CHAPITRE II. — RAFFINEMENTS EXTÉRIEURS DE LA VIE
positive s'ils reproduisent le costume généralement adopté, ni s'ils le représentent exactement. Ce qui est certain toutefois, c'est que nulle part on n'attachait autant d'importance à la toilette qu'en Italie. La nation était vaine et l'est encore; de plus, il y avait des gens, même parmi les plus sérieux, qui regardaient de beaux habits, une toilette avantageuse comme un moyen de rehausser la personnalité. Il y eut même à Florence un moment oii le costume était quelque chose d'individuel, attendu que chacun créait ses modes (t. I, p. 165, note 1); jusque bien avant dans le seizième siècle, on vit des gens, estimables d'ailleurs, qui avaient cette fantaisie 1 ; ceux qui ne poussaient pas l'originalité jusque-là savaient du moins ajouter quelque chose d'individuel à la mode dominante. On reconnaît que l'Italie tombe dans la décadence quand on voit Giovanni délia Casa recommander d'éviter dans la toilette lés détails bizarres et de rester fidèle à la mode du temps*. Notre époque, dont la loi suprême est la simplicité, du moins en ce qui concerne les habits d'homme, renonce par le fait à un avantage plus grand qu'elle ne se le figure. Mais par là elle fait aussi une grande économie de temps, ce qui, d'après nos idées, est une compensation suffisante.
A l'époque de la Renaissance, il y a, dans Florence et dans Venise 8, des costumes prescrits pour les hommes
1 Paul. Jovn Elogia vir. litt. ill, p. 138 ss., 112 ss. et 143 ss. Sub. lit. Petrus Gravina, Alex. Achillinw, Balth. Castellio, etc. s Casa, // Galateo, p. 78.
3 Voir sur ce sujet les livres des costumes vénitiens et Sansovino, Venezia, fol. 150 ss. A Venise, l'organisation des Proveditori aile pompe en 1514. on trouve quelques-uns de leurs statuts dans Armand Baschet, Souvenirs d'une mission, Paris, 1857. Défense de porter à Venise des habits de drap d'or (1481), que portaient autrefois même des boulangères; par contre, tout le costume est
et des lois somptuaires pour les femmes. Dans les villes où régnait la liberté du costume, comme à Naples, par exemple, les moralistes constataient non sans douleur qu'on ne voyait plus aucune différence entre la noblesse et la bourgeoisie >. En outre, ils déplorent l'extrême fré quence des changements de modes et (si nous interprétons exactement leurs paroles), le fol engouement pour tout ce qui vient de la France, bien que les modes françaises soient souvent d'origine italienne et ne fassent que revenir à l'Italie qui les a inventées. En tant que les nombreux changements dans la coupe des habits et l'adoption des modes françaises et espagnoles 3 n'intéressent que l'histoire du costume en particulier, nous n'avons pas à nous occuper davantage de cette question ; nous rappellerons seulement que ces faits ont leur importance dans l'histoire de la culture, et qu'ils servent en partie à expliquer la vie mouvementée de l'Italie vers l'année 1500. Par suite de l'occupation de certaines parties de la Péninsule par les étrangers, les habitants des régions dont il s'agit se virent amenés non-seulement à
enrichi de gemmis unionibus, de telle sorte que frugalissimut ornatur coûte 4,000 florins d'or. M. Ant. Sabellic. Epist., lib. III (à M. Anto Barbavarus). La toilette de la fiancée lors des fiançailles
— blanche, avec les cheveux dénoués et flottant sur les épaules
— est celle de la Flore de Titien.
1 Jovian. Pontan. De principe : Utinam aulem non eo impudentiœ pervenlum esset, ut inter mercalorem et patricium nullum sit in vestilu ceteroque ornatu discrimen. Sed hœc tanta licentia reprehendi potest, coerceri non potest, quamquam mutari vestes sic quotidie videamtts, ut quas quarto ante même in deliciis habebamus, nunc repudiemus et tanquam veteramenta abjiciamus. Quodquc tolerari vix potest nullum /ère veslimenti genus probatur, quod e Galliis non fuerit adductum, in quibus levia pleraque in prelio sunt tametsi nostri persœpe homines modum illis et quasi formulant quartdam prœscribant.
8 Voir sur ce sujet, p. ex., Diario Ferrarese, dans Murât., XXIV, col. 297, 320, 376, 299. Dans le dernier passage il est question de la mode allemande; le chroniqueur dit quelque part : Che pareno buffoni tali portatori.