires ; c'est le triomphe de l'idéal au sein même de la matière.

(1) Paul Lacroix, Sciences et Lettres au Moyen Age, 1877, p. 174.

— Dante arrive au terme de son voyage. Après lui avoir montré les cercles de l'Enfer et du Purgatoire, Virgile déclare au Florentin qu'il ne saurait le conduire plus loin. « Le feu temporel et le feu éternel, lui dit-il, tu les a vus, mon fils. Te voilà parvenu au point où moimême je ne discerne plus rien au-delà. Vois au loin le soleil qui illumine ton front ! » A la suite de Dante vient Stace, le poète païen qui s'est le plus approché de la doctrine catholique. — Fresque de M. Magaud, directeur de l'École des beaux-arts de Marseille, peinte en 1866 pour le Cercle religieux de cette ville.

Page 1