‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 104 sur 153 · LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

A la moralité d'un peuple se rattache étroitement la question de l'idée qu'il se fait de Dieu, c'est-à-dire de sa croyance plus ou moins ferme à l'intervention divine dans le gouvernement du monde ; peu importe d'ailleurs qu'il se figure l'humanité comme étant destinée au bonheur ou au malheur, et à une destruction prochaine Or, l'incrédulité italienne est chose avérée-, celui qui voudra en chercher la preuve n'aura pas de peine à réunir des centaines de témoignages et d'exemples. Ici encore notre tâche est de trier et de choisir; quant à porter un jugement général et définitif sur cette question, nous n'en avons pas la prétention.

L'idée religieuse avait eu primitivement sa source et son point d'appui dans le christianisme et dans la forme puissante qu'il avait revêtue. Lorsque l'Église dégénéra, l'humanité aurait dû distinguer et rester fidèle à sa religion. Mais cela est plus facile à dire qu'à faire. Tous les peuples ne sont pas assez apathiques ou assez inintelligents pour supporter une contradiction permanente

1 II s'est produit bien des opinions différentes à cet égard, suivant les lieux et les personnes. La Renaissance a eu des villes et des époques où Ton ne songeait qu'à jouir franchement de l'existence. Ce n'est qu'au seizième siècle, alors que la domination étrangère s'est établie en Italie, que les idées s'assombrissent.

entre un principe et l'être concret qui le symbolise. C'est à l'Église dégénérée qu'incombe la plus lourde responsabilité dont l'histoire ait jamais fait mention : elle a imposé comme une vérité absolue, en employant pour cela tous les moyens que donne la puissance, une doctrine altérée et défigurée au profit de son omnipotence, et, forte de son inviolabilité, elle s'est livrée à l'immoralité la plus scandaleuse ; pour se maintenir envers et contre tout, elle a porté des coups mortels à l'esprit et à la conscience des peuples, et elle a jeté dans les bras de l'incrédulité et de la révolte beaucoup d'hommes supérieurs qui l'ont répudiée moralement.

Ici se pose la question suivante : Pourquoi l'Italie, ce pays si grand par l'intelligence, n'a-t-eile pas réagi plus fortement contre la hiérarchie? Pourquoi n'a-t-elle pas, comme l'Allemagne et plus tôt qu'elle, accompli une réforme religieuse?

11 y a une réponse spécieuse à faire : c'est que l'Italie n'est pas allée au delà de la négation de la hiérarchie, tandis que l'origine et la force invincible de la Réforme allemande sont dues à des doctrines positives, surtout à celle de la justification par la foi et de l'inefficacité des bonnes œuvres.

Il est certain que ces doctrines n'ont influé sur l'Italie qu'après avoir changé la face de l'Allemagne, et qu'elles se sont propagées beaucoup trop tard au delà des monts, alors que la puissance espagnole était bien assez grande pour les étouffer, soit en agissant directement, soit en ayant recours à la papauté et à ses suppôts1. Mais

1 Ce que nous appelons l'esprit de la contre-réfonnation s'était développé en Espagne bien longtemps avant la Reforme ellemême, et cela grâce à la rigoureuse surveillance exercée par Ferdinand et Isabelle, et à la réorganisation partielle qu'ils avaient faite des institutions ecclésiastiques. Consulter surtout Gomez,

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