‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 108 sur 153 · CHAPITRE H. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

fois par le roi Alphonse, son père1. La conr du moins n'était pas complice de ceux qui entretenaient le peuple dans ses grossières superstitions*.

Nous avons entendu un auteur sérieux ; il s'en faut de beaucoup qu'il soit le seul de son espèce. Les railleries mordantes et les sorties contre les moines fourmillent dans toute la littérature1. 11 est à peu prés certain que la Renaissance n'aurait pas tarde à balayer tous ces ordres religieux, si la Réforme allemande et la contre-réforme n'étaient survenues. Ils auraient eu de la peine à sauver leurs prédicateurs populaires et leurs saints. Pour les chasser, on n'aurait eu qu'à s'entendre en temps et lieu avec un pape méprisant les ordres mendiants, tel que Léon X, par exemple. Si l'esprit du siècle ne les trouvait plus que ridicules ou odieux, ils n'étaient plus autre chose pour l'Église qu'un réel embarras. Qui sait ce qui menaçait la papauté elle-même à cette époque, si la Réforme ne l'eût sauvée?

À la fin du quinzième siècle, l'autorité que le père inquisiteur d'un couvent de Dominicains s'arrogeait à titre permanent sur la ville où il résidait, était encore juste assez grande pour gêner et pour révolter les gens éclairés, mais elle était trop faible pour être vraiment redoutable et pour forcer à la piété extérieure4. Il

1 Panormita de diclis et factis Alphonri, lib. H. Enea Silvîo, dans le commentaire qui accompagne ce livre, parle (Opp., ed. 1651, p. 79) d'un imposteur démasqué à Rome, qui voulait faire croire qu'il était resté quatre ans sans manger.

•Aussi pouvait-on librement déjouer ces supercheries. Comp. aussi Jovian. Pontan., Antonius et Charon. Une des histoires qui y sont racontées est la môme que celle de Massuccio, nov. II.

* Citons comme exemple le huitième chant de la Macaro-

niide.

4 L'histoire qui se trouve dans Vasari, V, p. 120, Vita di Sandro Botticelli, montre qu'on se moquait parfois de l'Inquisition. Sans doute le vicaire dont il s'agit ici peut avoir été celui de l'arche-

n'était plus possible, comme jadis, de puuir de simples opinioos (p. 8 ss.), et il était facile d'éviter l'hétérodoxie tout en usant de la plus grande liberté de parole à l'égard du clergé. A moins de l'intervention d'un parti puissant (comme pour Savonarole) ou de la répression du crime de maléfice (cas qui se présenta souvent dàns les villes de la haute Italie), les bûchers ne se dressaient plus que par exception à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle. Plusieurs fois, les inquisiteurs se contentèrent, parait-il, d'une rétractation toute superficielle; d'autres fois même, il arrivait qu'on leur arrachait le condamné des mains pendant qu'on le conduisait au supplice. A Bologne (1452), le prêtre Nicolo da Verona avait été dégradé sur une estrade en bois élevée devant l'église San Domenico, comme nécromant, exorciste et sacrilège, et l'on allait le conduire au bûcher dressé sur la piazza, lorsqu'en chemin il fut délivré par une troupe de gens qu'avait envoyés le Johannite Achille Malvezzi, qui était connu comme un grand ami des hérétiques et un intrépide violateur de nonnes. Le légat (cardinal Bessarion) ne put faire arrêter dans la suite qu'un seul des auteurs de ce coup de main, et celui-là

Têque aussi bien que celui de l'inquisiteur dominicain. Vasari dit : Raccontati ancora, che Sandro aecusà per burla un amico suo di eresia (Uvicano; e colui, comparendo dimundb chi ïaveva accusât» e diche. Perckè essendogli detto, che Sandro era stato, il quale diceva, che egli teneva Vopimone degli epiew ei, e che V anima tnorisse col corpo; voile vedere V accusatore dinanzi al giudice : onde, Sandro comparso, disse : Egli i vet o che io ho questa opinione deW anima di coslui, che è una beslia. Oltre cib, non pare a voi che sia eretico, poichè, sema avère letlere o appena saper leggere, comenta Dante e mentova il suo nome invano? (Il paraît que Vasari

commet ici une légère inexactitude. La spirituelle défense de l'accusé montre que Sandro ne reprochait pas à ce dernier de croire à l'anéantissement de l'âme avec le corps, mais de croire â la métempsycose. L'accusation ne pouvait porter sur les deux hérésies à la fois, attendu que l'une est en contradiction avec l'autre.)

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