‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 31 sur 153 · CHAPITRE V. — LA BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA BIOGRAPHIE

jouit pas moins d'un bonheur relatif: il a encore un petit-fils; il possède encore sa vaste science; il jouit de la gloire qu'il doit à ses ouvrages, d'une belle fortune, d'un rang considérable, de l'estime publique; il a des amis puissants, connaît des secrets importants, et, ce qui vaut mieux que tout, il croit en Dieu. Après avoir énuméré ces causes de bonheur, il compte les dents qui lui restent, et il en trouve encore quinze.

Mais lorsque Cardano écrivait, les inquisiteurs et les Espagnols travaillaient déjà, en Italie comme ailleurs, à empêcher le développement de personnalités comme celle de Cardano ou à faire disparaître les hommes de ce genre. De là jusqu'aux mémoires d'Alfieri, il y a un pas immense à franchir.

Quoi qu'il en soit, il serait injuste de clore cette revue rapide d'autobiographes sans laisser la parole à un homme aussi estimable qu'heureux. Nous voulons parler du philosophe bien connu, Luigi Cornaro, dont la demeure à Padoue était classique, même sous le rapport de l'architecture, et servait en même temps d'asile à toutes les muses. Dans son célèbre traité De la médiocrité «, il décrit d'abord le régime sévère par lequel il a réussi, après avoir été longtemps maladif, à raffermir sa santé et à atteindre l'âge de quatre-vingt-trois ans qu'il avait au moment où il écrivait son livre; ensuite il répond à ceux qui appellent des morts vivants les gens qui ont dépassé soixante-cinq ans; il leur prouve qu'il est bien vivant et qu'il n'y a rien dans son existence qui rappelle la mort. « Qu'ils viennent, dit-il, qu'ils me voient, qu'ils admirent ma verdeur : je monte à cheval sans l'aide

1 Discorti délia vita sobria, se composant du Tratlalo proprement dit, d un Compendio, d'une Esortasione et d'une Letcera à Daniel Barbare, — Souvent réimprimé.

de personne, je monte en courant les escaliers et les collines; je suis content, ma gaieté est communicative, je n'ai point de soucis, point de tristes pensées. La joie, le calme ne m'abandonnent jamais... Je fréquente des gens sages, instruits, distingués, de condition honorable, et, quand ces personnes ne sont pas chez moi, je lis ou j'écris, et je cherche de cette manière comme de toute autre à être utile à mes semblables. Je fais chacune de ces choses en son temps, à mon aise, dans ma belle maison de Padoue si admirablement située, protégée par l'art contre les ardeurs de l'été et les rigueurs de l'hiver, ornée de jardins arrosés par une eau courante. Au printemps et en automne, je me retire pour quelques jours sur une colline, où j'ai la plus belle vue des Euganécs, avec des fontaines, des jardins et une demeure élégante et commode; à l'occasion je prends part à une chasse agréable et facile, telle que mon âge la comporte Ensuite je vais passer quelque temps dans ma belle villa de la plaine1; là, tous les chemins viennent aboutir à une place au milieu de laquelle s'élève une église; un bras considérable de la Brenta traverse de riches plantations, des champs fertiles et bien cultivés; une population nombreuse habite ce pays, qui n'était autrefois qu'un marécage malsain, et qui semblait fait pour être la demeure des reptiles plutôt que des hommes. C'est moi qui ai fait écouler les eaux; alors l'air s'est purifié, les habitants sont venus et se sont multipliés; partout se sont élevées des maisons; aussi puis-je dire en toute sincérité que j'ai donné à Dieu un autel et un temple, et des âmes pour l'adorer. C'est là ma consolation et mon bonheur chaque fois que j'y viens. Au printemps et en

1 Est-ce bien la villa de Codevico doht il est question p. 39?

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