CHAPITRE II. — LÀ RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE
dans les mouvements religieux qui dans le passé s'étaient produits en Italie, depuis les mystiques du treizième siècle jusqu'à Savonarole, on avait vu percer nombre de croyances positives, auxquelles il ne manquait pour mûrir et pour triompher que de la chance, comme il eu a été des doctrines réformées, qui sont très-positivemcat chrétiennes. Sans doute, un événement colossal comme la Réforme du seizième siècle se dérobe, pour ce qui concerne les faits particuliers, tels que l'explosion de la révolution et la marche qu'elle -suit, à toute déduction philosophique, quelque facile qu'il soit d'ailleurs de démontrer la nécessité du fait. Les mouvements de l'esprit, leur soudaineté, leur transmission, leur ralentissement restent une énigme pour notre intelligence, du moins en tant que nous ne connaissons jamais que telles ou telles forces particulières qui ont agi, sans pouvoir les embrasser toutes dans leur ensemble.
Les sentiments que les classes élevées et les classes moyennes de l'Italie nourrissent à l'égard de la religion au moment où la Renaissance est dans tout son éclat, sont un mélange de colère et de mépris, de résignation à la hiérarchie, en tant qu'elle se trouve mêlée de toutes les manières à la vie exîérieure, et d'un sentiment d'indépendance vis-à-vis de tout ce qui s'appelle sacrements, consécrations et bénédictions. Comme fait qui caractérise spécialement l'Italie, nous pouvons citer encore la grande influence individuelle de certains orateurs sacrés.
Nous trouvons dans des ouvrages spéciaux et incomplets des détails sur l'animosité des Italiens contre
Vie du cardinal Ximénès, dans Rob. BELUS, Rer. Hispan. scriplores, t. II, Fft., 1851.
le clergé, telle qu'elle se révèle depuis Dante dans la littérature et dans l'histoire. Nous-mêmes avons dû parler plus haut (t. I, p. 129 ss., 274) de la situation de la papauté yis-à-vis de l'opinion publique-, celui qui veut connaître ce qu'on a dit de plus fort sur ce sujet, n'a qu'à lire les passages célèbres de Machiavel et de Guichardin. En dehors de la curie romaine, les membres du clergé qui inspirent encore quelque respect moral', sont des évêques vraiment recommandables et un assez grand nombre de curés; par contre, tous les simples prébendiers, les chanoines et les moines presque sans exception sont suspects, et souvent ils donnent bien lieu aux propos les plus malveillants et à des accusations qui atteignent le corps tout entier.
On a prétendu que le corps des moines est devenu le bouc émissaire de tout le clergé, parce que les moqueries dirigées contre eux restaient seules impunies a. Rien n'est moins exact. Dans les nouvelles et dans les comédies ils figurent surtout parce que ces deux genres littéraires aiment des types permanents, connus, que l'imagination complète à peu de frais. Ensuite la nou-
1 II faut remarquer que les nouvellistes et les satiriques ne parlent presque jamais des évêques, et cependant ils auraient pu les tourner en ridicule comme les autres, en changeant les noms de lieu, bien entendu. C'est ce que fait, p. ex., Bandello, II, nor. 45; pourtant il fait aussi le portrait d'un évéque vertueux (II, 40). Jovianus Pontanus montre, dans son « cliaron », un évéque à la mine réjouie qui s'en vient » eu marchant comme un canard .. Sur le peu de valeur des évêques italiens en général à cette époque, comp. Janus, p. 387.
8 FOSCOLO, Discorso sul lesto del Decamerone : Ma de preti in digniiâ nmno potetafar moVo senza pericolo; onde ogni fraie fu l'irco délie iniquità
d'hraeli, etc. Tim theus Malfeus dédie au pape Nicolas V un livre contre les moines ; voir Facics, De vir. M., p. 24. On trouve des passages particulièrement virulents contre les prêtres et les moines dans l'ouvrage de Palingenius, cité plus haut, IV, 289; V, 184 ss., 586 ss.