‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 107 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

paraître en chaire un moine, qu'un compère mêlé à l'assistance traite hardiment de menteur; mais tout à coup Tinterpellateur se sent possédé du démon; le prédicateur le convertit, le guérit, et là se termine cette scandaleuse comédie. Aidé de son complice, e aine amassait assez d'argent pour pouvoir acheter à un cardinal un évêché où tous deux allaient vivre grassement. Massuccio ne fait pas de différence particulière entre les Franciscains et les Dominicains, attendu que les uns et les autres se valent. « Et l'on voit le public épouser sottement leurs haines et leurs querelles, remplir de ses disputes les places et les carrefours et se partager en Franciscains et en Dominicains! » Les nonnes appartiennent exclusivement aux moines; dès qu'elles entretiennent des relations avec des laïques, on les emprisonne et on les persécute; quant aux autres, elles se marient ouvertement avec des moines, et l'on fête ces unions en chantant des messes et en banquetant joyeusement. « Moi-même, dit l'auteur, j'ai assisté à la chose, non pas une fois, mais plusieurs; je l'ai vue et touchée au doigt. Les nonnes ainsi accouplées mettent au monde de gentils moinillons, ou bien elles se font avorter. Et si quelqu'un était tenté de soutenir que cela n'est pas vrai, il n'a qu'à fouiller dans les cloaques des couvents de nonnes, et il y trouvera quantité d'ossements d'enfants, à peu près comme à Bethléhem, au temps d Hérode •. » Voilà, sans compter le reste, quelles sont les turpitudes que cache la vie claustrale. Quand ils se confessent, les

1 II ajoute (nov. X, éd. Settembrini, p. 132) : et dans les tegg.ft c'est-à-dire les sections dont se composait la noblesse napolitaine. — La rivalité des deux Ordres est fréquemment tournée eu ridicule; voir, p. ex., Bandello, III, nov. 14.

s Nov. 6, ed. Settembrini, qui rappelle que dans l'index de 1564 un livre est intitulé : Matrimonio delli preti e délie monache.

moines ne sont pas bien sévères les uns pour les autres» et ils s'imposent comme pénitence un Pater noster dans des cas où ils refuseraient l'absolution à un laïque, tout comme s'il était coupable d'hérésie. « C'est pourquoi la terre devrait s'ouvrir pour engloutir tout vivants ces scélérats, avec ceux qui les soutiennent. » Dans un autre passage, Massuccio, considérant qu'après tout la puissance des moines repose principalement sur la crainte de l'autre monde, exprime ce vœu bien curieux : « II n'y aurait pas de meilleur châtiment pour eux que si Dieu allait supprimer le purgatoire; alors ils ne pourraient plus vivre d'aumônes et seraient forcés de reprendre la bêche. »

Si l'on pouvait se permettre d'écrire ainsi sous Ferrante, en s'adressant à lui-même, cela tenait peut-être à ce que le Roi était irrité à la suite d'un faux miracle par lequel on avait voulu lui en imposer On lui avait présenté une table de plomb avec une inscription, qu'on avait trouvée dans la terre, près de Tarente.et l'on avait voulu le forcer, au nom de saint Cataldu*, à„perséculer les Juifs, ainsi que l'avaient fait les Espaguols et les papes'; mais il découvrit la supercherie et brava la colère des mystificateurs. Il avait aussi fait démasquer un faux jeûneur, suivant ainsi un exemple donné autre-

Pour ce qui suit, comp. Jovian. Pontan., De sermone, 1. h, cap. xvii, Opp., II, p. 1623, etBANDELLO, parte I, nov. 32 La fureur du Frater Francitcut, qui avait voulu frapper l'esprit du Roi par une apparition de S. Cataldus, fut si grande après l'échec qui suivit sa tentative, et l'on en jasa tant, ut halia ferme omnis ipseque in primis Romanut pontifes de tabula hujw fuerit inventione totticitus alque anxitu.

'Alexandre VI et Jules II, dont les cruelles mesures sont désignées par les ambassadears vénitiens Giustiniani et soderini, non comme étant inspirées par le sentiment religieux, mais comme des moyens d'extorquer de l'argent aux Juifi. Comp. M. BaoscH,

Revue Instar., t. XXX VII.

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