‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 40 sur 153 · CHAPITRE VIII. — PEINTURE DE LA VIE ACTIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — PEINTURE DE LA VIE ACTIVE

autres aux portes des églises ^etc.ne sont pas, à beaucoup près, les seules preuves qu'on puisse citer dans ce genre; son talent à peindre l'âme par le geste dénote à lui seul une étude profonde et persévérante de la vie.

Les poêles qui viennent après lui l'égalent rarement sous ce rapport; quant aux nouvellistes, la grande loi du genre littéraire qu'ils cultivent leur défend rigoureusement de s'arrêter aux détails. (Comp. p. 29, 75 et 76.) Ils peuvent être aussi prolixes qu'ils le veulent dans leurs prologues et dans leurs narrations, mais il leur est interdit de faire des tableaux de genre. II faut prendre patience jusqu'à ce que les hommes élevés à l'école de l'antiquité aient l'envie et l'occasion de se livrer aux longues descriptions.

Ici encore, nous retrouvons l'homme qui se passionne pour tout : Sylvius jEnéas. Ce n'est pas seulement la beauté d'un paysage, ce ne sont pas seulement les objets intéressants au point de vue cosmographique ou archéologique (t. I, p. 222; t. II, p. 24), mais ce sont encore toutes les scènes vivantes8 qu'il aime à décrire. Parmi les nombreux passages de ses mémoires où il retrace des faits qui n'auraient guère alors tenté la plume d'un écrivain, nous ne citerons ici que les régates du lac de Rolsena». Il serait difficile de découvrir quels sont les épistolographes ou les narrateurs antiques qui lui ont transmis le goût de ces tableaux si vivants; en général, du reste, les points de contact qui existent entre

1 Inferno, XXI, 7. Purgat., XIII, 61.

* Il ne faut pas prendre trop au sérieux le fait qu'il avait à sa cour une sorte de merle moqueur, le Florentin Greco, hominem certe cujusvis mores, naturam, linguam cum maximo omnium qui audiebanl risu facile exjmmentem. Platina, Vitœ Pontif., p. 310.

* Pli II Comment., VII, p. 391.

l'antiquité et la Renaissance sont souvent très-délicats et très-difficiles à saisir.

Il convient de rappeler ici les poèmes descriptifs latins dont il a été question plus haut (t. ï, p. 325 et 326) : chasses, voyages, cérémonies, etc. Il y a aussi des ouvrages italiens de ce genre, comme, par exemple, les descriptions des célèbres tournois des Médicis par Politien et Luca Pulci ». Les poêles épiques proprement dits, Luigi Pulci, Bojardo et l'Arioste, sont entraînés par leur sujet à suivre une marche plus rapide; pourtant il faut reconnaître chez tous l'aisance et la précision dans la description de la vie active comme un des principaux éléments de leur supériorité. Franco Sacchetti se donne une fois le plaisir de noter les menus propos d'une société de jolies femmes a qui sont surprises dans la forêt par une averse.

C'est plutôt chez les écrivains militaires qu'on trouvera des descriptions de la vie réelle. (Comp. 1. 1, p. 126.) Un long poëme du quatorzième siècle 3 renferme le

1 II faut distinguer deux tournois, celui de Laurent, en 1468, et celui de Julien, en 1475 (un troisième en 1481 ?); comp. Reomont, Laurent de Médicis, I, 264 ss., 361, 267, note 1, t. II, p. 55. 67, et les ouvrages qui y sont cités, ouvrages qui terminent la discussion souvent soulevée par ces questions. Sur le premier tournoi, voii le poëme de Luca Pulci dans l'édit. Ciriffo Calvaneo di Luca Pulci, genlilhuomojiorentino, con la giostra del Magnijico Lorenzo de Medici, Florence, 1572, p. 75-91; sur le dernier, voir un poëme inachevé d'Ange Politien, dans l'édition de G. Garducci : Le Sianze, l'Or/eo e le Rime di M. A P. Florence, 1863. Le poëme de Politien s'arrête à la relation du départ de Julien pour le tournoi; Pulci, par contre, fait la description détaillée des combattants et de leur manière de combattre; le portrait de Laurent est surtout remarquable. (P. 82.)

8 La Caccia a été imprimée d'après un manuscrit romain. Ltttere dtl conte B. Casiiglione, publ. par Pierantonio Serassi, vol. II (Padua, 1771), p. 269. (Commentaire sur les Ecloge de Casiiglione.)

3 Voir les « Serventese » de Giannozzo de Florence, dans Trucchi, Poésie italiane inédite, II, p. 99. Les mots qu'il emploie sont en partie inintelligibles, c'est-à-dire empruniés réellement ou seu-

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