‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 113 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

encore prêché sur Ja place du temple de Minerve, en présence d'une foule innombrable; tout à coup, dans la nuit qui précéda le jeudi saint, ces deux familles se livrèrent une bataille épouvantable devant le palais délia Valle, près du Ghetto; le lendemain, le pape Sixte donna Tordre de raser ce palais, et les cérémonies habituelles furent supprimées; le vendredi saint, Roberto fit un nouveau sermon, en tenant un crucifix à la main ; mais lui et ses auditeurs ne surent que pleurer.

Souvent des esprits aigris et mécontents de tout, et surtout d'eux-mêmes, prenaient, sous l'influence des exhortations à la pénitence, la résolution d'entrer au couvent. 11 y avait dans le nombre des brigands, des criminels de toute espèce, parfois aussi des soldats sans pain '. Ce qui contribue en partie à ces conversions, c'est le désir de se rapprocher, au moins par la vie extérieure, du moitié dont l'éloquence et la piété produisent de si merveilleux résultats.

La conclusion de ces sermons n'est qu'une simple bénédiction, qui se résume par ces mots : La pace sia con voi! Une foule nombreuse escorte le prédicateur jusqu'à la ville voisine, et là elle écoute pour la seconde fois toute la série de ses sermons.

Vu la puissance énorme qu'exerçaient ces saints personnages, le clergé et les gouvernements avaient intérêt

•A la suite d'un sermon de Capistrano, cinquante soldats prirent le froc; Stor. Bresciana, l. c. — GnAZUNi, /. c, p. 565 SS. Roberto da Lecce remporta un succès semblable. (598 ss. ; voir plus haut, p. 164) Pourtant le chroniqueur fait remarquer qu'un des sii néophytes s'enfuit du couvent, se maria e fu magiort ribaldo, che non era prima. — SYLTIUS jEN. [De virit illustr., StuttgJ., 1842, p. 25) fut un jour, alors qu'il était jeune encore, sur le point d'entrer dans l'Ordre de Saint-Bernardin à la suite d'un sermon de ce prédicateur.

à vivre en bons termes avec eux, du moins à ne pas les avoir pour adversaires. Pour y arriver, on ne reconnaissait le caractère sacerdotal qu'à des moines 1 ou à des prêtres qui avaient reçu au moins les ordres mineurs, de sorte que Tordre ou la corporation répondait d'eux jusqu'à un certain point. Mais il n'était pas possible d'établir à cet égard une ligne de démarcation rigoureuse, attendu que l'église et, par conséquent, la chaire étaient depuis longtemps un organe de publicité, qu'on y lisait des actes judiciaires, qu'on y faisait des cours et que parfois même, pendant des sermons proprement dits, on laissait la parole à l'humaniste et au laïque. (T. 1, p. 291 ss.) De plus, il y avait une classe d'hommes hybride *, d'hommes qui n'étaient ni moines ni prêtres et qui pourtant avaient renoncé au monde : c'étaient les ermites, fort nombreux en Italie, qui apparaissaient quelquefois sans mission aucune et qui entraînaient les

1 Les frottements ne manquaient pas entre les célèbres prédicateurs de TOr-lre des Observants et les Dominicains jaloux de leur réputation; c'est ce que montre la discussion sur le sang du Christ, tombé delà croix sur la terre. (1462; comp. G. Voiot, Silvios jEnéas, III, 591 ss.) Dans son récit détaillé (Comment., 1. xi, p. 511), Pie II parle avec une ironie charmante de Fra Jacopo délia Marca, qui, dans cette discussion, ne voulait pas céder à l'inquisiteur dominicain ; il dit : Pauperiem pati et famem et sitim et corporis truciatum etmortem pro Christi nomine nonnulli possunt ; jaeturam nominis tel minimum ferre récusant, tanquam sua déficiente fama Dti quoque gloria pereat.

*En ce temps-là déjà leur réputation flottait entre les deux extrêmes. Il faut les distinguer des moines ermites. — En général, les lignes de démarcation n'étaient pas bien nettes à cet égard. Les spolétins qui parcouraient les campagnes en faisant des miracles, invoquaient le patronage de saint Antoine, et, à cause de leurs serpents, celui de l'apôtre Paul Dès le treizième siècle ils rançonnaient les paysans au moyen Je leurs jongleries demi-religieuses; leurs chevaux étaient dressés à s'agenouiller quand on prononçait le nom de saint Antoine. Ils disaient quêter pour des hôpitaux. Massoccio, nov. 18. Bandello, III, nov. 17. Firenzuola, dans son Atino doro (Opère, vol. IV), leur fait jouer le rôle des prêtres mendiants d'Apulée.

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