‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 33 sur 153 · PEUPLES ET VILLES · texte numérisé non relu

PEUPLES ET VILLES

À côlé de la peinture des individus se forme aussi l'art de juger et de peindre des populations entières. Pendant le moyen âge on avait vu dans tout l'Occident des villes, des races et des peuples se poursuivre réciproquement de moqueries et de plaisanteries qui renfermaient généralement un grain de vérité caché sous une forte dose d'exagéraiion. Mais ce sont les Italiens qui de tout temps se sont distingués par leur talent à saisir les différences qui, sous Je rapport intellectuel, existaient entre leurs villes et leurs provinces; leur patriotisme local, qui était aussi grand ou plus grand que chez n'importe quel peuple du moyen âge, a eu de bonne heure un côté littéraire; de bonne heure aussi il s'est rattaché à l'idée de la gloire; la topographie naît comme un parallèle de la biographie (t. I, p. 184). Pendant que chaque ville importante commençait à célébrer son passé en prose et en vers1, on vit aussi surgir des écri-

1 C'est ce qui eut lieu parfois de très-bonne heure; on en voit un exemple dans les villes lombardes dès le douzième siècle. Comp. Landulfus senior, Ricobaldus et (dans Murât., X) le remarquable anonyme De Laudibm Papias, du quatorzième siècle. — Ensuite (dans Muiut., I, 6) Liber de situ urbit Mediol. Quelques citations et remarques sur certaines histoires locales de l'Italie d'alors se trouvent dans 0. L0RENZ, Sources de l'histoire de l'Allemagne au moyen âge depuis le treizième siècle, Berlin, 1877, II, p. 243 ss. ; pour-

vains qui décrivirent sérieusement ou persiflèrent avec esprit toutes les villes et toutes les populations considérables, ou qui en parlèrent de telle sorte que le sérieux et la plaisanterie ne sont séparés que par des nuances.

Il faut mentionner d'abord Brunetlo Latini. Outre son pays, il connaît aussi la France pour y avoir séjourné pendant sept ans; il expose longuement les différences caractéristiques qui existent entre Français et Italiens au point de vue des habitations et de la manière de vivre, et fait ressortir le contraste du gouvernement monarchique de la France avec la constitution républicaine des villes de l'Italie1. Après quelques passages célèbres de la Divine Comédie, il faut rappeler le Dittamondo d'Uberti (vers 1360). Cet écrivain se borne à citer des phénomènes curieux et des fails extraordinaires : c'est ainsi qu'il parle de la féte des corneilles qui se célébrait à Saint-Apollinaire dans le pays de Ravenne, des fontaines de Trévise, de la grande cave creusée près de Vicence, des droits élevés qu'on payait à Mantoue, de la forêt de tours qu'on voyait à Lucques. Pourtant son livre contient aussi de temps en temps des éloges et des critiques intéressantes d'un autre genre: Arezzo y figure déjà avec l'esprit subtil de ses enfants, Gênes avec les yeux et les dents de ses femmes (?) noircis par des procédés artificiels, Bologne avec son amour de la dépense, Bergame avec le dialecte grossier et l'intelligence de ses habitants, etc. a. Puis, au quinzième siècle, chacun vante sa patrie audétri-

tant cet auteur renonce formellement à traiter lui-même la question.

1Li Trésors, éd. Chalaille, Paris, 1863, p. 179-180. Comp ibid., p. 577 (Iiv. III, chap. i, p. 2).

2 Sur Paris, que l'Italien plaçait alors plus haut dans son estime que cent ans plus tard, voir Dittamondo, IV, cap. xyiii. Pétrarque fait aussi ressortir dans les Invectives contra Gallum le contraste qui existe entre la France et l'Italie.

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