‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 48 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. - NIVELLEMENT DES CLASSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. - NIVELLEMENT DES CLASSES

toute l'Italie, même ceux qui avaient quelque droit d'être fiers de leur naissance ne pouvaient lutter contre l'influence de la culture intellectuelle et de la fortune, et que les privilèges dont ils jouissaient à la cour et dans l'État n'élevèrent jamais leurs sentiments à la hauteur de leur condition. Venise ne forme sous ce rapport qu'une exception apparente, parce que la vie des nobiti est exclusivement civile et qu'ils jouissent de privilèges fort restreints. Il en est tout autrement à Naples, qui, par suite des différences plus marquées qui existaient entre les classes de la société et du faste de la noblesse, resta en dehors du mouvement intellectuel de la Renaissance. A la puissance des souvenirs laissés dans le pays par les Lombards, les Normands, et plus tard la noblesse française, vinrent s'ajouter, dès la première moitié du quinzième' siècle, les effets de la domination aragonaise, et c'est ainsi que se fit, à Naples tout d'abord, une transformation qui ne s'étendit au reste de l'Italie que cent ans plus tard : les mœurs, les habitudes devinrent espagnoles; on se mit à mépriser le travail et à courir après de vains titres. Même avant le commencement du seizième siècle, le mal s'était propagé jusque dans les petites villes. Un auteur de La Gava dit que cette ville a joui d'une opulence devenue légendaire aussi longtemps qu'elle n'a été peuplée que de maçons et de tisserands; maintenant qu'au lieu d'outils de maçon et de métiers on ne voit plus que des éperons, des étriers et des ceinturons dorés, que chacun vise à devenir docteur en droit ou en médecine, notaire, officier et chevalier, la plus affreuse pauvreté règne partout A Florence, on ne constate une révolution analogue que sous Côme, le premier grand-

'Massuccio, nov. 19 (ed. Settembrini, Nap. 1874 p 220) —La première édition des Nouvelles date de l'année 1476.

duc : un flatteur le remercie d'élever les jeunes gens, qui maintenant méprisent le commerce et l'industrie, en vue d'en faire des chevaliers de l'ordre de Saint-Étienne qu'il a créé l. C'est juste l'extrême opposé du principe qui régnait autrefois chez les Florentins », savoir que le fils ne pouvait succéder au père qu'à la condition d'avoir une occupation régulière. (T. I, p. 101 et 102.)

La rage des distinctions, chez les Florentins notamment, marche de pair avec l'amour de la culture et la passion des arts, et conduit souvent à des aberrations comiques : c'est ainsi que tout le monde veut avoir la dignité de chevalier; c'est une mode, une manie qui se répandit surtout quand le titre ambitionné eut perdu jusqu'à l'ombre d'une valeur.

« 11 y a quelques années », écrit Franco Sacchetti* vers la fin du quatorzième siècle, « tout le monde a pu voir des ouvriers, jusqu'à des boulangers, jusqu'à des cardeurs de laine, des changeurs et des drôles de toute espèce, se faire nommer chevaliers. Quel besoin un fonctionnaire a-t-il de la dignité de chevalier pour pouvoir aller comme rettore dans une ville de province? Elle est encore moins compatible avec uu gagne-pain ordinaire. Oh! comme tu es avilie, malheureuse dignité! Tous ces chevaliers de contrebande font juste le contraire de ce que prescrit le code de la chevalerie. J'ai voulu parler

1 Jac. Pitti à Côme, Arch. stor., iv, II, p. 99. — Le même fait se produisit dans la haute Italie, mais seulement à partir de la domination espagnole. Bandello, parte II, nov. 40, date de cette époque.

* Si au quinzième siècle Vespasiano Fiorentino (p. 638, 652) dit que les riches ne devraient pas augmenter leur patrimoine, mais dépenser chaque année tous leurs revenus, cela ne peut s'appliquer, dans la bouche d'un Florentin, qu'aux grands propriétaires de biens-fonds.

8 Franco Sacchetti, nov. 153. Comp. nov. 82 et 150.

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