CHAPITRE II. — LA SCIENCE DE LA NATURE EN ITALIE
qui découvre des vérités nouvelles n'a pas à craindre le silence et l'oubli, et qu'il peut compter sur la sympathie d'esprits chercheurs comme le sien. Il est certain que c'est là ce qui est arrivé pour l'Italie1. Ce n'est pas sans fierté que les naturalistes italiens vont rechercher dans la Divine Comédie les preuves et les traces de l'empirisme de Dante appliqué à l'étude de la nature *. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les découvertes qu'ils lui attribuent ou sur le mérite qu'ils lui prêtent d'avoir été le premier à parler de certains faits; mais il n'est pas de profane qui ne soit frappé de cette profonde connaissance du monde extérieur qui se révèle déjà dans les images et dans les comparaisons de Dante. Plus que n'importe quel poëte moderne il les emprunte à la réalité des choses ou de la vie humaine-, il ne s'en sert jamais comme d'une parure, mais pour exprimer aussi exactement que possible ce qu'il a à dire. C'est surtout en matière d'astronomie qu'il montre des connaissances spéciales, bien qu'on ne puisse méconnaître que maint passage du grand poëme, aujourd'hui considéré comme savant, a dû être généralement compris à cette époquelà. Dante en appelle à une astronomie populaire qui existait chez les Italiens comme elle avait existé chez les anciens. La connaissance du lever et du coucher des astres est devenue moins nécessaire pour le monde
1 Pour arriver à se prononcer sur cette question en connaissance de cause, il faudrait qu'il fût constaté que les observations indépendantes des sciences purement mathématiques sont devenues plus nombreuse^ ce qui n'est pas notre affaire.
3 Libri, II, p. 174 ss. Voir aussi le traité de Dante, De aqua et terra. Comp. W. Schmidt, Place de Dante dans l'histoire de la cosmographie. Grâtz, 1876. Les passages relatifs à la cosmographie et à l'histoire naturelle que renferme le Tesoro de Brunetto Latini ont été surtout publiés dans // trallato délia s/eradi S. L. Br. par Bartolomeo Sorio, Mil., 1858, qui y a ajouté un système de chronologie historique d'après Br. L.
moderne, grâce aux horloges et aux calendriers; c'est avec elle que s'est perdu le goût qui s'était développé chez le peuple pour la connaissance des phénomènes astronomiques. Aujourd'hui les livres et les leçons ne manquent pas; chaque enfant sait que la terre tourne autour du soleil, ce qu'ignorait Dante; mais, à part les gens spéciaux, l'indifférence la plus complète a succédé à l'intérêt qui s'attachait autrefois à l'astronomie.
La science mensongère qui prétendait lire dans les étoiles ne prouve rien contre l'esprit empirique des Italiens d'alors-, la passion, le désir violent de connaître l'avenir n'a fait que le contrarier sans le détruire. Nous aurons à parler de l'astrologie à propos du caractère moral et religieux de la nation.
L'Église fut presque toujours tolérante à l'égard de cette science et d'autres sciences fausses; elle n'intervenait que lorsque l'accusation d'hérésie et de nécromancie venait à se produire, ce qui, du reste, était toujours plus ou moins à craindre. Le point qu'il s'agirait d'éclaircir serait de savoir si et dans quel cas les inquisiteurs dominicains (et aussi les franciscains) prononçaient des condamnations tout en ayant conscience de la fausseté de ces accusations, soit pour frapper les ennemis de leurs doctrines à eux, soit par haine de l'observation de la nature en général et surtout des sciences expérimentales. Cette dernière éventualité a dû se produire quelquefois, mais le fait est bien difficile à prouver. Si dans le nord ces persécutions furent quelquefois terribles, en Italie la lutte du système officiel admis par les scolasîiques pour l'étude de la nature contre les novateurs eut, en général, des conséquences insignifiantes. Citons cependant Piclro d'Abeno (du commencement du quatorzième siècle), qui périt victime de l'envie d'un de ses collègues, d'un méde-