‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 120 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

force de l'habitude et la puissance des ps ornières impressions; le goût de la pompe que l'Église déployait dans ses fêtes contribuait à les entretenir; enfin de temps à autre venait une de ces grandes épidémies de pénitence qui avaient raison des cœurs même les plus endurcis.

Mais il n'est pas raisonnable, en pareille matière, de vouloir arriver à des résultats positifs et constants. 11 semblerait, par exemple, que l'attitude des geus éclairés en présence des reliques de saints dût nous édifier, du moins en partie, sur leurs sentiments religieux. Dans ta réalité on trouve des différences de degré, mais bien moins sensibles qu'on ne le voudrait. C'est tout d'abord Venise qui semble avoir, au quinzième siècle, pratiqué le culte des reliques qui régnait alors dans tout l'Occident. (T. I, p. 93.) Même des étrangers qui vivaient à Venise faisaient bien d'accepter ces idées1. Si nous pouvions juger la savante Padoue d'après son topographe Michel Savonarole (t. I, p. .184), nous dirions qu'elle suivait l'exemple de Venise. Michel nous raconte avec un sentiment de respect mêlé de terreur que dans les grands dangers on entend, pendant la nuit, les saints gémir par toute la ville, que le cadavre d'une sainte nonne du couvent de Santa-Chiara garde les apparences de la vie, que les ongles et les cheveux de la sainte ne cessent de pousser, que, dès qu'un danger menace, elle fait du bruit, lève les bras, etc. 8. Quand il fait la description de la chapelle de Saint-Antoine, au Santo, l'auteur tombe tout à fait dans la rêverie et la divagation. A Milan, le

1 C'est ce qu'a fait Sabblmco, De situ Venetœ urbis. il cite, il est Trai, les noms des saints de l'Église, à l'exemple de plusieurs philologues, sans ajouter les mots sanctus ou divus; mais il rappelle une foule de reliques, parait leur vouer un saint respect, et se vante même, à propos de quelques-unes, de les avoir baisées.

« De laudibus Patavii, dans Murât , XXIV, col. 1149 à 1151.

peuple du moins professait un culte fanatique pour les reliques; aussi, un jour, les moines de San Simpliciano, qui reconstruisaient le maître-autel, ayant imprudemment mis à découvert six corps de saints religieux (1517), et des pluies violentes ayant suivi cette profanation involontaire, les gens du pays 1 crurent voir la cause du mal dans ce sacrilège et se mirent à battre les moines coupables de ce crime partout où ils les rencontraient. Par contre, dans d'autres contrées de l'Italie, même chez les papes, l'enthousiasme pour les reliques est déjà plus équivoque, sans toutefois qu'on puisse tirer du fait une conclusion absolue. On sait combien l'acquisition de !a tête de l'apôtre saint André par le pape Pie II fit de bruit parmi le peuple (1462), et avec quelle solennité le pontife fit transporter cette relique de Saint-Marc à l'église de Saint-Pierre; mais il résulte de sa propre relation qu'il n'a agi que par une sorte de respect humain, en voyant beaucoup de princes rechercher les reliques. A partir de ce moment seulement il eut l'idée de faire de Rome le refuge des restes des saints chassés de leurs églises*. Sous Sixte IV, la population de la ville était plus passionnée sous ce rapport que le pontife lui-même, à tel point que le conseil de la cité se plaignit amèrement (1483) lorsque Sixte céda à Louis XI, qui se mourait, quelques-unes des reliques de Latran*. A Bologne s'éleva vers cette époque

1 Prato, Arch. stor., III, p. 403 ss. — D'ordinaire il n'est pas au nombre des partisans de la lumière, toutefois il proteste contre cet enchaînement de causes et d'effets.

* Pu II Comment., 1. VIII, p. 352 SS. Verebatur Ponti/ex, ne in honore tanti apostoli diminute agere videretur, etc.

* Jac Volaterran., dans Murât., XXIII, col. 187. Le Papes'excti?e en alléguant les grands services rendus par Louis au Saint-siége et l'exemple d'autres papes, notamment de saint Grégoire, qui en ont fait autant. Louis put encore adorer la relique, mais il n'en mourut pas moins. — Les catacombes étaient alors tombées dans

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