‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 19 sur 153 · CHAPITRE IV.— DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV.— DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC

1570, « on a souvent représenté jadis, outre les comédies, des tragédies de poètes anciens et de poètes modernes, et cela avec une pompe extraordinaire. L'éclat de la mise en scène (apparati) attirait de tous les côtés des flots de spectateurs. Il n'y a plus aujourd'hui que des fêtes privées qui se célèbrent entre quatre murs, et depuis quelque temps s'est répandu tout naturellement l'usage de passer les jours de carnaval à jouer des comédies et de se livrer à d'autres amusements agréables et honnêtes. » Ce qui veut dire que le luxe extérieur a contribué à tuer la tragédie.

Les quelques essais de ces poètes tragiques modernes, parmi lesquels la Sophonisbe du Trissin fut le plus célèbre (1515), sont du domaine de l'histoire littéraire. On peut en dire autant de la haute comédie, de celle qui est imitée de Plaute et de Térence. Même un Arioste ne pouvait rien faire de remarquable dans ce genre. Par contre, la comédie populaire en prose, (elle que l'entendirent Machiavel, Bibiena, Arétin, aurait bien pu avoir de l'avenir, si le fonds qu'elle exploitait n'avait pas été la cause fatale de sa ruine. En effet, ou bien elle était obscène, ou bien elle s'attaquait à des classes de la société qui, à partir- de 1540 environ, refusèrent de se laisser ainsi bafoue^ publiquement. Si dans la Sophonisbe la peinture des caractères avait dû s'effacer devant une déclamation pompeuse, par contre dans la basse comédie elle n'avait été que trop libre et trop

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rati diletti. — B. change pare/ici en pareti, ce qui n'est pas nécessaire : les parents qui figurent au nombre des acteurs sont opposés aux étrangers d'autrefois. Le passage imprimé en gros caractères signifie peut-être : puisque depuis quelques années la police de la ville a été réformée (ap>ès la paix avec les Turcs, 1573). (Romanin, Storia di Ven., IV, 341.)

complète, ainsi que sa sœur bâtarde, la caricature. Quoi qu'il en soit, ces comédies italiennes ont été, si nous ne nous trompons, les premières comédies en prose, les premières aussi qui aient été écrites dans un ton tout à fait réaliste; aussi l'histoire de la littérature générale de l'Europe ne doit-elle pas les oublier.

Les tragédies et les comédies se succèdent sans fin; on ne cesse pas non plus de jouer une foule de pièces antiques et modernes ; mais ces représentations ne sont que le prétexte de fêtes où chacun veut déployer le luxe que comporte son rang. Aussi le génie de la nation s'est-il entièrement détourné de ces drames sans vie. Dès que parurent la bergerie et l'opéra, les tentatives dont nous avons parlé n'ont plus de raison d'être.

Un seul genre était et resta national : c'est la commedia dell'arte, qui était improvisée d'après un plan défini. Mais elle a peu d'influence sur l'art de peindre les caractères, parce qu'elle n'a qu'un petit nombre de masques, toujours les mêmes, que tout le monde connaît par cœur, au physique comme au moral. Vu ses aptitudes et ses instincts, la nation se fit bien vite à ce genre; aussi, même au milieu de la représentation de comédies écrites, on se livrait à l'improvisation habitude qui produisit un genre mixte. Telles étaient peut-être les comédies que représentèrent à Venise Antonio da Molino, surnommé Burchiello, et, après lui, la troupe d'Armonio, de Val. Zuccato, de Lod. Dolce, etc. *; on sait de Burchiello qu'il s'entendait à renforcer l'effet comique en employant un dialecte vénitien mélangé de

1 C'est ce que veut dire sans doute Sansovino, Venezia, fol. 168, quand il se plaint que les recitanti gâtent les coméciens con invinzioni o personnagi tropo ridicoli,

2 Sansovino, ibid.

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