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CONCLUSION

La Civilisation de l'avenir.

Nous venons d'esquisser à grands traits les principales œuvres accomplies par l'Eglise, spécialement dans l'ordre naturel et humain. Nous ne saurions mieux résumer cet ouvrage qu'en reproduisant le magnifique tableau tracé par Balmès des principaux caractères de la civilisation chrétienne.

(( Une conscience pubhque admirable, riche de sublimes maximes morales, de règles de justice et d'équité, de sentiments d'honneur et de dignité ; conscience qui survit au naufrage de la morale privée, et empêche que l'effronterie de la corruption n'arrive aux excès qu'a vus l'antiquité ; une certaine douceur générale de mœurs, qui dans la guerre écarte de grandes catastrophes, et dans la paix rend la vie plus aimable ; un respect profond pour l'homme et pour ce qui lui appartient, ce qui rend très rares les violences des particuliers, et sert, sous tous les régimes politiques, comme d'un frein pour contenir les gouvernements ; un désir ardent de perfection dans toutes les branches ; une tendance irrésistible, parfois mal dirigée, mais toujours vive, à rendre meilleur l'état des classes malheureuses ; une impulsion secrète qui porte à protéger la faiblesse, à secourir l'infortune ;

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impulsion qui veut avoir un libre cours , ou qui, contrariée, refoulée, produit dans la société un état de malaise et d'inquiétude assez semblable à l'état d'un remords ; un esprit d'universalité, de propagande ; un fonds inépuisable de ressources pour se rajeunir sans périr, et se sauver dans les plus grandes crises ; une impatience généreuse qui veut devancer l'avenir, et d'oii résultent une agitation, un mouvement incessants, sources de périls, mais plus communément sources de grands biens et symptômes d'une vie puissante : tels sont les grands caractères qui distinguent la civilisation européenne ; tels sont les traits qui la placent à une élévation immense au-dessus de toutes les autres civilisations anciennes et modernes... Cl). »

Ces caractères jettent, ce semble, quelque lumière sur l'avenir probable de la civilisation chrétienne dans le monde. Quel sera cet avenir ? C'est le secret de Dieu, et il est évidemment impossible de le prévoir à coup sûr.

(( Il se peut, dit un éminent penseur, que sur la face de cette terre, comme fruit de tant de larmes et de luttes, le bien l'emporte enfin, que le règne de Dieu arrive, et que sa volonté soit faite en la terre comme au ciel. Il se peut que l'histoire finisse par une moisson. Et il se peut aussi que tout finisse par la stérilité, comme la vie du figuier maudit ; que, comme on voit des hommes épuisés de débauche et perdus de folie, mourir avant le temps, le monde aussi vienne à mourir avant le temps, épuisé de débauche et perdu de folie. Il se peut que la justice et la vérité soient vaincues et rentrent dans le sein de Dieu en maudissant la terre qui aura refusé de donner son fruit. Or, vous savez qu'aujourd'hui, parmi nous, bien des esprits découragés soutiennent

(1) Balmès, Du ^protestantisme comparé au catholicisme, t. I. ch. xx.

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qu'il en sera certainement ainsi. D'autres, étrangement confiants, déclarent qu'il en sera, sans aucun doute, tout autrement, et que le bien doit triompher sur la terre (1). »

Trois motifs sérieux nous permettent d'attendre une période glorieuse pour la civilisation chrétienne. Nous avouons nous ranger parmi ces derniers. L'Eglise, loin de toucher à la décrépitude de l'âge, ne paraît être qu'au début de sa course à travers le monde ; les générations actuelles, malgré le trouh)le des inteUigences et la corruption des cœurs, s'entendent sur un point, elles veulent jouir d'une force et d'une liberté que la rehgion seule est en mesure de leur donner ; enfin , au miheu de toutes nos ruines , on voit poindre des germes de résurrection. Il est de l'essence de la Révolution de passer ; il est de l'essence de rEgiïse de demeurer.

L'Eglise a subi répreuve du martyre, de l'hérésie et du sophisme ; elle subira l'épreuve de la science.

Des missionnaires plus hardis que Stanley et Livingstone ont exploré le centre de TAfrique, la Chine et la Tartarie ; l'Amérique, grâce à l'initiative d'un héros chrétien, nous a livré ses nouveaux continents ; partout, sur la surface du globe, un vaste champ 5'est ouvert à l'activité de l'apostolat. 11 y a encore des centaines de millions d'infidèles qui ne connaissent pas Jésus-Christ, et ne jouissent pas des bienfaits de la civihsation qu'il est venu apporter à la terre. Et cependant, la volonté formelle de Dieu, c'est que tout homme soit sauvé et parvienne à la connaissance du vrai. Ne faut-il pas en conclure, malgré les sinistres prophéties de la science matérialiste et athée, qu'une abondante moisson se prépare, et que les bons ouvriers ne feront point défaut pour la cueilHr?

(1) A. Gratry, Les Sources, IX.

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Le Japon, autrefois si hostile à toute tentative d'apostolat, vient d'accepter la hiérarchie catholique, et la Corée même est devenue moins inhospitalière pour les messagers de l'Evangile. Les vieux peuples d'Afrique, si florissants à Torigine de notre ère, ressemblaient naguère encore à des cadavres couchés pour toujours dans le tombeau ; et voici que les cités jadis illustrées par les Cyprien et les Augustin sortent comme d'un long sommeil, entendent de nouveau la parole de vie, et s'étonnent de voir de superbes basiliques se dresser dans leur enceinte. L'Eglise grecque, séparée de la communion romaine par un schisme séculaire, accueille avec bienveillance l'appel de Léon XIII la €onviant à l'unité, et l'Eglise d'Angleterre voit les plus illustres et les meilleurs de ses flls quitter les voies de l'hérésie pour accepter la suprématie infaillible de Saint-Siège. C'est que les nations chrétiennes ne sont pas soumises aux mêmes destinées que les nations païennes: celles-ci naissent, grandissent et meurent; celles-là éprouvent bien de temps en temps de ces catastrophes qui les bouleversent comme les tremblements de terre bouleversent le sol, elles sont atteintes de maladies en apparence incurables, elles tombent même parfois dans une léthargie pareille à la mort , mais, en réalité, elles ne font que sommeiller. Là où le sang des martyrs a coulé , où la divine victime est descendue, où des saints ont prié, il y a un germe d'immortalité qui ne périt point et qui donne aux sociétés les plus décrépites l'espérance de rajeunir, et de marcher pendant de longs siècles encore dans la voie du progrès.

Nous pouvons penser qu'il en sera ainsi pour l'Europe, en particulier pour la France.

Une aspiration, impérieuse comme une loi de nature, se manifeste dans la société contemporaine : tous les peuples aspirent

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à la liberté. Partout, dans la presse et dans les congrès, dans toutes les réunions de la grande famille humaine, on demande la liberté individuelle, la liberté du travail, la liberté des associations. On veut être libre, et si l'on réclame l'appui de Tautorité civile , c'est pour la défense du droit et la répression des abus. Afin d'obtenir ce résultat, tous les peuples font appel à la force matérielle. Etrange spectacle ! Pour sauvegarder une des plus nobles prérogatives de Tordre moral, la liberté civile et politique, on transforme nos cités en arsenaux et en casernes^ on prive l'homme de sa liberté physique pendant les plus bellesannées de sa vie.

Une erreur si grossière se dissipera tôt ou tard, et on finira par comprendre cette belle et profonde pensée d'Alexis de Tocqueville : « Un peuple qui veut être libre et fort doit croire, et un peuple qui ne veut pas croire doit nécessairement être esclave (1). »

Le respect de la liberté individuelle ne se conçoit pas sansl'amour de la justice, et la liberté d'association est inséparablement unie à l'esprit de fraternité. Or, des sentiments si purs et si élevés naissent de la foi. La force matérielle est impuissante à les produire ; elle ne peut engendrer que la crainte. Elle est plus, souvent une source de division et de haine qu'un principe d'union et de charité. Quand le « militarisme », la plaie des sociétés modernes, aura consommé les ruines qu'il prépare, les peuples instruits par l'expérience comprendront que si le glaive est utile pour intimider les scélérats, il ne suffit point pour faire une nation libre , forte et prospère ; se tournant alors vers l'Eglise , ils la prieront de se constituer la gardienne de leurs intérêts et de satisfaire leurs légitimes aspirations.

(1) La démocratie en Amérique.

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Plusieurs sont déjà désabuses de cette civilisation factice qui leur promettait tant de jouissances et ne leur a procuré, surtout à riieure de l'épreuve, que déception et désespoir. Il ne suffit pas à l'homme de parcourir le globe en quelques semaines, de transmettre sa pensée d'un continent à Tautre avec la rapidité de l'éclair, d'avoir à sa disposition tous les raffinements du luxe, de pouvoir satisfaire toutes ses convoitises ; il lui faut des joies et des espérances que ni la science, ni l'industrie, malgré leurs progrès étonnants, ne peuvent ni lui promettre, ni surtout lui donner.

Il regarde alors autour de lui et il écoute. L'Eglise, toujours gardienne du droit et de la justice, réclame le repos du dimanche pour l'ouvrier qui succombe sous le poids du travail, victime de l'égoïsme et de l'avarice ; elle défend les droits traditionnels de la propriété contre les injustes prétentions et les utopies chimériques du sociahsme ; elle prêche la sainteté du mariage, l'indissolubilité du lien conjugal, les devoirs mutuels des pères et des enfants, des serviteurs et des maîtres; elle commande à tous le respect, la paix, la fraternité, le dévouement ; elle chante sur le berceau de l'enfant et sur la tombe du vieillard des refrains où la confiance et la résignation tempèrent doucement la crainte et la douleur.

Profondément ému, malgré tout, par les accents de cette « vieille chanson » qui a bercé son jeune âge, l'homme moderne, surtout le lettré déçu par les vaines promesses de la science athée, revient peu à peu vers l'Eglise, et accepte théoriquement sa morale, avant même d'avoir étudié ses dogmes. La place occupée dans le monde par la Papauté dépouillée est plus grande et plus importante que jamais. Malgré les attaques furieuses et les sinistres prophéties, l'Eglise reste aujourd'hui

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