‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 41 sur 153 · CHAPITRE VIII. — PEINTURE DE LA VIE ACTIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — PEINTURE DE LA VIE ACTIVE

tableau fidèle d'une bataille de mercenaires, surtout sous la forme d'appels, de commandements et de conversations auxquels donne lieu une action de ce genre.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce genre, c'est la description de la vie champêtre au naturel, telle qu'on la trouve surtout chez Laurent le Magnifique et chez les poêles de son entourage.

Depuis Pétrarque 1 il y avait une poésie bucolique toute fausse et conventionnelle, imitée des Églogues de Virgile, que les vers fussent latins ou italiens. Comme genres secondaires parurent le roman pastoral, depuis Boccace (t I, p. 322) jusqu'à YArcadie de Sannazar, et plus tard, la bergerie, dans le goût du Tasse et de Guarini, ouvrages écrits en admirable prose ou parfaitement versifiés, mais où la vie pastorale n'est qu'un costume idéal destiné à recouvrir des sentiments qui dérivent d'une tout autre source 8.

Mais à côté de ces œuvres factices nous voyons apparaître, vers la fin du quinzième siècle, la description simple et naturelle de la vie des champs ; c'est l'inauguration d'un nouveau genre littéraire qui n'était pos-

leraent en apparence aux langues que parlaient les mercenaires étrangers. — La Description de Florence pendant la peste, par Machiavel, mérite aussi d'être rappelée ici. Ce sont des tableaux parlants qui retracent les divers épisodes d'une épouvantable calamité.

1 Dante a fait deux églogues latines, comme Boccace a été le premier à le remarquer [Vita di Dante, p. 77). Elles sont adressées à Jean de Virgiliis. Comp. Fratioelli, Opp. min. di D., vol. I, 417 ss. Voir aussi le poëme pastoral de Pétrarque dans P. Carmina minora, éd. Rosseïti, I. Comp. L. Geiger, Pélr., p. 120-122 et 270, note 6, surtout A. Hortis, Scrilli ineditidi F. P. Trieste, 1874.

s Boccace donne déjà dans son Ameto (voir plus haut, p. 76) une sorte de Dècaméron gâté par l'appareil mythologique, où il commet parfois des erreurs de costume assez plaisantes. Une de ses nymphes est bonne catholique, et les prélats de Rome la lorgnent avec complaisance; une autre se marie. Dans le Ninfah Fiesolano, la nymphe Mensola, qui est enceinte, consulte une » nymphe vieille et sage », etc.

sible qu'en Italie, parce que là seulement le paysan (aussi* bien que le colon propriétaire) avait rang d'homme, qu'il était libre de sa personne, et non attaché à la glèbe, quelque dure que fût parfois sa condition «. La différence entre la ville et le village est beaucoup moins profonde que dans le Nord ; une foule de petites villes sont habitées exclusivement par des paysans qui, le soir venu, peuvent se dire citadins. Les migrations des maçons du pays de Côme s'étendirent presque à travers toute l'Italie; le petit pâtre pouvait quitter ses brebis pour entrer dans uue corporation à Florence; en général, il y avait un courant continu qui entraînait les habitants de la campagne vers les villes, et certaines populations montagnardes semblaient particulièrement faites pour ce genre d'émigration ». Sans doute l'infatuation naturelle au citadin fait que les poètes et les nouvellistes s'égayent aux dépens du villano \ et la comédie improvisée (p. 46, ss.) fait le reste. Mais où trouverait-on un souffle de' cette haine de race contre les vilains, haine à la fois cruelle et méprisante, qui anime les nobles poètes provençaux et parfois les chroniqueurs français? Bien plus*,

1 Mais, en général, l'aisance des paysans italiens était plus grande alors que celle des paysans do n'importe quel autre pays. Comp Sacchetti, nov. 88 et 222; L. Polci, dans la Beca da Dicomano' 'fViLtAUi, Machiavelli, I, 198, note 2.)

ffS ^«»«» «j hominum genus apliu* urbi, dit Battista MANTOVANO

[tel, vni) des habitants du Monte Baldo et de la Val Sassina qu'on peut employer à toute espèce de besogne. On sait que certaines populations de la campagne ont encore aujourd'hui dans quelques grandes villes la spécialité de certaines occupations.

Un des passages les plus forts est peut-être celui qui se trouve dans 1 Orlandino, chap. v, str. 54-58. Même le très-placide Vesp. Bisticci dit quelque part (Comm. sulla vita di Giov. Mannetti p 96) : bonodua tspetie di nomini difteili a sopportare per la loro ignorama, ïuna sono i servi, la seconda i contadini.

* Dans la Lombardie, les gentilshommes ne craignaient pas, au commencement du seizième siècle, de danser, de lutter, de sauter

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