‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 112 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

le chemin du confessionnal; on voit des restitutions de biens injustement détenus, des rétractations de calomnies criminelles. Des orateurs comme Bernardino da Siena 1 étudiaient assidûment et de près la manière de vivre des gens, leurs relations journalières et leurs mœurs. Il est probable que bien peu de nos théologiens actuels seraient tentés de prêcher « sur des contrats, des restitutions, des rentes sur l'État {monté), des dotations de filles », comme il le fit un jour dans la cathédrale de Florence. En traitant des sujets de cette espèce, des prédicateurs imprudents se laissaient parfois entraîner à tonner si fort contre certaines classes d'hommes, de métiers, de fonctionnaires, que les auditeurs se révoltaient et répondaient par des violences de fait à ces violences de langage *. Un sermon prononcé à Rome par Bernardino da Siena (1424) eut pour effet de faire brûler au Capitole une foule d'objets de toilette, d'amulettes et de formules magiques, mais il eut encore une autre conséquence : « Ensuite, dit le chroniqueur*, on brûla aussi la sorcière

Grazuni (Cron. diPevugia, Arch. stor., XVI, i, p. 314; comp. ibid., la note de l'éditeur) dit à ce même propos : brieve incarne; il faut lire certainement : brevi e incanti; il faut peut-être admettre une correction semblable pour Infessura, dont les sorti désignent d'ailleurs 'quelque pratique superstitieuse, une sorte de divination par les cartes. — A l'époque où les livres se multiplièrent, grâce à l'imprimerie, on réunit aussi tous les exemplaires de Martial pour les jeter au feu. Bandello, m, nov. 10.

» Voir sa remarquable biographie dans Vespasiano fiorent., p. 244SS., et cellt de Sylvius jEneas, De viris illustr., p. 24-27. On y lit entre autres : Is quoque in tabella pictum nomen Jésus deferebat, hominibusque adorandum ostendebal mullumque suadebat anle ostia domorum hoc nomen depingi. c'était une sorte d'idolâtrie moderne.

"Allegretto, /. e., col. 823; un prédicateur ameute le peuple contre les juges (à moins qu'il ne faille lire giudei au lieu de giudici), sur quoi ceux-ci faillirent être brûlés dans leurs maisons Par contre, le parti adverse, qui est puissant, menace la vie du prédicateur.

8 Infessura, /. e. La date de la mort de la sorcière parait n'être pas exacte. - Le même saint fit abattre aux portes d'Arezzo un

Finicella, parce qu'elle avait usé de moyens diaboliques pour faire mourir beaucoup d'eufants et ensorceler nombre de personnes; toule la ville de Rome alla voir ce spectacle. »

Mais, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, le but le plus important du sermon, c'est d'amener des réconciliations entre des ennemis déclarés. Il est probable qu'en général ce résultat ne s'obtenait qu'à la fin d'une série de sermons, quand l'esprit de pénitence avait gagné peu à peu toute la ville, quand l'air retentissait* du cri de tout le peuple : Misericordia! On voyait alors des familles se réconcilier et s'embrasser solennellement, même quand il y avait eu du sang versé. On permettait aux bannis de rentrer dans la ville pour un motif aussi louable, aussi sacré. Il parait qu'en somme ces « pari » étaient observées même quand l'exaltation du moment était tombée, et il en résultait que des générations entières bénissaient le souvenir du moine qui avait mis fin à de sanglantes querelles. Mais il y avait des inimitiés terribles, comme celle qui divisait les familles délia Valle et Croce à Rome (1482), contre lesquelles la voix du grand Roberto da Lecce lui-même était impuissante*. Peu de temps avant la semaine sainte, il avait

petit bois mal famé, comme le raconte Vasari, III. 148; t. di Parti Spinelli. Il est probable que souvent l'esprit de pénitence a dû

s'exercer aux dépens d'objets inanimés, de symboles et d'instruments.

1 Pareva che l'aria si fendesse, lit-on quelque part.

» Jac. Volaterran., dans Murât., XXUI, col. 166 ss. On ne dit pas formellement qu'il se soit occupé de ces querelles (Sermo de eleemosyna fuit, lit-on), mais nous ne pouvons pas en douter. — Jacopo délia Marca aussi avait à peine quitté Pérouse (1445) après avoir obtenu un succès colossal, qu'un meurtre épouvantable fut commis dans la famille Ranieri. Comp. Graziani, / c, p. 565 ss. — A ce propos, il faut rappeler que les grands prédicateurs venaient bien p'»s souvent a Pérouse que dans les autres villes; comp. p. 597, 626,631,637, 647.

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