‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 11 sur 153 · DÉCOUVERTE DE L'HOMME ; DESCRIPTION SPIRITUELLE DANS LA POÉSIE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE L'HOMME ; DESCRIPTION SPIRITUELLE DANS LA POÉSIE

A la découverte du monde la culture de la Renaissance en ajoute encore une autre plus considérable : elle est la première à découvrir et à montrer au grand jour l'homme dans son entier

D'abord, comme nous l'avons vu, cette époque développe l'individualisme au plus haut point ; ensuite elle l'amène à étudier avec passion, à connaître à fond ce qui est individuel à tous les degrés. Le développement de la personnalité est intimement lié à la faculté de se connaître elle-même et de connaître les autres. Entre ces deux grands phénomènes nous avons dû placer l'influence de la littérature anlique, parce que la manière de reconnaître et de décrire l'élément individuel, comme l'élément humain en général, est surtout déterminée par cet intermédiaire. Quant à la faculté de le reconnaître, elle était inhérente à l'époque et à la nation.

Nous citerons un petit nombre de phénomènes concluants pour appuyer nos assertions. Ici l'auteur sent qu'il s'aventure dans le champ des conjectures; où il a vu des transformations et des progrès réels, quoique

' Ces expressions si justes sont empruntées au tome VII de V Histoire d« France, par Michelet (Introd.).

peu sensibles, les autres verront-ils comme lui des faits palpables? Cette révélation lente et successive de l'âme d'uQ peuple est un phénomène que tous les observateurs peuvent ne pas voir des mêmes yeux. C'est le temps seul qui fera la lumière à cet égard.

Heureusement la connaissance de la partie spirituelle de l'homme ne débuta pas par de pénibles études psychologiques,— car Aristote était là, — mais par l'observation et la description. L'inévitable bagage théorique se borne à la doctrine des quatre tempéraments, combinée, suivant les errements de l'époque, avec le dogme de l'influence des planètes. Ces éléments forment, depuis un temps immémorial, la base invariable de l'étude de l'homme, sans entraver d'ailleurs le grand progrès général. Sans doute on est étonné de les voir figurer à une époque où non-seulement on sait décrire l'homme exactement, mais où un art merveilleux, une poésie impérissable le font encore connaître en entier, révèlent son essence même et reproduisent les caractères extérieurs qui le distinguent. On est presque tenté de rire quand on voit un observateur d'ailleurs sérieux attribuer à Clément Vil un tempérament mélancolique, tout en subordonnant son jugement à celui des médecins, qui reconnaissent plutôt chez le Pape un tempérament sanguin et bilieux1. M en est de même quand nous apprenons que Gaston de Foix, le vainqueur de Ravenne, dont Giorgione a fait le portrait et Bambaja la statue, et que tous les historiens ont peint au physique et au moral, avait un tempérament saturnien (saturnico)*. Sans

1 Tomm. Gar, lîelaz. délia corte di Roma, I, p. 278, 279. Dans la rel. de Soriano sur l'année 1533.

2Prato, ârch. sior., III, p. 295 ss. — Saturnico signifie aussi bien « malheureux » que « funeste ». — Sur le rapport des planètes

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